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Au lieu des banques, un méga LBO financé par Apple

Après un process houleux, Bain Capital va finalement racheter la division de puces mémoire du japonais Toshiba, pour 17,7 milliards de dollars. Une opération XXL, où la dette a été apportée par Apple, Dell et de grands noms du secteur. Le début d’une nouvelle ère ?

Ce fut long et douloureux, mais Bain Capital vient enfin d’emporter l’un des plus gros LBO post-Lehman Brothers. Ce jeudi, il a signé un accord avec le japonais Toshiba pour lui racheter 60% de sa division de puces mémoires, pour 17,7 milliards de dollars. L’historique du deal est complexe : en mars dernier Toshiba a subi la faillite de sa filiale nucléaire américaine Westinghouse, qui l’a obligé à déprécier ses comptes de 6,2 milliards de dollars et a fragilisé sa situation financière. A tel point que faute de solution urgente, le groupe aurait été radié de la Bourse de Tokyo. Il a alors annoncé vouloir vendre sa division Memory d’ici à la fin août, afin de rapatrier de l’argent frais dans ses comptes. Trois repreneurs sérieux se présentent : le fabricant américain de matériel informatique Western Digital, le taïwanais Foxconn et le fonds de private equity Bain Capital, sponsorisé par un fonds public japonais et un groupe sud-coréen de semi-conducteurs.

Toshiba avait un temps privilégié la solution américaine, qui offrait 17 milliards de dollars pour cet actif, avant de se raviser lorsque Bain Capital a surenchéri avec une offre nettement supérieure, notamment grâce à l’entrée de grands groupes tels qu’Apple et Dell pour financer l’opération. Il s’agit d’une stratégie nouvelle pour ces industriels, qui ont plutôt l’habitude de racheter des cibles dans leur secteur plutôt que d’agir comme prêteur. Le deal a d’ailleurs failli capoter lorsqu’Apple a bloqué sur deux éléments de l’opération, obligeant Toshiba à demander une extension d’une ligne de crédit arrivant à échéance fin septembre.

Bain Capital est finalement parvenu à ses fins, mais deux points d’interrogation subsistent : l’aval des autorités antitrust, mais aussi l’appel de Western Digital, qui compte transférer le dossier en arbitrage. Mais pour le moment, le fonds de private equity peut se targuer non seulement d’avoir signé un LBO record depuis la crise, mais aussi d’avoir organisé un consortium particulièrement attractif pour le vendeur, avec des industriels poids lourds du secteur. L’américain Seagate, qui doit apporter 1,25 milliard de dollars d’actions de préférence, pourra se fournir en puces mémoire, tandis qu’Apple, qui a apporté 3 milliards de dollars de prêts, compte lui aussi contrer la pénurie pour équiper ses appareils.

Cette stratégie de financement semble donc être particulièrement judicieuse dans un secteur où les grands industriels dépendent fortement de ces sous-traitants. Ce faisant, Bain Capital obtient probablement des conditions avantageuses de prêts, et surtout la possibilité de les reconduire, sans être dépendants des taux de référence de la banque centrale. De son côté, Apple met à profit ses mannes de cash, qui ne rapportent guère en ce moment, et sécurise aussi son approvisionnement, clé de sa survie sur le long terme. Car l’élasticité-prix de ses iPhone et iPad pourrait un jour connaître des limites.


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