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Professions financières / Corporate finance

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Tarkett va-t-il signer le renouveau des IPO en France?

Le fabricant de revêtements de sols, détenu par KKR depuis 2006, a lancé son IPO et pourrait valoir jusqu'à 2,5 milliards d'euros. Un LBO familial, international et très peu endetté pour dégeler enfin la Bourse de Paris.
Enfin, une sortie du private equity via une IPO en France, on n'y croyait plus! Ce matin, Tarkett vient d'officialiser son projet d'introduction sur Euronext, et si aucun chiffre n'a été dévoilé pour le moment, une telle opération offre de belles perspectives de retour à son actionnaire principal depuis 2006, KKR. Le groupe n'ayant aucun besoin d'argent frais, il n'y aura pas d'augmentation de capital mais le fonds pourrait vendre une grande partie de son bloc de 50%, pour une valorisation d'entreprise allant jusqu'à 2,5 milliards d'euros selon les estimations, faisant de cette opération la plus importante sortie en Bourse de l'Hexagone depuis la crise. L'opération est d'autant plus intéressante que Tarkett est un ovni des LBO. Le numéro trois mondial des revêtements de sols et de surfaces sportives a longtemps été détenu par la famille Deconninck, jusqu'au décès du fondateur Bernard Deconninck en 2005, et le fonds américain KKR est entré un an plus tard à hauteur de 50%, pour accompagner le développement du groupe. Et le moins que l'on puisse dire est que le mastodonte du private equity n'a pas asphyxié la société avec de la dette: en sept ans, la dette nette n'a jamais dépassé deux fois l'Ebitda! Bien loin de l'image qu'ont parfois les fonds de private equity, vus comme des vampires de cash flows afin de combler les frais d'une dette abyssale. Au lieu de miser sur l'effet de levier et l'ingénierie financière, Tarkett s'est donc développé via la croissance organique, en élargissant au maximum sa présence à l'international, tout en construisant des usines locales afin de répondre aux besoins de ses clients au plus près d'eux. Le groupe détient aujourd'hui 30 sites de production en Amérique du Nord (35% des revenus), en Europe (30%) et dans les autres pays parmi la centaine de destinations qu'il dessert, principalement l'Europe de l'Est, l'Amérique Latine, l'Australie et la Chine. Cette stratégie s'est doublée d'une politique d'acquisitions ciblées (12 dans les sept dernières années), avec deux objectifs. Le premier est d'augmenter le portefeuille de produits comme cela a été le cas lorsqu'il a repris Tandus, spécialiste américain de la moquette commerciale, en septembre 2012. Le second vise à atteindre de nouvelles zones géographiques, par exemple en mettant la main sur Fademac, le leader brésilien des sols souples, ou encore sur Aspen en Turquie. Cette logique internationale de quadrillage a porté ses fruits, puisqu'après avoir connu un trou d'air de 17% en 2009, le chiffre d'affaires du groupe emmené par Michel Giannuzzi a grimpé de 10,7% par an à 2,3 milliards d'euros, dont 7,7% en interne. Soit bien plus que le rythme de croissance du marché, proche de l'évolution du PIB. A cet égard, la société de 11 000 salariés a pour ambition de continuer à surperformer son marché, en dégageant environ 300 millions d'euros de revenus supplémentaires grâce à des acquisitions d'ici à 2016, tout en générant une marge d'Ebitda supérieure à 12% et un retour sur capitaux employés de plus de 15%. Cette position de leader, couplée à un bloc d'actionnaires familiaux, un management stable et surtout une dette quasi-inexistante, devraient être appréciés des investisseurs potentiels. Et surtout apporter une véritable bouffée d'air frais à la Bourse de Paris, qui reste en retrait du grand rebond des IPO en Europe. 11,7 milliards d'euros ont déjà été levés en Europe cette année, soit plus que sur l'ensemble de 2012, mais la France est encore hors-jeu, malgré les annonces des IPO de Numericable, SFR ou encore Nyse Euronext mi-2014. Côté private equity, Medica avait été introduit début 2010, levant 250 millions d'euros au terme d'un pénible chemin de croix, mais il faut remonter à l'avant-crise pour trouver l'IPO de Rexel par le consortium composé d'Eurazeo, Clayton, Dubilier & Rice, Bank of America Merrill Lynch et Caisse des Dépôts et Placement du Québec. Cette opération sera donc scrutée par la communauté des fonds, qui cherche activement à recycler ses LBO de pic de marché arrivés à maturité. Mais tous ne sont malheureusement pas aussi vertueux que Tarkett.
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