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Comment faire repartir la croissance française sans investissement ?

L’investissement des entreprises ne donne toujours pas de signe de reprise en France, avec des carnets de commandes au plus bas et malgré les avantages fiscaux mis en place. L’hypothèse de croissance du gouvernement apparaît donc ambitieuse pour l’an prochain.
Michel Sapin
Michel Sapin

L’hypothèse de croissance du gouvernement pour 2016 est-elle trop optimiste ? Michel Sapin lors de la présentation des grandes orientations budgétaires de l’an prochain a pourtant répété que ses prévisions étaient « prudentes » avec une hausse de PIB de 1,5% seulement par rapport à 1% cette année. Mais le ministre a précisé que cet objectif sous-entendait une reprise de l’investissement significative: « l’investissement devrait accélérer, soutenu par les mesures de sur-amortissement décidées avant l’été ».

Or cette dynamique n’est toujours pas enclenchée, malgré les mesures mises en place en avril justement : le gouvernement a ainsi annoncé au printemps dernier que les entreprises qui réaliseraient des investissements entre le 15 avril 2015 et le 14 avril 2016 bénéficieraient d’un suramortissement de 40%. 

«Même si les turbulences boursières du mois d’août ont plombé le moral des entreprises, les investissements auraient tout de même dû redémarrer entre avril et juillet, grâce à cette mesure », estime Julien Manceaux, analyste chez ING. Or, cela n’a pas été le cas. Toutefois tempère l’analyste, étant donné que le dispositif de suramortissement est limité dans le temps, les entreprises pourraient attendre le dernier moment pour investir, ce qui aurait un effet à retardement sur l’investissement. Il reste que les carnets de commandes des sociétés sont très bas ce qui n’encourage pas les entreprises à financer de nouveaux projets. « Tant que les carnets ne se reprendront pas, l’investissement ne décollera pas », poursuit l’analyste. Le CICE n'a d'ailleurs pas non plus les effets escomptés : selon le rapport du comité de suivi du CICE, ce dernier n'est « pas toujours d’une ampleur suffisante pour être un élément déterminant dans les décisions d’investissement ».

Les statistiques des revenus disponibles des entreprises soulignent aussi que pour l’instant, ce sont plutôt les salaires qui augmentent que les emplois qui progressent, signifiant que les entreprises profitent du rétablissement de leurs marges pour soutenir leurs employés plutôt que d’embaucher et d’investir dans de nouvelles activités. « Si la tendance ne s’inverse pas, on ne pourra pas compter sur une reprise des investissements », explique encore Julien Manceaux. Le fait que le gouvernement ait décalé de quatre mois les allègements de charges portant sur les salaires au-delà de 1,6 smic n’est pas non plus un signal rassurant pour les entreprises, comme elles l’ont d’ailleurs fait entendre par la voix de leurs représentants la semaine dernière.

Difficile de croire dans ces conditions, que le PIB pourrait progresser de 1% cette année puis de 1,5% l’an prochain. Le gouvernement compte tout de même sur une reprise de la consommation des ménages, qui a déjà progressé ces derniers mois grâce à la faiblesse de l’inflation et une « orientation fiscale favorable » ». Reste à savoir si elle sera suffisante pour que le gouvernement atteigne son objectif.

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