Les arguments allemands contre les euro-obligations
Le gouvernement allemand semble radicalement opposé à la création de tels instruments. Mais, selon la presse allemande, le ministre des Finances, Wolfgang Schäuble, laisse une porte entrouverte.
La chancelière allemande, Angela Merkel, ne veut absolument pas mettre la dette des Etats européens en commun. S'exprimant ce matin sur la chaîne nationale ZDF, elle a réaffirmé qu'"il ne sera pas possible de résoudre la crise actuelle avec l'émission d'euro-obligations", ajoutant qu'elle "collectiviserait la dette sans transférer à l'Europe la souveraineté des Etats sur les budgets nationaux ".
En outre, Angela Merkel observe que l'introduction d'euro-obligations requerrait une modification des traités de l'Union européenne. "Il faudrait également vérifier que ces titres sont autorisés par la constitution allemande", a-t-elle poursuivi.
C'est aussi l'avis de son ministre de l'Économie, Philip Rösler, qui déclare au journal Bild am Sonntag : "Les euro-obligations sont un mauvais signal adressé aux économies nationales défaillantes. Couvrir les risques des autres pays avec les euro-obligations aurait pour effet immédiat de faire grimper les taux d'intérêts allemands. Cela aurait des effets dramatiques sur la croissance dans notre pays", explique-t-il.
Dans Der Spiegel, Edmund Stoiber, tête de file du parti CDU, souligne : "nous ne résoudrons pas la crise de la dette en distribuant de la dette un peu partout !".
De la même manière, dans le Welt Online, Jörg Hinze, senior economist à l'Institut économique mondial d'Hambourg, affirme que "si le sommet franco-allemand avait proposé d'instaurer les euro-obligations, cela aurait probablement calmé les marchés, à court terme. Mais ces titres émis au niveau européen reviennent à signer un chèque en blanc aux pays qui veulent s'endetter".
Pour lui, "les pays en difficulté peuvent s'abriter derrière ces euro-obligations pour dépenser. Mais plus il y aura d'États qui s'endetteront, moins il y en aura qui pourront garantir les euro-obligations. Et l'Allemagne ne peut pas supporter le système toute seule. Les euro-obligations doivent donc être assorties d'une contrainte : réduire les déficits. Sinon, elles s'écrouleront".
Cependant, dans le Welt am Sonntag, le ministre des Finances allemand, Wolfgang Schäuble, nuance les propos de la chancelière allemande en affirmant que "les pays de la zone euro pourraient émettre des euro-obligations s'ils échafaudent au préalable une politique budgétaire et fiscale commune".
Mais selon lui, ce mouvement vers plus d'intégration ne se fait pas assez rapidement. "La plupart des États membres ne sont pas tout à fait prêts à accepter les restrictions nécessaires à la souveraineté nationale. Mais croyez-moi, c'est un problème qu'on peut résoudre", explique le ministre.
Souhaitant montrer l'exemple, Wolfgang Schäuble s'est dit disposé à transférer la souveraineté nationale à Bruxelles. "Je suis déjà prêt. L'idée d'un ministre des Finances européen ne me pose aucun problème. Mais en tant que ministre des Finances, je dis qu'il est de notre devoir de résoudre les problèmes ici et maintenant, et ce le plus rapidement possible sur la base des contrats existants".
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17/09/2021 - 10:31

