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La politique de la Banque d'Angleterre ne suffira pas

Le gouvernement britannique devra à tout prix prendre des mesures de soutien fiscal telles que des réductions d'impôts ou des programme d'investissements pour compléter la politique d'assouplissement monétaire de la BoE, s'il veut éviter un choc trop important de son économie, post Brexit. 
Philip Hammond
Philip Hammond

Quatre jours à peine après l'annonce du gouverneur de la Banque d'Angleterre d'un "programme exceptionnel" de soutien à l'économie, les marchés anticipent déjà des mesures supplémentaires de sa part lors de la prochaine réunion des gouverneurs. Jeudi dernier, Mark Carney a pourtant dévoilé une stratégie de soutien à l'économie allant au-delà des anticipations des investisseurs et analystes, annonçant non seulement une baisse des taux directeurs de 25 point à 0,25% mais également un programme d'achats de titres souverains et corporate de 70 milliards de livres, ainsi que la fourniture de 100 milliards de livres d'argent frais pour les banques, afin d'éviter à tout prix un assèchement du crédit dans le pays.

Depuis, les déclarations du vice-gouverneur Ben Broadbrent, qui a expliqué dans une interview au Wall Street Journal, que son institution se tenait prête à faire davantage, ont suscité les espoirs des Bourses d'un élargissement du programme dès l'automne et une nouvelle baisse des taux est déjà quasiment pricée dans les marchés. Ce matin, la livre baissait d'ailleurs contre la plupart des devises, dont le dollar contre lequel elle s'échangeait à 1,3045 (-0,19%) et l'euro à 1,1774 (-0,16%).

Si la Banque d'Angleterre ne pouvait agir autrement et a fait sa partie du travail pour rassurer les banques, sa stratégie n'aura pas uniquement des effets positifs sur l'économie, estiment certains analystes. "En annonçant de façon aussi claire qu'elle se tient prête à de nouveau baisser les taux d'ici la fin de l'année, la BoE invite les investisseurs à se débarrasser de la livre, faisant grimper le coût des importations et des prix" estime un éditorialiste du Guardian. Une hausse de l'inflation pèsera sur le pouvoir d'achat des britanniques, au moment même où leurs salaires devraient diminuer. Ainsi, selon une étude publiée ce week end par IHS Markit, le nombre d'embauches en CDI a baissé pour le deuxième mois consécutif en juillet et a connu le plus fort recul depuis 7 ans, tandis que les augmentations de salaires des employés en CDI ont connu les plus faibles niveaux depuis trois ans. Principal facteur d'explication de cette plus grande prudence des employeurs, le Brexit et les conséquences que cela pourrait avoir sur l'économie du pays, selon les réponses récoltées par IHS Markit. 

De nombreux autres indicateurs macros publiés depuis le 23 juin, dont un fléchissement des indices PMI services et manufacturier ont souligné que l'économie britannique devrait connaitre un sérieux coup de grisou dans les prochains mois. La Banque d'Angleterre prévoit d'ailleurs le plus fort ralentissement de la croissance depuis 10 ans et la destruction de 250 000 emplois en raison de la sortie du pays de l'UE et de la période d'adaptation mouvementée que le vote devrait entraîner. Preuve selon les analystes, que la Vielle Dame de Threadneedle Street ne pourra à elle seule lutter contre le ralentissement de son économie. "L'action de la BoE a été saluée par les marchés mais sera insuffisante pour palier aux conséquences économiques du Brexit. Seule une politique fiscale pourrait jouer favorablement", expliquent ainsi les analystes de Saxo Bank ce matin.

Si la BoE dispose encore en effet de ressources pour agir sur l'économie, elle ne pourra se charger de baisser la TVA ou profiter de la faiblesse des taux, pour lancer des programmes d'investissement dans les infrastructures, mesures qui dépendront de la volonté du gouvernement et en particulier du chancelier Philip Hammond. Selon les analystes, une réduction de la TVA, actuellement située à 20% serait même un moyen beaucoup plus efficace que la baisse des taux directeurs pour restaurer la confiance des acteurs économiques et des ménages en particulier. "La Banque d'Angleterre a passé le témoin au gouvernement", explique ainsi Simon Kirby, chef de la recherche macro au National Institute for Economic and Social Research (NIESR).

Certes, la politique fiscale menée par les différents gouvernement conservateurs depuis bientôt dix ans a plutôt consisté à réduire le déficit du pays, que le précédent chancelier Osborne avait prévu de ramener à l'équilibre d'ici 2020. Mais le nouveau contexte économique post-Brexit devrait amener le gouvernement de Theresa May à revoir ses priorités dans ce domaine . La Premier ministre a annoncé peu de temps après son investiture que l'objectif d'un déficit à 0% pour 2020 serait d'ailleurs difficilement atteignable, preuve qu'elle pourrait envisager un assouplissement de la rigueur fiscale instaurée par ses prédécesseurs. Une réduction d'un point de TVA seulement coûterait près de 5 milliards de livres par an au pays, selon les estimations d'Investec. Et selon le NIESR, le gouvernement devrait dans le même temps emprunter 47 milliards de livres supplémentaires par an pour combler les moindres entrées fiscales liées au ralentissement économique. Une autre option serait de réduire le taux d'imposition sur les sociétés, comme l'avait suggéré George Osborne avant de quitter son poste, ce qui permettrait d'attirer d'avantage d'entreprises sur le sol britannique. "Mark Carney a permis de gagner du temps au gouvernement britannique, qui devra à tout prix prendre le relais cet automne", conclut ainsi l'éditorialiste du Guardian. Les déclarations de Philip Hammond lors de l'"autumn spending statement" seront ainsi cruciales pour rassurer les acteurs économiques britanniques et compléter la stratégie de soutien de la Banque d'Angleterre. 

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