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Passage du bail-in au bail-out : quel coût ?

Pour éviter les aléas moraux et parce que les bail-out deviennent insoutenables, les Etats et les banques de la zone euro se renfloueront en interne. Les investisseurs n'ont pas encore intégré ce changement.
Le Vieux Contient est en train de mettre un terme à la pratique dite du bail-out au profit de celle dite du bail-in. C'est-à-dire que la solvabilité des Etats et des banques en difficulté ne pourra plus être rétablie par un intervenant extérieur, ou en tout cas le moins possible. Les pays malades n'auront d'autre choix que de restructurer leurs dettes en faisant subir des pertes aux porteurs d'obligations. Les banques au bord de la faillite devront annuler leur capital, restructurer leur dette et peut-être piocher dans les dépôts non garantis (plus de 100 000 euros). "Il est normal que l'argent public ou la création monétaire ne servent pas systématiquement à la resolvabilisation des Etats ou des banques, constate Patrick Artus, directeur des études chez Natixis dans une note. Mais il faut accepter le coût de ce choix pour les finances publiques et pour la croissance". L'Europe tend à éradiquer la pratique du bail-out. La BCE ne peut ainsi acheter des dettes publiques que dans un cadre bien défini. Le mécanisme européen de stabilité (MES) ne peut pour le moment pas recapitaliser directement les banques (cette possibilité étant en discussions et suspendue à la création du mécanisme de supervision unique). L'Europe travaille également pour créer un mécanisme de résolution des crises bancaires commun aux 17. "L'idée de départ est évidemment d'éviter les aléas de moralité : la disparition des bail-out incite les Etats à stabiliser leurs taux d'endettement ; les banques à limiter leur levier, à éviter les prêts ou les achats d'actifs trop risqués ; les déposants et investisseurs à choisir soigneusement leur banque", continue Patrick Artus. Certes le bail-in semble l'instrument le plus adapté, étant donné que les dettes publiques des pays périphériques sont trop importantes pour être portées par leurs voisins et que les bilans des banques sont trop gros pour que les pays ne les supportent. "Mais il ne semble pas que les investisseurs aient encore compris qu'en parallèle, ce passage devait impliquer une hausse des primes de risque sur les dettes souveraines des pays à taux d'endettement public élevé, sur les actions et sur les dettes des banques", explique l'analyste. Ainsi les pays les plus fragiles verraient leur prime de risque augmenter, alors que depuis plus d'un an, celle-ci tend à se réduire, même si elle reste plus élevée qu'avant la crise. En revanche, les Etats qui n'auront plus à financer les bail-out, c'est-à-dire les pays coeur de la zone euro, vont voir leurs primes de risque diminuer. D'ailleurs les CDS des "bons" élèves de l'Europe sont en train de revenir à des niveaux très faibles, comparé à la période 2011-2013. Du côté des banques, les primes de risque sur la dette non sécurisée devraient augmenter. "On devrait donc observer une hausse de l'écart entre les taux d'intérêt sur les dettes senior des banques et les taux d'intérêt sur les covered bonds, ce qui n'est pas du tout le cas aujourd'hui", ajoute Natixis. Pour le moment, les spreads des deux instruments tournent autour des 50-100 points de base. Les banques courent également le risque d'une fuite des dépôts bancaires non sécurisés. Dans le cas de Chypre, la restructuration des banques a permis de financer 10,6 milliards d'euros. Le gouvernement a dû, lui, mobiliser 2,4 milliards d'euros, c'est-à-dire un renflouement interne de 13 milliards d'euros, soit 57% de l'enveloppe totale : "un niveau très élevé comparé aux programmes grec, irlandais, portugais et espagnol".
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