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Budget, le grand bidouillage

Michel Sapin a annoncé deux milliards de réductions d’impôts supplémentaires pour 2016, à destination des classes moyennes. Mais le ministre n’a pas précisé comment il financerait cette nouvelle réduction, qui laisse anticiper de nouvelles économies de bout de chandelle.
Michel Sapin
Michel Sapin

Dans un mois à peine, la France devra présenter son budget prévisionnel pour 2016 à Bruxelles, qui publiera comme chaque année à la fin novembre son évaluation des projets de plan budgétaire de tous les Etats membres. Celui de la France sera examiné de très près : parmi les huit Etats qui sont encore sous procédure de déficit excessif, l’Hexagone est celui qui ramènera le sien dans les clous le plus tardivement. Ainsi, les anciens pays à la traîne de la zone euro, tels que le Portugal, l’Espagne ou l’Irlande, devraient atteindre leur objectif de déficit cette dès année pour le Portugal ou l’an prochain pour les deux autres. Seule la France a négocié deux ans supplémentaires pour ramener son déficit sous les 3%, faute d’efforts suffisants.

Et malgré cette épée de Damoclès, malgré le fait que la Commission ait bien précisé au printemps dernier que « le nouveau délai serait assorti de jalons très stricts », le gouvernement a annoncé deux milliards supplémentaires de baisse d’impôts pour l’an prochain, qu’il ne sait même pas comment il pourra financer. Bruxelles avait pourtant annoncé en mai dernier que le délai de correction du déficit excessif résultait « d’une détérioration de la soutenabilité de la dette publique française, insuffisamment freinée par les mesures annoncées », sonnant comme une mise en garde auprès de l'Hexagone. Sachant que le gouvernement aura déjà le plus grand mal à tenir ses objectif de 3,8% de déficit cette année et de 3,3% l’an prochain…

Ou donc trouver ces deux milliards d’euros, et comment justifier ce manque à gagner auprès de Bruxelles, alors que la France est l'un des pays qui a le moins mis en place de réformes structurelles depuis le début de la crise grecque ? Pas question naturellement de toucher aux objectifs de déficit étant donné le retard de la France par rapport aux autres pays, sachant que le gouvernement doit déjà trouver 5 milliards d’euros d’économies supplémentaires pour l’an prochain pour rester dans les clous et alors que de nombreuses nouvelles dépenses sont prévues, notamment concernant la sécurité. Pas question non plus de toucher aux baisses de charges des entreprises, annoncées de longue date et prévues dans le Pacte de responsabilité.

Si Michel Sapin a affirmé ce matin sur France Info, qu’on pouvait faire confiance au gouvernement qui trouverait ces deux milliards d’euros : « nous avons les moyens étant donné les énormes dépenses de l’Etat, et de la sécurité sociale », il reste que les crédits des ministères ont été fixés avant l’été et qu’il sera donc difficile de revenir dessus. Tout ceci alors que l’objectif de croissance de 1% cette année, sera sans doute atteint de justesse, alors que le pays a affiché une croissance nulle pour le second trimestre.

Le gouvernement devrait une fois de plus compter sur la moindre charge des intérêts de la dette, qui bénéficie de taux d’intérêts plus faibles que prévu. Mais ces deux milliards de dépenses en plus ne seront donc pas financés par des efforts supplémentaires mais seulement parce que le pays bénéficie pour l’instant de la bienveillance des investisseurs. Un pari risqué et qui risque d’apparaître comme un peu laxiste aux yeux de Bruxelles, pour un pays qui aurait dû initialement rentrer dans les clous en… 2013.


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