Comment quatre banques françaises ont été victimes d'une fraude à 50 millions de dollars
L'escroquerie à 10 milliards de dollars dont a été victime la banque kazakhe BTA Bank n'a pas épargné des établissements britanniques, italiens ou français. Comment ce quasi montage de Ponzi s'est-il bâti ?
C'est une fraude dont on parle peu mais qui n'a pourtant rien à envier à l'affaire Madoff. Le mécanisme d'escroquerie dont a été victime la banque kazakhe BTA Bank n'a pas épargné les établissements français. Ainsi BNP Paribas, la Société Générale, BPCE et le Crédit Agricole auraient été exposées, en tant qu'investisseurs internationaux, à hauteur de 50 millions de dollars, selon Chris Hardman de Hogan Lovells, l'avocat de l'établissement. Alors que l'extradition de l'accusé actuellement emprisonné en France -pour un "larcin" dorénavant chiffré à près de 10 milliards de dollars- est actuellement à l'étude, il convient de comprendre les faits qui lui sont reprochés.
Pour rappel, la banque kazakhe, considérée comme "too big to fail" a été nationalisée à 75,1% en 2009. Ses résultats, validés par le cabinet Ernst & Young, font alors apparaitre un trou de plusieurs milliards de dollars. Pour sauver l'institution, plusieurs restructurations sont rendues nécessaires. L'établissement a notamment réaménagé 16,7 milliards de dollars de sa dette en 2010.
En 2009, l'ancien président de BTA, Moukhtar Abliazov, fuit son pays, où il fait l'objet d'une enquête pour escroquerie à grande échelle, pour rejoindre le Royaume Uni, où il obtient le statut de réfugié politique en 2011. En 2009 également, une procédure est ouverte en Grande Bretagne à la demande BTA. Les actifs (alors déclarés) du suspect sont gelés et son passeport confisqué. En février 2012, l'Angleterre le condamne à 22 mois de prison pour "outrage à la Cour". Le suspect rejoint alors l'Hexagone. Cet opposant kazakh, qui présidait également le credit committee de la banque, aurait piloté l'attribution de prêts sans aucune couverture à des sociétés offshore qu'il aurait détenues ou contrôlées. Le tout via un système dont le fil a été remonté ces dernières années. L'argent emprunté à la banque par ces sociétés était ensuite réutilisé pour abonder le capital de la banque (en partie détenue par Moukhtar Abliazov) et réemprunter de l'argent, d'où l'association de ce mécanisme à un système de Ponzi. Pour sa part, cet ancien chercheur en physique, s'est toujours défendu de ces accusations, s'estimant victime de persécutions politiques.
Dans le détail, entre début 2005 et fin 2008, c'est-à-dire sous le règne d'Abliazov, les octrois de prêts bruts ont progressé de 400% à 23,6 milliards de dollars. "Une grande partie de cette augmentation a été financée soit par des prêts venus d'institutions financières de l'Ouest soit par la vente d'obligations (dont une grande partie achetée par les institutions financières de l'Ouest)", précise BTA. La banque a engagé 11 actions en Grande-Bretagne dans l'optique de récupérer 6 milliards d'euros d'actifs. Pour le moment, la justice a donné raison à l'établissement pour 3,9 milliards de dollars. A eux seuls, les établissements britanniques (HSBC, Standard Chartered, RBS et Barclays) auraient été lésés de 500 millions de dollars. Quant aux huit préteurs italiens escroqués, tels qu'Unicredit ou Banca Monte dei Paschi di Siena la facture grimperait à 250 millions. M. Abliazov a "non seulement failli causer la faillite de notre banque, mais a aussi fait perdre des capitaux à nos investisseurs internationaux", a précisé la banque cet été dans un communiqué. Et d'ajouter : ces investisseurs "participent aux opérations de restructuration et de recouvrement des avoirs de la banque BTA".
En juillet dernier, Moukhtar Abliazov est arrêté sur la Côte d'Azur par les autorités françaises. Son extradition est demandée par l'Ukraine, la Russie et le Kazakhstan. Les demandes de Moscou, voire de Kiev, ayant le plus de chances d'aboutir. Le préjudices pour les deux pays sont estimés à respectivement 5 milliards et 400 millions de dollars.
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17/09/2021 - 10:31

