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Moleskine, le nouvel Hermès italien?
Le fabricant d'agendas et accessoires prépare son introduction à la bourse de Milan le 3 avril prochain. La réussite de cet acteur du luxe italien est une étape importante pour le réveil des IPO en Europe.
Moins d'un mois après les élections italiennes qui ont à nouveau fait trembler l'Europe entière, et en plein chaos lié au plan de sauvetage de Chypre, l'opération à laquelle se prépare Moleskine est osée: une IPO à la Bourse de Milan. Ce fabricant d'agendas et de papiers de luxe italien compte placer 106 millions d'actions dans une fourchette de prix comprise entre 2 et 2,65 euros par action. Le groupe serait valorisé à 562 millions d'euros maximum, soit une opération d'envergure sur une bourse malmenée par les rebondissements macroéconomiques.
Cette IPO est par ailleurs symbolique dans la mesure où elle signerait la sortie du fonds de private equity majoritaire depuis 2006, Syntegra Capital. Un scénario qui n'a eu lieu qu'à quelques reprises en Europe l'année dernière, comme l'entrée réussie de Ziggo par Cinven à la Bourse d'Amsterdam par exemple.
Clé de la réussite d'une société européenne dans le contexte actuel: être global. Or, la société a de larges ambitions puisqu'elle vise une cible de 228 millions de personnes, dont moins de la moitié en Europe. Selon la société, 3,3 millions de clients ont déjà acheté un produit Moleskine au cours de la dernière année, soit à peine 1,5% de son spectre, ce qui laisse de grandes marges de manoeuvre de croissance.
Mais que l'on ne s'y trompe pas, cela n'empêche pas Moleskine d'avoir des racines bien établies, un univers essentiel pour perpétrer le message d'une marque. Ces carnets fermés par un élastique sont nés à Paris au début du siècle, et ont été très rapidement adoptés par des artistes expatriés célèbres comme Oscar Wilde, Ernest Hemingway ou encore Pablo Picasso. L'entreprise fut rachetée par la Société Générale en 2006, qui fit ensuite entrer au capital deux fonds, l'italien Syntegra Capital et le suisse Index Ventures.
Au plan financier, les comptes sont très reluisants, même pour un acteur du luxe: Moleskine revendique 78 millions d'euros de ventes et une marge opérationnelle de 42%, contre 19,7% pour le fabricant de bagages Tumi, 27,2% pour la marque Prada ou encore 16,7% pour l'Occitane! Il faut dire que la matière première, même si ses coûts augmentent, reste très peu chère comparée à celles utilisées par ses pairs. C'est pour ces raisons que les banquiers de l'IPO, UBS, Goldman Sachs et Mediobanca, souhaitent voir le groupe valorisé entre 22 et 29 fois son Ebitda, soit un multiple supérieur à celui de Burberry ou encore de Richemont. Et la stratégie semble avoir été efficace, puisqu'après trois jours de placement, le carnet d'ordres était rempli jeudi, selon plusieurs sources.
Tout semble donc sur la bonne voie pour que Moleskine suive la voie tracée par le créateur Salvatore Ferragamo et le spécialiste du cachemire Brunello Cucinelli, qui ont réussi leur IPO à Milan depuis deux ans. Un pied de nez également à Prada qui a préféré se lister à Hong Kong en 2011, en raison de la perturbation des marchés européens à l'époque. Or, les marchés se sont ressaisis depuis, et les IPO ont largement repris en Europe du Nord, surtout à Londres et Francfort. L'introduction réussie de Moleskine pourrait montrer qu'il existe de la demande sur les marchés périphériques pour les bons actifs. Mais les nombreux corporates qui jaugent aujourd'hui le marché européen risquent d'attendre la fin de la crise chypriote pour frapper enfin à la porte de leur bourse locale.
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