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Emmanuel Macron déplace les foules à New York
Même en changeant de salle à la dernière minute, le mouvement "En Marche" aura été un peu dépassé par le succès de cette première allocution d’Emmanuel Macron à New York, en tant que candidat à la présidentielle. La salle de conférence de la New York University n’a ainsi pu accueillir que 400 personnes, alors que l’événement avait suscité plus de 950 inscriptions ! L’ex-ministre de l’Economie a prononcé un discours en anglais devant les membres de la prestigieuse université en milieu de journée, puis en français devant un parterre composé en grande majorité d’expatriés.
Ce dernier a détaillé les grandes thématiques de son offre politique, sans pour autant aller dans les détails concrets de son action en tant que futur président. Se qualifiant de « progressiste » contre la tentation du conservatisme et du repli, il a convenu que la mondialisation avait certes « profité aux 20% les plus riches », et que la classe moyenne s’était sentie « mise de côté par les délocalisations et restructurations ». Cette même classe moyenne se sent également menacée par la digitalisation de notre économie, qui fragilise « la base sociologique de notre société » et conduit à la montée des extrêmes. A contrario, celui qui fut banquier chez Rothschild estime que la France souffre d’un « paradoxe mortel car il y a deux tabous : on n’a pas le droit d’échouer ni de réussir ». Il faut selon lui lancer une révolution culturelle à ce niveau : « dédramatiser l’échec par le biais de l’éducation et valoriser la réussite au plan fiscal », en se concentrant sur la taxation de la rente.
Au plan économique, il ne prône pas le modèle américain, qui affiche certes 3,2% de croissance annuelle et un taux de chômage au plus bas depuis 2007, mais a créé des « poor workers ». Il se prévaut au contraire des systèmes allemand ou scandinave, dits de flexi-sécurité : flexibilité des relations de travail avec des accords de branche qui peuvent déroger au cadre légal, sécurité des personnes avec une protection sociale minimale, ce dont dispose la France, rappelle Emmanuel Macron. « La clé est une politique de redistribution, mettre en place une égalité des opportunités », martèle-t-il, expliquant que si nous ne sommes pas tous égaux (« je ne cours pas aussi vite qu’Usain Bolt »), nous devons avoir les mêmes chances d’exploiter nos forces. Il retient néanmoins la solution de l’ « affirmative action » anglo-saxonne, visant à réintégrer la France isolée, celle des quartiers qui ne se reconnaît plus dans le système.
Au niveau international, le candidat à la présidentielle a pointé du doigt la transformation des équilibres, et en particulier le retrait des Etats-Unis, qui « sont sortis de nombreux territoires de combat ». Qu’il a opposé à une Europe plus impliquée, qui prend ses responsabilités face à la montée des régimes autoritaires en Russie, Iran ou Arabie Saoudite. Mais a aussi justifié le besoin d’Europe : « si la France veut réussir, elle a besoin d’être à plusieurs pour relever le défi climatique ou numérique ». Et d’expliquer que si le pays seul ne peut pas faire naître un Google, l’Europe le pourrait si les pays mettent en commun leurs compétences. Admettant que l’UE a échoué par certains aspects, dans la mesure où « elle a créé de la divergence économique et n’a pas suscité assez d’institutions communes », il a prôné la mise en place d’une politique budgétaire et fiscale commune, et mis l’accent sur la force du couple franco-allemand pour porter cette dynamique européenne. Mais dans un contexte de remise en cause profonde, il a comparé le problème européen à une « guerre de religion entre les catholiques, nous-mêmes, qui pardonnent à ceux qui ont fauté, et les calvinistes qui veulent faire payer ces fauteurs », en référence au Brexit. Emmanuel Macron refuse d’être laxiste pour autant envers la Grande-Bretagne, à qui « il faut montrer qu’on est ‘in’ ou ‘out’ de l’Europe ».
Le candidat indépendant a enfin profité de cette allocution pour se poser en rassembleur, inciter chacun à se considérer comme « dépositaire du changement » et à prendre sa part de responsabilité. Cette tournée américaine était aussi l’occasion de lever des fonds grâce à un dîner organisé par l’ex-ministre Renaud Dutreil, dimanche soir. Car pour se mettre « En Marche », Emmanuel Macron, qui ne bénéficie pas des subventions allouées aux partis traditionnels, a besoin de la générosité des expatriés français, un électorat traditionnel de droite qui pourrait se laisser tenter par ce discours pro-business.
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