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Société Générale / Slawomir Krupa
Société Générale passe du redressement à la croissance sélective / La Bourse salue le plan à horizon 2029
Après trois années consacrées à restaurer sa rentabilité et ses marges de manœuvre, Société Générale veut désormais accélérer sa croissance tout en poursuivant la baisse de ses coûts. Le groupe vise un ROTE de 13 à 14 % en 2029 et de plus de 15 % à partir de 2030.
Depuis Londres, où Société Générale présentait ce lundi matin sa nouvelle feuille de route stratégique, Slawomir Krupa en a rapidement exposé la philosophie devant les analystes : « Elle n'a pas besoin d'être changée, elle a besoin d'être renforcée. » Le directeur général ne rompt donc pas avec la méthode engagée en 2023, mais veut la prolonger en poussant plus loin les mêmes leviers : baisse des coûts, croissance sélective, maîtrise des risques et transformation des métiers. Une continuité que la banque peut désormais appuyer sur des résultats plus solides. La rentabilité des fonds propres tangibles (ROTE), qui plafonnait autour de 6 % en moyenne entre 2018 et 2022, atteint désormais environ 11 %, tandis que la direction assure avoir atteint ou dépassé tous les objectifs du précédent plan.
La nouvelle feuille de route vise désormais un ROTE compris entre 13 et 14 % en 2029, puis supérieur à 15 % à partir de 2030. Une trajectoire de rentabilité « linéaire », juge Bank of America dans l’un des premiers commentaires consacrés aux nouveaux objectifs, ses analystes considérant que 2029 ne constitue qu’« un point d’étape plutôt que la destination ».
Encore des marges d’efficacité
Pour y parvenir, le premier chantier reste celui des coûts. Après un recul de 8 % depuis 2022, la base de coûts doit encore diminuer d'environ 2 % par rapport à 2026, pour s'établir sous 16,3 milliards d'euros en 2029. « Elle est encore trop élevée. Notre organisation reste trop complexe dans certains domaines », a reconnu Slawomir Krupa. Les économies brutes, estimées à 1,9 milliard d'euros, doivent absorber 1 milliard d'euros d'inflation et 600 millions d'investissements supplémentaires. L'effort portera notamment sur l'informatique, avec un ratio d'intensité IT ramené de 15 % à 12 %. Le groupe compte aussi sur l'intelligence artificielle, dont il attend 500 à 600 millions d'euros d'économies, ainsi que sur l'accord stratégique signé la semaine dernière avec Anthropic. Une ambition qui laisse encore un peu de marge, selon Bank of America, dont les analystes voient la base de coûts revenir autour de 16 milliards d’euros en 2029.
La croissance doit, elle, rester sélective. Société Générale vise une progression annuelle moyenne de ses revenus d'environ 3 %, pour des encours pondérés des risques en hausse de seulement 2 % par an. « Ce n'est pas parce que nous disposons désormais de capital que nous cherchons à faire croître toutes nos activités en même temps », a prévenu Slawomir Krupa. Les moyens iront en priorité aux métiers peu consommateurs de capital et très rentables, au premier rang desquels BoursoBank et l'épargne patrimoniale en France.
Un nouveau modèle pour la banque de détail en France
La France sera justement l’un des principaux terrains de cette stratégie. Société Générale va réunir sous un même management sa clientèle de particuliers et de professionnels en France, jusqu’ici répartie entre BoursoBank, le réseau SG et la banque privée. « Un marché, un métier, avec plusieurs actifs pour le servir, sous une direction unique », a résumé Slawomir Krupa. Benoit Grisoni, qui reste directeur général de BoursoBank, prendra ce périmètre le 1er octobre, sous l'autorité de Lubomira Rochet, directrice générale adjointe. L’idée n’est pas de fondre les trois enseignes dans un même modèle, mais de mieux les articuler selon les profils de clientèle. La banque en ligne continuera de servir les clients numériques quel que soit leur patrimoine, tandis que le réseau se concentrera sur la clientèle aisée, en lien avec la banque privée. Les offres, les tarifs et le coût de service doivent ainsi être davantage différenciés selon les segments, avec un pilotage commun destiné à réduire progressivement les doublons. « Avec le temps, cette vision a le potentiel de bouleverser l'équation du coût de service sur le marché français », a fait valoir Slawomir Krupa. Le pôle, dont le coefficient d'exploitation atteignait 58 % au premier semestre, vise moins de 55 % en 2029.
Dans cette nouvelle organisation, BoursoBank doit continuer à changer d’échelle. La banque en ligne compte plus de 9 millions de clients et affiche une rentabilité normative de 60 %. Elle doit dépasser les 14 millions de clients fin 2029 tout en conservant un RONE supérieur à 45 % chaque année. « Il est crucial pour nous de maintenir un bon équilibre entre une acquisition rapide de clients et une rentabilité élevée. Il ne s’agit pas de maximiser la rentabilité à tout prix. », a expliqué le directeur général. L’objectif de clientèle est d’ailleurs supérieur à l’hypothèse de Bank of America, qui tablait jusqu’ici sur environ 13 millions de clients en 2029.
Jusqu’à 21 milliards pour les actionnaires
Le retour aux actionnaires prend une place nettement plus importante dans cette nouvelle feuille de route. La distribution ordinaire représentera 50 % du résultat et devrait dépasser 13 milliards d'euros sur la période. S'y ajoutera le capital excédentaire au-delà d'un ratio CET1 de 13 %, estimé à environ 8 milliards. Au total, plus de 21 milliards d'euros pourraient revenir aux actionnaires entre 2026 et 2029, soit 39 % de sa capitalisation et environ 80 % de ses bénéfices annuels. Une perspective bien accueillie en Bourse : l'action gagnait 2,9 %, à 74,7 euros, à la mi-journée, après avoir grimpé jusqu'à 4,7 % en tout début de séance. La restitution de l'intégralité du capital excédentaire reste toutefois conditionnée à l'absence d'une meilleure utilisation de ces ressources. « Nous n'avons pas besoin d'acquisitions pour atteindre les objectifs financiers que nous présentons aujourd'hui », a insisté Slawomir Krupa, qui ne retiendra une opération que si elle offre un meilleur usage du capital que la croissance organique ou le retour aux actionnaires.
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