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Emploi: comment l'Allemagne nargue la France
La comparaison est douloureuse. A quelques heures d’écart seulement, la France et l’Allemagne ont publié leurs chiffres du chômage. Et, tandis que le ministre du travail français dévoilait hier soir une hausse de 8900 demandeurs d’emploi en catégorie A sur le premier mois de l’année, soit supérieure à l’augmentation de décembre, le gouvernement allemand a affiché ce matin une chute des demandeurs d’emploi plus importante que prévu en février, de -14 000.
Ainsi, alors que l’Hexagone n’est toujours pas parvenu à stabiliser son marché du travail, comme le gouvernement l’avait prétendu lors de la publication des chiffres de décembre, l’Allemagne continue de voir la situation de son marché de l’emploi s’améliorer. Le taux de chômage français est donc désormais de 11,1%, quand celui de l’Allemagne s’est établi à 6,8%. Sachant que, selon les prévisions de la Commission européenne, ce taux allemand, qui a atteint un plus bas historique en 2013, devrait continuer de baisser en 2014 pour atteindre 5,3%. Et ce malgré la hausse de la population active, notamment du fait de la hausse du nombre de migrants, précise la Commission. Sachant que les entreprises devraient profiter de l’embellie économique du pays (+1,7% de croissance prévu) pour continuer d’augmenter les salaries. Selon Bruxelles, le taux de chômage français devrait au contraire encore progresser en 2014 et se stabiliser en 2015. Ce qui signifie que François Hollande aura raté son pari d’inversion de la courbe du chômage deux années de suite.
Si la composition du marché de l’emploi en France et en Allemagne est fort différente, avec un secteur industriel qui représente toujours 25% du PIB outre-Rhin (et 26% du nombre d'emplois au total) contre 14% dans l’Hexagone (et 12% des emplois), la situation allemande de quasi plein emploi est la conséquence directe des réformes lancées par le chancelier Schröder en mars 2003, et connues sous le nom d’Agenda 2010. A l’époque, le nombre de chômeurs allemands atteignait 5 millions de personnes (contre 2,3 millions de personnes aujourd’hui), dont 6% de longue durée en 2005 (ils représentent désormais 2,5%). Le chômage des jeunes est quant à lui passé de 15,6% à 8,1% en sept ans. Ces quatre séries de lois, mises en place entre janvier 2003 et janvier 2005, ont permis d’assouplir le droit des licenciements et le travail intérimaire, de développer le travail atypique et de modifier le système d’indemnisation du chômage, en encourageant le retour vers l’emploi plutôt que l’indemnisation de longue durée.
Le tout dans un contexte de
dialogue social puisque parallèlement, l’accord Pforzheim de 2004 entre
patronat et syndicat a permis la signature de conventions d’entreprises afin de
maintenir des emplois et de la production, contre une augmentation non compensée
du temps de travail. Le gouvernement Hollande, qui a finalement refusé de
rencontrer le père fondateur des lois allemandes, Peter Hartz, au début du mois,
ferait bien de lire son rapport. Car si certains ont reproché aux quatre lois
de nourrir la précarité au travail et de creuser les inégalités, elles ont
surtout permis à l’Allemagne, en pleine reconstruction et au bord du précipice
au lendemain de la réunification, de rétablir les conditions de développement
de son modèle économique et social.
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