Too big to live
Un gouverneur de la FED suggère de limiter la taille des banques en imposant un ratio entre leurs "non-deposits liabilities" et le PIB américain. Une évolution qui va dans le sens d'une proposition faite au Congrès.
Chez les américains, le débat qui vise à limiter la taille des banques est en train de prendre de la consistance. La dernière grande sortie en date est signée du gouverneur du Système fédéral de Réserve, Daniel Tarullo. Dans une allocution à l'université de Pennsylvanie, l'homme, qui est spécialisé dans la régulation et dans le droit bancaire, a suggéré de limiter la taille des établissements financiers en fonction du montant de leurs emprunts. C'est-à-dire en établissant un ratio entre leurs "non-deposits liabilities (passif qui ne correspond pas aux dépôts des clients, ndlr) et le PIB américain".
"En plus d'être simple, cette approche a comme avantage d'essayer de limiter la croissance des firmes financières en fonction de la croissance de l'économie nationale et de sa capacité à essuyer les pertes", a précisé Daniel Tarullo, qui a été nommé au conseil des gouverneurs en 2009 par Barack Obama. Son raisonnement est clair : avec la crise, beaucoup de banques de Wall Street ont vu leur taille grossir, notamment en achetant des parties de leurs rivales défaillantes. Or, si les grandes banques continuent leur expansion, alors la perception du risque par les marchés n'évoluera pas.
Cette proposition est proche d'une mesure actuellement à l'étude au Congrès, laquelle voudrait mettre en place un pourcentage (2% du PIB de non deposit liabilities) très faible de manière à forcer les six plus grandes banques du pays, JP Morgan, Bank of America, Citigroup, Wells Fargo, Goldman Sachs et Morgan Stanley, à se scinder. Cela dit, en 2010, une approche similaire avait été tentée par le démocrate Sherrod Brown (qui est également à l'origine de l'actuel projet). Une mesure déboutée par la Sénat après un intense lobby du Trésor.
Mais la revendication de Daniel Tarullo commence à s'inscrire dans un mouvement grandissant qui souhaite limiter la taille des banques et les forcer à se diversifier pour améliorer leurs bilans. D'ailleurs des ex dirigeants bancaires ont épousé le mouvement. Sandy Weill, ancien pdg de Citigroup a appelé à séparer les activités de marchés et des banques de dépôt. John Reed, l'ancien co-DG de Citi et Phil Purcel, ancien DG de Morgan Stanley, se sont aussi prononcés pour qui mettrait fin à la dérégulation qui a poussé le gouvernement à mettre la main à la poche. A cela s'ajoute le fait que l'avis de la FED, qui a bien évolué, n'est pas pris à la légère par les législateurs.
Les débâcles à répétition de l'été (London Whale, Libor etc.) donnent du grain à moudre aux défenseurs du projet. Même si une future réforme est suspendue au résultat des élections de novembre, il va sans dire qu'à gauche, comme à droite, on se demande pourquoi les grandes banques devraient avoir un soutien implicite du gouvernement, qui a déjà mis la main à la poche. "Je ne pense pas que nous ayons besoin de firmes que soient si grandes et si compliquées pour avoir une bonne intermédiation", a déclaré la semaine dernière à des journalistes le président de la Réserve Fédérale de St Louis, James Bullard, qui attaque par là-même l'un des arguments de Jamie Dimon, patron de JP Morgan. Ce dernière soutient que les grandes sociétés ont besoin de grandes banques pour les accompagner.
Dans le même but, Daniel Tarullo propose de renforcer les exigences de capital pour les banques de grandes tailles. Il désire également que la FED bloque les M&A dans lesquelles ces dernières pourraient être tentées de se lancer.
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17/09/2021 - 10:31

