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Pacte de responsabilité, même un million d'emplois n'est pas réaliste

Le président du Medef a refusé de s'engager sur la création d'un million d'emplois d'ici à 5 ans, même s'il espère atteindre cet objectif. Car avant de pouvoir embaucher, les sociétés auront d'abord besoin de restaurer leurs marges, ce qui ne sera pas immédiat.
François Hollande
François Hollande

Le président de la république lors de ses voeux aux acteurs de l'économie ce matin, a donné quelques axes de réflexion supplémentaires sur les contreparties auxquelles les entreprises devront s'engager en échange des allègements de charges promis. Et a donc défini trois lignes d'action principales: la création d'emplois, leur qualité, via la formation et la réduction de la précarité au travail, et enfin les investissements en France. " Les entreprises doivent s'engager à (...) relocaliser autant qu'il est possible leurs activités sur le territoire national ", a déclaré le président. Sur le nombre de créations d'emplois cependant, François Hollande s'est bien gardé de donner un chiffre précis, devant la bataille qui a commencé de poindre entre syndicats, membres du Medef ou du gouvernement. 

Ainsi, Arnaud Montebourg a entamé la guerre des nombres en exigeant du Medef la création de 2 millions de postes à horizon cinq ans, afin de rétablir le chômage aux alentours de 7%. " C'est pétrole contre nourriture, baisse des charges contre emplois " a-t-il déclaré dans une interview lors d'un talk au Figaro. Une phrase qui sonne comme une menace de chantage dans la bouche du ministre du redressement productif qui a ajouté, afin de se justifier : " créer deux millions d'emplois c'est possible, on l'a déjà fait quand Jospin était au gouvernement ". 

Mais le ministre s'est abstenu de préciser que la croissance moyenne sur la période évoquée (1997-2002) avait atteint 2,9% par an, alors qu'elle a été nulle en 2012, de 0,2% l'an dernier et ne devrait pas dépasser 1% en 2014. Bref, deux millions d'emplois dans un contexte de quasi stagnation parait presque impossible. Le président et les ministres n'ont d'ailleurs pas précisé s'il s'agissait de deux millions de créations brutes ou nettes. "Les autorités jonglent sur cette notion et ont maintenu une zone de flou entre créations brutes et nettes, ce qui est pourtant bien différent en termes d'exigences de nouveaux postes pour les entreprises", explique Julien Manceaux, analyste chez ING. Pour atteindre un objectif de deux millions nets, estime l'économiste belge, il faudrait attendre au moins 2018 et que la croissance de l'emploi atteigne un rythme supérieur à 2% par an, ce qui ne s'est pas vu depuis 2001. Bref selon lui, 1,2 million pourraient être créés d'ici à 2018 au grand maximum, soit un an après la fin du mandat de François Hollande, et non d'ici à la fin de ses cinq ans comme prévu. 

Surtout, de nombreux experts estiment que la reprise de l'emploi sera bien plus lente qu'espéré par le gouvernement. Tout d'abord parce que le pacte de responsabilité ne sera lancé officiellement qu'après concertation entre partenaires sociaux, soit pas avant le printemps. Et ces négociations pourraient prendre du temps. Ensuite, parce que les mesures annoncées n'entreront pas en vigueur avant 2015 et la fin du CICE. Enfin, parce que dans un premier temps, les entreprises profiteront des allègements de charges pour restaurer leur profitabilité et leurs taux de marge, situé à un plus bas historique comme l'a rappelé François Hollande lors de ses voeux à la presse. Au troisième trimestre de 2013, ce taux avait atteint 27,7% contre un pic de 32% en 2008. 

Pour que la conférence sociale aboutisse et que les partenaires sociaux s'entendent sur un objectif de créations d'emplois, il faudra donc que le gouvernement table sur un scénario de croissance réaliste. " Puisque les embauches dépendent avant tout de la reprise de la croissance ", rappelle Julien Manceaux, qui estime que le gouvernement l'a visiblement oublié. Et c'est seulement à partir de ce scénario réaliste qu'il sera possible de savoir combien d'emplois seront créés dans une telle situation. Alors, le gouvernement pourra éventuellement demander aux entreprises de faire mieux que ce qui est habituellement créé en termes de nouveaux postes. 

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