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Chargeurs s’attaque à sa décote avant de changer de nom / L’OPRA traite la liquidité du titre, tandis que le groupe accélère sa mue

Compagnie Chargeurs Invest remplace le dividende exceptionnel promis après la cession de Novacel par une OPRA de 36,25 millions d’euros, conçue pour offrir une liquidité ciblée à ses actionnaires. Une opération qui s’inscrit dans une mue plus large du groupe, désormais tourné vers les services premium, le luxe et la gestion d’actifs, et qui changera de nom en septembre.
Michaël Fribourg, PDG de la Cie Chargeurs Invest.
Michaël Fribourg, PDG de la Cie Chargeurs Invest.

Promis pour 2027 et confirmé encore en mai dernier, le dividende exceptionnel de 1,50 euro par action que Compagnie Chargeurs Invest devait verser à ses actionnaires ne verra finalement pas le jour, du moins pas sous cette forme. Le conseil d'administration du groupe a annoncé le 7 juillet lui préférer une offre publique de rachat d'actions (OPRA), jugée « une voie privilégiée et plus appropriée de redistribution aux actionnaires d'une quote-part du produit de cession de Novacel ».

Le diagnostic qui fonde cet arbitrage tient en deux chiffres. Au 6 juillet, l'action Compagnie Chargeurs Invest cotait 7,50 euros, quand le dernier actif net réévalué publié ressort à 24,20 euros par action, soit 585 millions d'euros au 31 décembre 2025. À cette décote de près de 70 % s'ajoute une liquidité très réduite du titre, dont le flottant avoisine 34 % du capital, le solde étant détenu par Colombus Holding 1 et 2, les véhicules du groupe familial Fribourg.

 

Le prix du temps

 

« Nous avons dans le flottant beaucoup d'actionnaires qui sont des actionnaires très longs, qui sont des familles, qui sont des institutionnels très longs », explique à WanSquare Michaël Fribourg, président-directeur général de Compagnie Chargeurs Invest. Les volumes quotidiens se limitent habituellement à 5 000 ou 6 000 titres, si bien qu'il faut plus de deux mois de bourse pour faire tourner 1 % du capital, soit environ 250 000 actions sur les quelque 25 millions en circulation. Pour les investisseurs ayant besoin de liquidité à court terme, l'étroitesse du marché peut ainsi accentuer fortement la décote.

Un phénomène encore visible ce mercredi. Malgré une hausse de 28,5 %, à 9,51 euros, à peine plus de 200 000 titres avaient changé de mains en fin de séance, soit moins de 1 % du capital. « Aujourd'hui vous avez quelques actionnaires qui ont besoin de liquidité à très court terme et qui vendent des titres en dessous de 10 euros alors que le groupe envisage de racheter des actions à 14 euros. C'est le prix du temps », poursuit le dirigeant. À ses yeux, le problème ne concerne qu'une fraction limitée de l'actionnariat, mais mérite une réponse spécifique.

 

Un outil de gestion de la liquidité plus qu'un dividende

 

C'est ce constat qui a fait basculer l'arbitrage. Un dividende exceptionnel aurait distribué les 36,25 millions d'euros à l'ensemble des actionnaires, indépendamment de leurs besoins. L'OPRA permet au contraire d'apporter une réponse ciblée aux investisseurs souhaitant monétiser leur participation, tout en laissant les autres bénéficier du potentiel de création de valeur du groupe.

« Compagnie Chargeurs Invest bénéficie d'une base actionnariale qui, pour l'essentiel, n'a pas de besoin important de liquidité, mais ceux qui ont besoin de liquidité ne doivent pas être pénalisés par les mécanismes de marché qui généreraient une décote excessive par rapport à la valeur des actifs du groupe », insiste Michaël Fribourg.

