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Sur les marchés
IPO de biotechs au Nasdaq: un Graal réservé à quelques "happy fews"
Au royaume du beurre de cacahuètes, l'IPO du français DBV Technologies la semaine dernière a été révélatrice des attentes du marché américain: "ce médecin entrepreneur peut-il guérir les allergies aux arachides?" titrait ainsi, plein d'espoir, le magazine Forbes. La pépite hexagonale vient en effet de réaliser le rêve que caressent toutes les biotechs européennes: s'introduire au Nasdaq, après avoir fait un parcours sans faute en France, où sa capitalisation a été multiplié par plus de 4 depuis sa première mise en Bourse en mars 2012!
Car le produit que développe DBV Technologies est particulièrement intéressant de ce côté-ci de l'Atlantique: son patch de diagnostic des allergies à l'arachide, Viaskin Peanut, a récemment remporté un premier critère d'efficacité et a obtenu le statut de "fast-track" auprès de la FDA américaine pour accélérer sa commercialisation, qui devrait avoir lieu d'ici au début 2018. Car le temps presse: 15 millions d'américains présentent des allergies alimentaires, dont 6 millions d'enfants et parmi eux 3 millions sont allergiques à l'arachide. Un chiffre qui aurait grimpé de 50% depuis la fin des années 90, selon le CDC (Centers for Disease Control and Prevention). DBV Technologies compte répondre à cet enjeu majeur de santé publique, et dégager pas moins de 2 milliards de dollars de revenus aux Etats-Unis à terme.
Mais même avec un profil aussi attractif, la pépite française a dû multiplier les efforts pour parvenir à sonner la cloche de Wall Street mercredi dernier, dans un contexte de marché très volatil. "L'enjeu était d'avoir accès à une nouvelle base d'investisseurs, et d'accroître la liquidité et la couverture du titre", relate Hervé Ronin, managing director chez Bryan Garnier, banque co-chef de file de l'IPO. Pour envoyer un signal positif et catalyser les prises de position, le groupe a établi son prix d'entrée légèrement en dessous des anticipations, à 34 euros contre 36 euros attendus pour deux ADR. Une petite concession qui a eu l'effet escompté: "le book a été sursouscrit près de quatre fois, et alloué à 80% aux Etats-Unis et 20% en Europe. Le titre a gagné près de 20% depuis", résume Hervé Ronin.
Et la société a surtout accès à une base d'investisseurs bien plus large, rompus aux biotechs et capables de valoriser la société, sa future croissance et l'évolution de ses marges avant même que le produit soit sur le marché. D'où une précision bien plus importante dans l'évaluation du business model, l'accès à un marché bien plus liquide avec pas moins de 400 biotechs cotées aux Etats-Unis, et à terme une valorisation plus attractive qu'en Europe.
D'autres pépites françaises pourraient être tentées de franchir le pas, à l'instar de Nicox, cette biotech recentrée sur l'ophtalmologie dont le patron Michele Garufi déclarait récemment: "Nous allons peut-être envisager une double cotation. Je suis convaincu qu'une cotation au Nasdaq serait un succès". Reste que ce Graal est un chemin semé d'embûches -la réglementation de la SEC et de l'AMF sont totalement différentes, ce qui nécessite un travail préparatoire pendant plusieurs mois - et reste conditionné aux conditions de marché lors de l'IPO. Dans le cas de DBV Technologies, 70% du flottant était déjà composé d'actionnaires américains et la société a préparé l'opération en amont, si bien que le bookbuilding n'a pris qu'une journée. Une rapidité d'exécution essentielle alors que les marchés sont plus volatils et qu'une IPO s'expose à l'annulation d'ordres de la part d'investisseurs anxieux et concentrés sur la gestion de leurs lignes.
De ce point de vue, les IPO de biotechs se compliquent des deux côtés de l'Atlantique. Elles sont à l'arrêt en Europe, et aux Etats-Unis seules trois mises en Bourse ont été menées à leur bout la semaine dernière, pour un total de 164 millions de dollars, contre six prévues pour un peu moins de 500 millions de dollars. Le français aura été un des derniers à passer entre les gouttes: il a réalisé le plus grosse opération de la semaine avec une levée de fonds totale de 133 millions de dollars.
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