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Schneider Electric s'offre sa pièce maîtresse dans l'IA industrielle / Le norvégien Cognite racheté 3,1 milliards de dollars
« Cognite a construit quelque chose de rare, une plateforme d'IA véritablement industrielle qui transforme la complexité des données opérationnelles en avantage compétitif. » Cette appréciation d'Olivier Blum éclaire les raisons qui ont conduit Schneider Electric à s'offrir le spécialiste norvégien des logiciels industriels dopés à l'intelligence artificielle. Une opération suffisamment stratégique pour justifier un important déploiement de capital.
Pour cette acquisition qui lui permet de poursuivre la construction de son empire logiciel, Schneider va débourser 3,1 milliards de dollars. Un montant largement à la portée du groupe, représentant à peine 1,6% de sa capitalisation boursière, et qui devrait engendrer une hausse du levier financier limitée dans une fourchette de 1,2 à 1,5 fois l'endettement net rapporté à l'Ebitda, d’après les calculs d’Oddo BHF.
Le coût d'un pari stratégique
Pour autant, à plus de 18 fois les 170 millions de dollars de chiffre d'affaires générés par Cognite en 2025, le prix payé interpelle. À titre de comparaison, Schneider Electric avait acquis sa participation majoritaire dans Aveva en 2017 sur la base d'un multiple de 19 fois… l'Ebita. « L'acquisition de Cognite nous semble (très) chère », juge ainsi Oddo BHF, qui s’interroge sur le retour sur investissement de l'opération. Même prudence chez Invest Securities, pour qui « il apparaît difficile d'envisager un impact relutif à court terme sur le BPA, d'autant que la transaction devrait avant tout apporter des synergies de revenus ».
Pourquoi un tel pari ? Parce que le groupe considère que la prochaine bataille de l'industrie se jouera dans la maîtrise des données. Le groupe est convaincu que la valeur se déplacera progressivement vers les plateformes capables d'organiser et d'exploiter les données industrielles à grande échelle. « Nous pensons que l'entreprise qui sera capable de structurer ces données au-dessus des actifs physiques sera celle qui gagnera sur le marché », a insisté Olivier Blum lors de la présentation aux analystes.
La bataille des données industrielles
C'est précisément la promesse de Cognite. Fondée en 2017 en Norvège, la société a développé une plateforme capable de collecter, organiser et contextualiser les données issues de multiples systèmes industriels afin de les rendre exploitables par l'intelligence artificielle. Une capacité qui complète naturellement les logiciels d'Aveva, déjà très présents dans la conception, l'exploitation et l'optimisation des installations industrielles.
Depuis près de vingt ans, Schneider construit méthodiquement cette plateforme industrielle intégrée. Une première étape avait été franchie avec le rapprochement entre Aveva et les logiciels industriels du groupe. Puis, en 2021, l'acquisition d'OSIsoft avait apporté l'une des principales bases de données industrielles au monde. Cognite apparaît aujourd'hui comme la pièce manquante de l'édifice.
Cognite constitue la troisième étape de cette stratégie. « Nous voulons construire un champion de l'IA industrielle », a résumé Olivier Blum, en combinant les capacités historiques d'Aveva avec les technologies développées par Cognite.
La pièce manquante de l'édifice Aveva
Concrètement, les technologies de contextualisation des données et d'intelligence artificielle de Cognite viendront enrichir CONNECT, la plateforme d'intelligence industrielle d'Aveva. En retour, la société norvégienne pourra s'appuyer sur la présence mondiale d'Aveva et sur son portefeuille de plus de 20 000 clients industriels pour accélérer son déploiement. Ainsi, Cognite apporte « une plateforme unifiée de contextualisation des données et d'intelligence artificielle », tandis qu'Aveva lui offre « un effet d'échelle immédiat », note Oddo BHF.
Schneider Electric assume ainsi de privilégier l'enjeu stratégique à la rentabilité immédiate. « Le but est vraiment d'accélérer l'exécution de notre stratégie », a expliqué Olivier Blum. L'ambition affichée est de bâtir un « champion mondial » capable de porter l'intelligence artificielle industrielle à un niveau supérieur.
Quitte à laisser le marché sceptique sur le prix payé. L'action Schneider Electric cédait 2,2 % à 279 euros mercredi après-midi.
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