Grandes manoeuvres en préparation dans l'hôtellerie
Hilton prépare sa mise en Bourse, Starwood accélère en Europe, Accor est sur le point d'annoncer l'arrivée de son nouveau patron : la rentrée s'annonce active dans le secteur hôtelier.
Les grandes manoeuvres semblent s'accélérer dans l'hôtellerie. Plusieurs annonces viennent étayer les nouvelles ambitions des leaders du secteur alors que certains fonds, actionnaires de grandes chaînes, fourbissent leurs armes pour les mettre en Bourse dès la rentrée ou en 2014.
C'est le cas de Blackstone qui, six ans après avoir racheté la chaîne américaine de luxe Hilton, vient de lancer le processus d'une IPO du groupe hôtelier en mandatant Deutsche Bank, Goldman Sachs, Bank of America Merrill Lynch et Morgan Stanley à cette fin. L'IPO est prévue pour 2014 sur la place américaine. D'ici là, les financiers devront activement travailler sur la valorisation du groupe sachant qu'en 2007, Blackstone avait mis 25 milliards de dollars (dont 7 milliards de dollars de dette) sur la table pour l'emporter et que récemment, les dirigeants du fonds ont échoué à vendre la chaîne à des investisseurs. Autre élément de taille à prendre en compte pour la valorisation : depuis 2007 sa dette a doublé, atteignant aujourd'hui 13 milliards de dollars.
De même, Blackstone essaie en parallèle de céder une autre chaîne d'hôtels, La Quinta, acquise en 2006 pour 4,5 milliards de dollars. Là encore une IPO serait envisagée si le fonds ne parvenait pas à s'entendre sur les modalités d'une cession à un ou plusieurs acquéreurs. Idem pour la chaîne Extended Stay Hotels, spécialisée dans les séjours de longue durée, Blackstone envisageant de la mettre en Bourse dès que possible.
Le fonds aurait-il décidé de se délester de son secteur hôtelier pour aborder d'autres domaines d'activité plus juteux en termes de TRI ? Ces annonces semblent le laisser supposer. Elles traduisent toutefois une logique rotation des actifs, les opérations annoncées intervenant après des acquisitions réalisées voici cinq à six ans, soit un rythme normal en private equity.
Les grands noms de l'hôtellerie mondiale se mettent, eux aussi, en ordre de marche pour capter les îlots de croissance des grandes zones géographiques. Et dans ce secteur, l'Europe figure encore en belle place compte tenu de l'intérêt toujours aussi vivace de la clientèle internationale.
L'américain Starwood capital qui s'était illustré en France en 2005 en mettant la main sur l'un des grands fleurons de l'hôtellerie, le groupe de la famille Taittinger, Le Louvre et son bijou, l'hôtel Crillon, continue ainsi de mettre les bouchées doubles sur cette zone. S'il a vendu le Crillon à des investisseurs saoudiens en 2010, il vient d'annoncer qu'il prévoyait d'ouvrir 50 nouveaux hôtels en Europe au cours des cinq prochaines années, augmentant ainsi de 30% son portefeuille hôtelier européen. Rien que sur 2013, il compte ouvrir neuf nouveaux hôtels sur le Vieux Continent, notamment en Russie et en Turquie. Depuis 2009, Starwood a ajouté 25 établissements à son portefeuille européen, qui compte désormais 163 hôtels dans 32 pays.
Dans ce climat, le français Accor se débat comme un beau diable pour rester dans le peloton de tête. S'il a réussi à tisser un réseau homogène couvrant tous les segments économiques, il a plus de mal à avancer dans son plan stratégique visant à porter à 80% la part des hôtels gérés en contrat de management ou en franchise d'ici à 2015. De même subit-il de plein fouet la concurrence des OTA, Online Travel Agencies, redoutables machines de guerre contraignant les hôteliers à revoir toujours plus bas leurs prix de nuitée.
Depuis plusieurs années, le profil du groupe hôtelier s'est profondément transformé. D'abord en intensifiant les opérations d'externalisation de murs d'hôtels, permettant au passage, de multiplier les distributions de cash aux actionnaires mais aussi de favoriser son delevraging, le groupe ayant largement amélioré ses ratios d'endettement, contrairement à bon nombre de ses concurrents. Il a aussi clarifié son "business model" en se concentrant sur son coeur de métier. Pour ce faire, il a donc vendu son activité de tickets restaurants, pour la plus grande satisfaction des actionnaires de ce groupe (dont Colony Capital qui en possède 11,3%) : l'action gagne 80% depuis son IPO voici trois ans.
Pour autant, le duo Colony Capital/ Eurazeo, actionnaires de référence d'Accor ne sont manifestement pas contents de la politique menée ces derniers mois par le groupe hôtelier. Ce qu'ils ont clairement fait savoir en poussant Denis Hennequin vers la sortie. Depuis avril, une direction par intérim a été mise en place. La nomination d'un nouveau patron est imminente. On attend normalement la fumée blanche fin août, le 27 précisément, date du prochain conseil d'administration de la société pour avaliser les comptes semestriels. Plusieurs noms ont déjà circulé, comme l'ancien patron d'Unibail Rodamco, le bouillonnant Guillaume Poitrinal, récemment parti du géant immobilier pour mener des projets personnels. Mais les actionnaires d'Accor comme le principal intéressé ont fermement démenti la rumeur. La décision finale prend plus de temps que prévu car Colony Capital et Eurazeo n'auraient pas tout à fait les mêmes idées sur la question. L'heureux élu aura de lourdes responsabilités sur ses épaules et des actionnaires très attentifs. Un peu trop? Lors de l'éviction de Denis Hennequin, les marchés financiers n'avaient guère apprécié la rapidité avec laquelle il avait été remercié, estimant qu'il ne lui avait pas été laissé suffisamment de temps pour faire ses preuves. L'action avait alors décroché. Avant de se reprendre quelques semaines plus tard.
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