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Banijay et All3Media unissent leurs forces / Une taille critique renforcée dans la production audiovisuelle mondiale

En fusionnant Banijay Entertainment et All3Media, Banijay Group franchit une nouvelle étape dans sa stratégie de consolidation de la production audiovisuelle. La nouvelle entité doit renforcer son pouvoir de négociation face aux plateformes et étendre la diffusion mondiale de ses formats. Dans le même temps, la nouvelle architecture du groupe pourrait, à terme, ouvrir la voie à une réflexion sur la séparation de ses activités.
François Riahi, directeur général de Banijay, et Sophie Kurinckx-Leclerc, directrice financière.
François Riahi, directeur général de Banijay, et Sophie Kurinckx-Leclerc, directrice financière.

Les discussions révélées début janvier ont rapidement abouti. Les négociations entre Banijay et RedBird IMI portant sur un rapprochement dans la production télévisuelle ont débouché, le 3 mars 2026, sur une annonce formelle : Banijay Entertainment et All3Media fusionneront au sein d’une nouvelle entité détenue à parité, appelée à conserver le nom Banijay.

L’opération se distingue par son montage financier, qui doit apporter de la liquidité au groupe. Car pour parvenir à une détention à parité dans la nouvelle entité, RedBird IMI versera près de 800 millions d’euros à Banijay Group. Le dispositif combine ainsi un paiement de 625 millions d’euros pour l’acquisition d’actions Banijay Group et un dividende exceptionnel de 171 millions d’euros versé par Banijay Entertainment avant la réalisation de l’opération, ce flux de trésorerie reflétant l’écart de valorisation entre les deux actifs apportés au rapprochement. Soit un apport de liquidités qui « contribue à déleverager Banijay Group et nous donne davantage de flexibilité pour poursuivre notre croissance », explique à WanSquare Sophie Kurinckx-Leclerc, directrice financière du groupe.

 

Un montage financier qui apporte de la liquidité

 

L’aspect financier ne constitue donc aucunement un sujet d’inquiétude dans ce rapprochement, au contraire. D’ailleurs, le levier financier du groupe est attendu autour de 3x fin 2026, ce qui, a souligné François Riahi, directeur général de Banijay Group, lors de la présentation de la transaction à la presse, « nous ramène à peu près là où nous étions avant l’acquisition de Tipico ».

Cette opération s’inscrit dans la stratégie de consolidation menée à marche rapide par le groupe, dans la continuité de la feuille de route présentée lors du Capital Markets Day organisé il y a près d’un an. Quelques semaines après l’annonce du rachat de Tipico dans les paris sportifs, elle traduit la volonté d’atteindre une taille critique dans les différentes branches du groupe. « Tipico en était la première étape ; All3Media en constitue la seconde pour notre activité entertainment », souligne Sophie Kurinckx-Leclerc.

S’agissant de la production audiovisuelle, le raisonnement est simple : la montée en puissance des plateformes mondiales et la concentration des diffuseurs imposent aux producteurs indépendants de gagner en envergure. Une concentration illustrée par le rapprochement conclu fin février entre Warner Bros. Discovery et Paramount, auquel RedBird Capital Partners est partie prenante, et qui va redessiner profondément le paysage des streamers. Sa nouvelle taille doit permettre à Banijay de défendre sa capacité de négociation vis-à-vis des plateformes de streaming qui sont ses principaux clients.

 

Un champion mondial de la production indépendante

 

Du point de vue industriel, la complémentarité des deux actifs est indiscutable. Banijay Entertainment est déjà le premier fournisseur mondial de contenus pour les plateformes de streaming, avec une présence dans 25 pays et une production essentiellement non-scriptée et internationale. All3Media apporte une masse critique en langue anglaise que Banijay n’avait pas à ce niveau : environ 80 % de ses revenus de production sont générés sur des contenus anglophones, avec des positions fortes au Royaume-Uni et aux États-Unis, tant en fiction qu’en non-scripted. « Nous serons non seulement le numéro un des fournisseurs pour les plateformes de streaming mondiales, mais aussi le plus grand studio de production anglophone en dehors des États-Unis », a souligné François Riahi lors de la présentation.

Cette taille accrue doit notamment permettre une meilleure valorisation de la propriété intellectuelle des programmes : une fois un concept installé, il peut être décliné dans de multiples territoires et vendu à différents diffuseurs. François Riahi cite ainsi l’exemple de l’émission The Traitors, développée par All3Media dans un nombre encore limité de pays, mais dont la diffusion pourrait être étendue au vaste réseau mondial de sociétés de production du groupe.

« Nous sommes désormais le leader affirmé sur ce marché, ce qui nous donne une véritable force face aux nouveaux acteurs apparus ces dernières années avec les OTT et les plateformes de streaming », souligne pour sa part Sophie Kurinckx-Leclerc. La compatibilité des cultures d’entreprise constitue également un élément clé du rapprochement. « All3Media partage pleinement notre ADN. Ce sont des producteurs qui sont aussi des entrepreneurs, avec lesquels nous partageons et continuerons d’aligner nos intérêts », ajoute-t-elle.

 

Une structure plus complexe

 

Cela ne veut pas dire pour autant que l’opération ne comporte que des avantages. Elle implique notamment une complexification de la structure du groupe aux yeux des investisseurs. « À court terme, le principal point faible de l’opération d’un point de vue boursier est la complexité qu’il induit en termes de structure corporate. Banijay Group devient une pure holding détenant des participations majoritaires dans ses deux actifs (respectivement 50 % et 65 %). », relèvent ainsi les analystes d’Oddo BHF.

Une telle architecture risque ainsi d’entretenir la décote de holding dont souffre déjà le titre. En dissociant davantage les différentes branches - production audiovisuelle d’un côté, gaming de l’autre - elle complique la lecture globale de la valeur des actifs et empêche le marché de les valoriser pleinement.

 

La piste d’une scission ?

 

Une situation qui n’est cependant pas sans solution. Une fois les acquisitions digérées, le groupe pourrait être tenté de simplifier sa structure. Le scénario est en tout cas jugé plausible. « Nous estimons tout à fait possible que le groupe envisage à terme une scission de ses deux activités : Gaming et Production, ce qui pourrait passer par une cotation de ses actifs et leurs séparations. », poursuit Oddo BHF.

Sans commenter directement cette perspective à ce stade, Sophie Kurinckx-Leclerc invite les investisseurs à retrouver le groupe le 26 mars, date à laquelle Banijay présentera un point stratégique et fera le suivi de la feuille de route annoncée lors du Capital Markets Day de mai dernier.

Une telle opération, si elle devait voir le jour, n’interviendrait toutefois qu’après la phase d’intégration des deux transactions majeures actuellement en cours. Tandis que la finalisation de l’acquisition de Tipico est attendue au premier semestre 2026, le rapprochement entre Banijay Entertainment et All3Media reste soumis aux autorisations réglementaires habituelles et devrait être finalisé à l’automne 2026.

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