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Macro-économie / Politique monétaire

Fin de l'argent bon marché, nouvelle crise en vue ?

Les principales banques centrales ont entamé le début du resserrement monétaire, la Fed étant la plus avancée dans le processus. Après avoir injecté des centaines de milliards dans l'économie et abaissé les taux à des plus bas historiques, leur retrait inquiète, certains estimant qu'il arrive trop tard, d'autres qu'il risque de plonger l'économie mondiale en récession.
euros - dollars - illustration
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La Banque d'Angleterre a donc relevé hier ses taux directeurs de 0,25 point, pour la première fois depuis dix ans, rejoignant le grand bal du resserrement monétaire des banques centrales. C'est la Fed qui a entamé la danse, en décembre 2015, en remontant une première fois ses taux, qu'elle a depuis lors relevés à trois reprises (fin 2016, en mars 2017 et en juin 2017). La Réserve américaine a par ailleurs annoncé en octobre qu'elle ne réinvestirait pas l'argent de ses titres arrivant à maturité, amorçant ainsi la réduction de son bilan, qui atteignait à cette date plus de 4.500 milliards de dollars. La BCE lui a emboîté le pas puisqu'elle a déclaré il y a quelques jours, qu'elle diminuerait ses rachats mensuels de titres à partir de janvier. La Banque du Japon et la PBOC (People Bank of China) seront les suivantes à resserrer leur politique monétaire, les analystes tablant sur le milieu de l'an prochain.

Or ces resserrements coordonnés, s'ils sont a priori le signe d'une amélioration des économies correspondantes, inquiètent. Le retrait des banques centrales est même perçu comme le principal catalyseur de la prochaine récession, selon différentes enquêtes menées auprès des investisseurs. "Une erreur de politique monétaire serait l'un des principaux risques relatif à nos prévisions de croissance", explique ainsi Jeremy Lawson, chef économiste chez Aberdeen Standard Investment. Notamment parce que les niveaux de dette publique ont grimpé en flèche depuis 2008 et qu'une hausse des taux trop brutale serait fatale pour des pays tels que la France (99,2% du PIB), la Belgique (105,9% du PIB) ou encore la Chine (257% du PIB fin 2016) où l'endettement public est extrêmement élevé. L'histoire de la politique monétaire a par ailleurs démontré combien les sorties de QE sont délicates, le resserrement entamé par la Fed en 1994 ayant par exemple entraîné un effondrement obligataire et la dévaluation du peso Mexicain, déclenchant une grave crise économique dans le pays. 

Mais les banquiers centraux ont préféré prendre le risque de se retirer, craignant qu'une perfusion prolongée au-delà du raisonnable, ne crée une véritable bulle sur les marchés financiers. Bulle qui pourrait déjà être présente, vu les montants injectés par les banques centrales depuis dix ans, et vu la valorisation des marchés actions et la faiblesse historique des taux souverains. La BCE a ainsi injecté plus de 2.000 milliards d'euros dans l'économie et son bilan ne devrait pas diminuer avant septembre 2018, puisque Mario Draghi a affirmé qu'il continuerait à réinvestir les titres arrivant à maturité sur cette période. Du coup, plus de 40% de la dette de la zone euro se traite actuellement à des taux négatifs. Le bilan de la Fed a quant à lui progressé de 3.600 milliards de dollars entre 2008 et 2014, ce qui a eu un fort impact sur les principaux indices boursiers américains : plus de la moitié des gains réalisés par le S&P 500 entre 2008 et 2015 ont eu lieu les jours où la Fed a rendu ses décisions de politique monétaire, selon Bloomberg.

Si la Banque du Japon a affirmé qu'elle poursuivrait le QE jusqu'à ce que l'objectif des 2% d'inflation soit atteint (ce qu'aucun économiste n'anticipe à horizon court moyen terme), elle devrait en revanche diminuer les montants achetés tous les mois. Il faut dire que la BoJ détient près de 40% de la dette totale japonaise et a donc été contrainte de ralentir le rythme des rachats. Si les décisions de la Banque centrale chinoise sont plus difficiles à anticiper en raison d'une communication plus opaque que celle de ses homologues, les analystes estiment qu'elle devrait tenter de réduire l'endettement public massif du pays. 

Ce resserrement monétaire coordonné des banques centrales devra donc être mené avec beaucoup de prudence, si les banquiers centraux veulent éviter un assèchement soudain des liquidités et un resserrement des taux qui pourrait déstabiliser les marchés et les principaux acteurs économiques. Mais, et c'est la toute la difficulté de leur tâche, ils devront avoir suffisamment resserré les taux lorsque le prochain retournement de cycle arrivera, afin d'avoir des marges de manoeuvre pour soutenir l'économie. Or, ce retournement de cycle pourrait se produire d'ici deux à trois ans, selon les anticipations des économistes, ce qui ne laisse pas beaucoup de temps aux banquiers centraux pour remonter les taux...

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