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La conscience verte d’Emmanuel Faber
Emmanuel Faber était attendu de pied ferme par les journalistes américains de CNBC, lors de son passage aux Etats-Unis. Le PDG de Danone est venu faire une annonce inattendue et importante : huit de ses filiales, dont sa filiale américaine – rebaptisée de DanoneWave en Danone North America – et canadienne ont obtenu la certification B-Corp, qui distingue les entreprises au modèle responsable. Ces entités représentent 30% de son chiffre d’affaires et la plus grosse structure mondiale à obtenir ce label, qui sera indiqué sur les emballages des produits Danone. Le groupe agroalimentaire rejoint ainsi Ben & Jerry’s comme rare marque du secteur à avoir pris des engagements ESG, et a ainsi décroché ce précieux sésame au bout d’un an, soit avec deux ans d’avance sur le plan initial.
« Les consommateurs changent leur manière de consommer, ils vont du global vers le local et veulent comprendre les recettes, les ingrédients (…) Nous devons restaurer la confiance », a analysé Emmanuel Faber, qui estime que « la certification B-Corp est une manière fantastique de dire à tout le monde qu’il s’agit de l’éthique des personnes qui sont derrière la marque ». Il juge que ce nouveau modèle économique est une façon d’innover, ce que les acteurs agroalimentaires ne font pas suffisamment à l’heure actuelle. C’est cette pénurie d’innovation qui explique la chute de 3% des volumes de ventes de yaourts aux US en 2017, selon lui. A cet égard, il s’est d’ailleurs démarqué de la culture du fonds 3G Capital, qui a racheté de grands noms comme Kraft Heinz aux côtés de Warren Buffett et mise sur les restrictions de coûts pour optimiser les marges.
Si Danone a marqué un grand coup en rachetant Whitewave pour 12,5 milliards de dollars, Danone a longtemps été murmuré comme cible potentielle d’une OPA de la part de Pepsi, ont fait valoir les journalistes de CNBC, ce qui avait déclenché une levée de boucliers de la part des autorités françaises. Pour se prémunir des éventuelles velléités de concurrents, le groupe doit se renouveler, selon Emmanuel Faber, qui fait appel à la décision de sortir des biscuits il y a dix ans, mais aussi de se diversifier vers la nourriture médicale et infantile.
Pourtant, à la question selon laquelle la vente d’un grand groupe français à un étranger pourrait être acceptée par Emmanuel Macron, Emmanuel Faber répond par l’affirmative, même s’il est attaché à préserver des leaders globaux basés en France. « Je pense que le gouvernement est focalisé sur ce que les entreprises amènent véritablement au pays, qu’elle soit de la France ou d’ailleurs », a-t-il fait remarquer, expliquant que le gouvernement travaillait aussi à la création d’entreprises sur le modèle des « public benefit companies » anglo-saxonnes.
Avec cette annonce, le patron de Danone a montré sa capacité à devancer les acteurs d’un secteur ultra-concurrentiel, où la course aux marges laisse souvent triompher le court-termisme. Emmanuel Faber démontre une fois de plus qu’il a une vraie vision durable et responsable pour une entreprise qui a dans les mains l’alimentation mais aussi la santé de millions de personnes. Les esprits chagrins y verront une campagne de communication, mais les grands équilibres changent aussi grâce à des leaders qui ont un coup d’avance et ont compris avant l’heure ce que veulent leurs conommateurs.
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