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L'économie chinoise toujours sous perfusion du crédit

Les marchés pronostiquent toujours un ralentissement plus marqué de la croissance en Chine en raison de la transformation de son économie. Pour 2017 pourtant, pas de risque de rupture : les responsables chinois changent en fin d’année repoussant d’un an les réformes.
Pékin - Chine
Pékin - Chine

La Chine a terminé 2016 avec un PIB en hausse de 6,8% sur un an au dernier trimestre 2016 alors qu’il avait augmenté de 6,7% en rythme annuel lors des trois premiers trimestres de l’année. En réel, la croissance atteint donc 6,7% contre 6,9% en 2015. “La consommation y a participé à hauteur de 73%, l’investissement de 38%, lorsque la demande extérieure nette a joué négativement, avec une part de -11% ; l’an passé, ces chiffres étaient respectivement de 62%, 34% et 5%, détaille une étude du Crédit Agricole. Côté secteurs, l’agriculture a généré 4% de la croissance l’an passé, l’industrie 36% et les services 59%, comparé à 4%, 41% et 54% en 2015.” Cependant, si l'on s’intéresse aux seules exportations, elles affichaient un recul de 6,1% en décembre dernier. "La croissance externe est restée relativement faible sur la fin de l’année, sans qu’il y ait eu plus de mesures de protectionnisme, réagit Patrick Mange. Cela est surtout le reflet d'une croissance mondiale encore faible alors que la compétitivité des produits chinois a été soutenue par la détérioration de la monnaie chinoise." La métamorphose de l’économie chinoise est bel et bien en marche et c’est ce qui explique une croissance plus faible à présent. “La croissance chinoise est certes en train de ralentir, mais avec une croissance de 6,5% par an, la Chine pourrait créer en un an autant de valeur que le PIB d’une économie de taille moyenne telle que la Turquie”, met en avant une étude de PwC. De son côté, Patrick Mange pointe l'existence d’un “matelas de croissance forte parce que l’économie domestique doit continuer à développer son infrastructure et ses services. La croissance de la consommation chinoise reste relativement forte à plus de 10%. Il y a des services qui se développent extrêmement rapidement, les activités autour du digital sont en plein boom.”

Les indicateurs économiques fournis par la Chine viennent appuyer ce mouvement. En décembre, la production industrielle chinoise a progressé de 6% sur an contre 6,2% en novembre, les ventes au détail de 10,9% contre 10,8% et l’investissement de 8,1% contre 8,3%. L’indice des prix à la production s’affiche même à +5,5% contre +3,3% le mois précédent. "La hausse des prix des matières premières a beaucoup joué dans la hausse de l’indice des prix à la production, qui reste un indicateur avancée des profits des entreprises, analyse BNP Paribas IP. Ce chiffre est plus important que l’inflation car la Chine sort de la zone de déflation qui a duré plus de 50 mois. C’est un élément positif." Pourtant il y a un large consensus pour se méfier de la pérennité de la croissance sur les prochaines années. “La dette a augmenté de 15,4% en 2016, soit au moins un tiers plus rapidement que la progression du PIB nominal, avertit Patrick Mange. Cela ne peut pas continuer. Tous les ans, les responsables chinois disent qu’ils vont essayer de contenir cette augmentation mais finalement elle s’accélère. Sur ce point Il n’y a pas de convergence entre paroles et actes.” Ainsi la dette privée chinoise est déjà estimée à au moins 250% du PIB chinois ! “Si la dette non financière croît au même taux moyen que celui expérimenté depuis 2010, la Chine pourrait voir sa dette totale augmenter de plus de 650 milliards de dollars d’ici à la fin de l’année 2017, évalue le cabinet PwC. La Chine ayant un compte des capitaux plutôt “fermé”, elle affiche un taux de risque moyen, réduisant ainsi son exposition aux devises étrangères. Mais l’accumulation de la dette non financière chinoise a vécu une accélération depuis 2008, la rapprochant des ratios dette publique/PIB rencontrés dans les pays de l’Eurozone frappés par la crise.” Ces pays, non sans mal, ont dû prendre des décisions politiques et budgétaires peu populaires. Est-ce que la Chine est en capacité de le faire ? Il le faudrait.

“L’année dernière, le ratio crédit/PIB dépassait les niveaux indiquant un risque de crise à 3 ans, s'inquiète PwC. Ce risque sera accru si les prix de l’immobilier chutent brusquement, sapant ainsi les fondements de la dette.” Sur ce dernier aspect, Frédéric Moulin chez Pictet AM a observé que “le déséquilibre immobilier était en cours de traitement”. Ce qui devrait éviter une chute brutale des prix. “Les gros moteurs de l’économie tel que l’immobilier, ne vont pas tourner au régime rapide qu’ils ont connu au quatrième trimestre 2016, mais ils devaient continuer à contribuer à la croissance, cette année et les suivantes", estime Patrick Mange. Encore faut-il que la Chine réforme vite pour mettre un terme aux pratiques actuelles. Et c’est tout le problème des prochains mois.

Comme le précise Claudia Calich, responsable de la dette émergente chez M&G Retail Fixed Interest, “les dirigeants actuels ne se lanceront pas sur des changements ambitieux et chercheront à maintenir le statu quo, y compris dans des domaines clés tels que la réforme des entreprises publiques et la gestion des devises.” La croissance de l’économie chinoise devrait donc en 2017 suivre les pas de 2016, “dans la mesure où en fin d’année il y aura le 19e congrès du parti national chinois, estime BNP Paribas IP. D’ici cet événement majeur, la Chine va certes essayer de réduire le levier de la dette et réformer l'offre, mais elle ne voudra pas sacrifier la croissance pour autant ! En 2018 et les années d’après, c’est moins sûr car il faut avoir en tête que l’objectif de croissance de 2016 a surtout été atteint par le levier de la dette. Or c’est le facteur le plus préoccupant en Chine. Pourtant, si le risque que fait peser le niveau de la dette chinoise inquiète tout comme son impact sur la croissance future, “la Chine n’est pas un pays sur lequel il y a un risque systémique fort et un écroulement de la croissance reste peu probable, rassure BNP Paribas. La “finance” est toujours très contrôlée : la Chine a fini l’année 2016 sur une note relativement positive et une fois de plus, c’est au milieu de la fourchette donnée lors du dernier congrès du parti national chinois, entre 6,5 et 7%.”

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