WAN
menu
 
!
L'info stratégique
en temps réel
menu
recherche
recherche

L'Europe, grande perdante de la crise Lehman Brothers?

Cinq ans plus tard, la finance ne s'est jamais complètement remise de la crise, avec 30% de transactions en moins. Les M&A ont le plus souffert, mais surtout l'Europe a perdu ses rangs sur l'échiquier mondial.
Le bilan complet de la finance mondiale qu'a dressé le cabinet d'avocats Allen & Overy, cinq ans après le début de la crise née de la faillite de Lehman Brothers, est sans appel. Dans un monde encore traumatisé, frileux envers la prise de risque et cherchant des garanties dans la régulation bancaire, l'Europe a encore un peu plus perdu son brillant d'antan. Premier constat d'entrée: la finance ne s'est pas encore remise de la crise et ne reviendra probablement jamais à son activisme de 2006-2007. Les transactions mondiales restent 30% inférieures aux niveaux atteints il y a cinq ans, à 14 trillions de dollars annuels. La Chine est bien sûr le grand gagnant de cette redistribution des cartes: son marché a plus que doublé depuis 2006-2007, et a grimpé de la onzième à la deuxième place dans le monde, avec 813 milliards de dollars! Le Japon a lui aussi bénéficié du dynamisme asiatique, alors que chez les occidentaux, le seul autre pays mature résilient est le Canada, grâce au poids de ses matières premières. Les Etats-Unis, après avoir été l'épicentre de la crise financière, ont largement gardé leur place de leader, avec 5,2 trillions de dollars de deals et 37% de parts de marché (contre 39% avant crise). A contrario, l'Europe de l'Ouest ne représente plus que 26% de la finance mondiale, une baisse de 8 points sur cinq ans, principalement à cause des M&A! Les fusions-acquisitions ont effectivement le plus pâti du coup d'arrêt financier, et de l'assèchement du marché qui s'en est suivi. Le marché mondial ne représente plus que la moitié de ce qu'il était avant crise, à 2,27 trillions de dollars, et la valeur moyenne d'un deal s'est contractée de près de 98 millions de dollars il y a cinq ans, à 61 millions aujourd'hui, en raison d'un manque de confiance et de financement des investisseurs. Seule l'Asie tire là encore son épingle du jeu, sa part de marché ayant progressé de 13% à 21% en cinq ans, sous l'impulsion de la Chine. Les choses se délient petit à petit, et les méga deals commencent à sortir mais, de l'avis d'Allen & Overy, la prudence et des due diligence approfondies seront toujours les maîtres mots, rallongeant l'exécution des deals. Le marché de la dette a été largement remanié depuis la crise, avec un deleveraging massif des banques, la disparition des titrisations et de la finance structurée, et la recherche de rendement dans un contexte de taux bas. Il a certes chuté de 26% depuis 2006-2007 mais représente 44% de la finance mondiale, contre 41%. Après un activisme intense sur la dette souveraine en 2008-2009, la dette corporate émergente et le high yield (60 milliards d'euros en 2012, contre 30 milliards en 2009) sont montés en puissance, pour représenter 10% du marché de la dette. Les obligations spéculatives et le capital hybride sont autant de nouveaux produits qui ont réactivé le marché. Et l'appétit pour le rendement se manifeste dans le retour des CLO aux Etats-Unis, et aujourd'hui en Europe. Dans le sillage des avancées réglementaires, les prêts bancaires se sont effondrés de 60% pendant la crise, et sont aujourd'hui encore inférieurs de 28% au pic de marché. Les institutions ayant moins de marges de manoeuvre, les club deals sont revenus sur le devant de la scène et les emprunteurs, effrayés à l'idée de ne pas pouvoir se refinancer, ont eu recours au "forward start", la sécurisation de leur financement deux ans avant. Le crédit s'est depuis détendu, les taux ont chuté, même s'ils ne retrouveront pas les niveaux de 2007. Le M&A, inspiré par le deal géant Verizon-Vodafone, devrait contribuer à réactiver le marché, ainsi que le retour des emprunteurs déjà refinancés en 2010-2011. L'Asie et le Japon ont également échappé à ce couperet, avec des prêts en hausse de 179% et 85%, mais cela pourrait avoir fait long feu. Pour finir sur une touche positive, le financement de projet a connu un dynamisme inversement proportionnel aux autres segments ces dernières années: le marché a grimpé de 50% depuis 2006-2007. La forte demande en énergie, matières premières, transport et infrastructures s'est matérialisée dans les émergents, mais les pays développés gèrent aussi leur transition énergétique. D'où le besoin de suppléer aux banques, via des obligations, des agences de crédit export ou la BEI en Europe, qui a doublé ses investissements en cinq ans. Ce marché s'annonce crucial: on estime qu'il faudra dépenser 2,5 trillions de dollars pour l'exploitation du gaz dans les dix ans, et les Etats-Unis perdent 100 milliards par an à cause du trafic routier.
Vous souhaitez réagir à cet article ou apporter une précision ?
Commentez cet article