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Les négociations sur le Brexit tournent au dialogue de sourds
Le cinquième round des négociations sur le Brexit s'est terminé "dans l'impasse", pour reprendre l'expression du commissaire européen en charge des discussions Michel Barnier, déclarant même que ceci était très "ennuyeux". Des propos alarmistes qui ont immédiatement fait flancher la livre, en baisse de près de 0,5% contre l'euro et le dollar, à respectivement 1,109 et 1,314 en milieu d'après-midi. Le commissaire, qui a entamé la conférence de presse en anglais par un "et nous voilà de nouveau ici", a enchaîné en français en détaillant les trois principaux sujets abordés lors des trois jours de négociation.
Sur la question du droit des citoyens européens résidant au UK et des britanniques habitant dans l'UE, le commissaire a affirmé que les "deux parties travaillaient encore sur le sujet" afin que l'interprétation du droit soit la même des deux côtés de la Manche. Ce qui devrait impliquer la Cour de Justice européenne, a prévenu Michel Barnier avec diplomatie, la question de la compétence de la CJUE hérissant les plus ardents "Brexiters". Les deux camps se sont tout de même visiblement entendus sur les retraites, que les britanniques et les européens devraient pouvoir toucher s'ils décidaient de quitter l'UE ou la Grande-Bretagne. Les questions du regroupement familial et des rapatriements d'argent font visiblement encore débat et devraient être traitées lors des prochains mois.
Le sujet de la frontière nord irlandaise a plutôt bien progressé si l'on en croit le commissaire européen, qui a parlé d'un accord sur une zone de transport commune ("commun travel area"), tandis que David Davis a précisé que les deux bords travaillaient encore sur une cartographie régionale de coopération. Troisième point essentiel de ces discussions: le fameux règlement de la facture. Et sur ce sujet, Michel Barnier n'a pas cherché à embellir le tableau, parlant "d'enlisement" de la situation. "En ce qui concerne le règlement financier du Brexit, il n'est pas question de faire des concessions, alors que des centaines de projets d'investissements européens sont en jeu", a déclaré le commissaire.
Le secrétaire d'Etat au Brexit David Davis a quant à lui pointé du doigt la notion de "progrès", estimant que la situation actuelle résultait du fait que le Conseil n'avait pas vraiment défini ce mot. Et a donc appelé l'UE à élargir les discussions et à valider le processus de négociations la semaine prochaine, lors du vote du Conseil européen sur le sujet. Michel Barnier a pourtant laissé entendre qu'il y avait très peu d'espoir pour que les 27 Etats acceptent de passer à la phase deux des négociations, sur l'avenir des relations commerciales. "J'ai un mandat précis en termes de calendrier et nous devons faire les choses dans l'ordre", a-t-il asséné à un journaliste qui demandait si les négociations commerciales allaient enfin commencer. "Je suis d'accord pour entamer ces négociations, et ce le plus tôt possible, mais nous n'avons pas encore atteint la première étape", a-t-il précisé. Idem pour l'engagement de l'UE sur la période de transition, dont la Premier ministre britannique a fait l'une de ses priorités. "Ceci viendra dans un second temps", a martelé Michel Barnier, tout en reconnaissant le tournant positif pris par Theresa May dans son discours de Florence. La première étape des négociations pourrait donc finalement aboutir d'ici à Noël, "avec un peu de bonne volonté politique", a cependant estimé le commissaire.
Le ton adopté par le commissaire sonne comme un avertissement à l'égard du gouvernement britannique et le chancelier de l'échiquier semble en avoir conscience, puisqu'il a pour la première fois reconnu hier que son pays pourrait sortir des négociations sans accord. Et que l'Etat britannique serait prêt à dépenser l'argent nécessaire si cela se produisait. Adoptant un ton alarmiste, il a même déclaré que les vols entre la Grande-Bretagne et l'UE pourraient être interrompus dans le pire des cas ! La BBC a de son côté relaté un échange entre Michel Barnier et un eurodéputé du parti indépendantiste écossais, décrivant bien l'état d'esprit des diplomates de Bruxelles : selon le commissaire, les discussions sur le Brexit ne représentent pas un cas de figure classique de négociations, où l'absence d'accord aboutit normalement au statu quo. Dans le cas du Brexit, un "no deal" signifierait que la Grande-Bretagne entrerait dans la catégorie des Etats tiers, dont les droits seront entièrement à définir. "On retournerait 40 ans en arrière" a affirmé Michel Barnier à l'eurodéputé...
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