Alibaba va-t-il lancer son IPO à Wall Street?
Jack Ma, fondateur de la référence du e-commerce chinois, pourrait décider d'introduire son groupe à New York plutôt qu'à Hong Kong, afin d'en garder le contrôle. L'enjeu est de taille: près de 100 milliards de dollars.
"Le commerce global commence ici". C'est la tagline du célèbre site chinois de e-commerce Alibaba, et un dicton qu'il s'applique à lui-même. Le fondateur et chairman du groupe, Jack Ma Yun, vient ainsi de faire sa propre étude de marché en ce qui concerne la place boursière qui accueillera l'IPO du géant chinois. Certes, le projet initial prévoyait logiquement que la Bourse de Hong Kong accueillerait la cotation de la plus belle success-story chinoise de l'Internet de cette dernière décennie. Mais celle-ci supposait que le géniteur du site ait à céder le contrôle de son groupe, et ce n'était pas du tout du goût du milliardaire chinois.
C'est la raison pour laquelle, selon les dires de la presse chinoise, il envisagerait aujourd'hui une introduction à la bourse de New York. Le système américain permet en effet d'introduire deux classes d'actions, l'une d'elles prévoyant de multiples droits de vote par titre, ce qui laisse le contrôle opérationnel au fondateur et à l'équipe dirigeante, pourtant minoritaires au capital. Cette méthode avait déjà été utilisée par son grand frère Facebook quelques mois avant son entrée en Bourse sur le Nasdaq, afin de sécuriser la mainmise de Mark Zuckerberg sur le réseau social. Même scénario lors de l'IPO du club de football Manchester United: après avoir envisagé une cotation à Hong Kong ou Singapour, la famille Glazer avait finalement opté pour New York, et s'était attribué 10 droits de vote par titre.
C'est un volte-face et un sérieux camouflet pour la place de Hong Kong, qui était la première destination des IPO entre 2009 et 2011. Elle a perdu sa couronne l'an passé et n'a accueilli que 5,7 milliards de dollars pour l'instant cette année, bien loin des 22,1 milliards de dollars levés par les sociétés entrées à la Bourse de New York sur la même période. L'activité semblait repartir au mois de mai lorsque deux sociétés se sont introduites en levant plus d'un milliard de dollars (China Galaxy Securities et Sinopec Engineering). Mais c'est alors que la Fed a annoncé qu'elle pourrait ralentir ses rachats d'actions, et la Banque de Chine a décidé à mettre fin à une bulle du crédit, provoquant une panne provisoire de financement qui a éloigné les investisseurs du marché chinois.
Or, pour bon nombre de spécialistes, une introduction à la bourse de Hong Kong sera couronnée de succès si elle mise sur des fortes hausses de revenus ou sur la croissance exponentielle de la consommation chinoise. De ce point de vue, plusieurs entreprises occidentales ont vu les fruits d'une cotation sur une place asiatique: l'italien Prada, l'américain Samsonite ou encore le français l'Occitane. Alibaba peut, de son côté, se prévaloir de revenus en très forte hausse: ils ont grimpé de 71% au premier trimestre 2013, pour un revenu opérationnel en croissance de 232%! Dans ce contexte, on imagine que les autorités hong kongaises ne vont pas en rester là et tenter d'assouplir la réglementation interdisant les actions à multiples droits de vote. Ou inciter Softbank et Yahoo, actionnaires à 36,7% et 24%, à trouver un accord avec Jack Ma pour que lui ou quelqu'un de son choix soit nommé aux commandes du groupe.
Ce qui laisse anticiper une valorisation stratosphérique: selon l'analyste d'UBS, Alibaba pourrait valoir 70 milliards de dollars lors de son IPO, ce qui signifie que la part de Yahoo (24%) équivaudrait à 16,8 milliards de dollars avant impôts. S'il décidait d'en vendre la moitié, cela pourrait donc lui rapporter 8,4 milliards de dollars! Un beau chèque pour le géant du Net, qui s'ets lancé dans une course effrénée aux acquisitions depuis que Marissa Meyer en a pris la tête. L'achat de Rockmelt le 2 août dernier marquait la 21ème emplette en tout juste un an. Le groupe s'est largement renforcé dans le mobile et veut se diversifier dans les moteurs de recherche, les bannières publicitaires et la vidéo. Il se défend de chercher de grosses cibles, même s'il avait regardé le dossier Hulu. Snapchat, Whatsapp, Viber Media, Ustream, Justin.tv ou même Bing, le moteur de recherche de Microsoft... Voilà des noms qui pourraient entretenir les rumeurs dans les prochains mois si Yahoo touche le pactole.
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17/09/2021 - 10:31