Plus qu'un retour aux actionnaires classique, l'OPRA se présente donc comme un outil de gestion de la liquidité du flottant. À enveloppe strictement identique, les 36,25 millions d'euros financeront le rachat, à 14 euros par action, de plus de 10 % du capital, sous réserve des conclusions d'une expertise indépendante volontaire. Les actionnaires pressés disposeront d'une porte de sortie ordonnée à un prix très supérieur au marché, et supérieur aux 12 euros de l'OPA de 2024. Ceux qui choisiront de conserver leurs titres verront leur quote-part du capital augmenter et le bénéfice net par action progresser mécaniquement, sous l'effet de l'annulation des actions rachetées. 

Le montage a par ailleurs été calibré pour ne pas déformer les équilibres actionnariaux, Colombus Holding 1 et 2 apportant leurs titres au prorata de leur participation afin d'écarter tout effet relutif au bénéfice de l'actionnaire de contrôle. Le dépôt formel de l'opération reste subordonné à l'accord de certains partenaires bancaires et financiers du groupe ainsi qu'à l'approbation des actionnaires, une assemblée générale extraordinaire pouvant être convoquée à la rentrée, pour une réalisation visée au plus tard au premier trimestre 2027.

 

Une décote de perception autant que de liquidité

 

Pour Michaël Fribourg, l'étroitesse du marché n'épuise toutefois pas l'explication de la décote. Elle tient aussi, selon lui, au décalage entre l'image encore industrielle attachée à Chargeurs et le profil que le groupe revendique désormais. « La sous-valorisation actuelle de notre titre en Bourse est décorrélée de nos performances et de notre trajectoire de croissance comme de notre Actif Net Réévalué », souligne-t-il.

Le dirigeant estime que le marché continue de regarder Chargeurs à travers son ancienne grille de lecture, celle d'un groupe industriel, cyclique et consommateur de capital. « C’est encore trop méconnu, le groupe est désormais orienté vers des secteurs moins cycliques, moins industriels, moins intensifs en capital, offrant une plus forte rentabilité des capitaux engagés », plaide-t-il. La cession de Novacel, dont Compagnie Chargeurs Invest conserve un peu moins de 20 %, a aussi renforcé son profil financier, avec près de 300 millions d'euros de fonds propres et un gearing ramené autour de 0,3.

Cette cession, qui a rapporté 225 millions d'euros en numéraire et dégagé une plus-value d'environ 50 millions d'euros, vaut d'ailleurs démonstration du nouveau modèle. En cédant le contrôle de Novacel tout en conservant une participation minoritaire, le groupe revendique sa capacité à développer des actifs, cristalliser leur valeur puis réallouer le capital vers des métiers jugés plus porteurs. Les ressources dégagées doivent ainsi accélérer le développement d'activités comme l'ingénierie culturelle de Museum Studio, les maisons de savoir-faire comme le maroquinier anglais Swaine ou encore la gestion d'actifs.

Le groupe vient d'ailleurs de se doter d'un pôle Premium Capital avec l'acquisition de Harwanne Capital Management. Cette plateforme de gestion pour compte de tiers doit permettre de développer des revenus récurrents de gestion et de surperformance, tout en donnant accès à des opérations d'investissement sur mesure à forte rentabilité.

 

Bientôt un nouveau nom pour fermer le chapitre industriel

 

Cette mue trouvera son aboutissement symbolique à la rentrée. « On ne s'appellera plus Chargeurs », annonce Michaël Fribourg, qui dévoilera en septembre un nouveau nom déjà choisi. Le dirigeant assume la portée de cette décision : « C'est l'idée de fermer un chapitre qui était le chapitre du Chargeurs des restructurations industrielles. »

Après avoir déjà fait évoluer sa dénomination vers Compagnie Chargeurs Invest afin de souligner son modèle hybride d'opérateur et d'investisseur, le groupe veut désormais tourner définitivement la page de son héritage industriel. Son futur nom, assure son PDG, restera lié à son histoire mais visera à incarner une marque plus internationale, plus moderne et davantage alignée avec un portefeuille désormais tourné vers les services premium, les produits de luxe, les expériences culturelles et l'« intelligence émotionnelle », dont le potentiel stratégique devrait selon lui être renforcé par la montée en puissance de l'intelligence artificielle.

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