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L'Asie sur un trend de croissance stagnante en 2017
Les économies américaines et asiatiques se suivent habituellement de près. Pourtant, ce lien pourrait assez largement se distendre en 2017. Selon les économistes de Natixis spécialisés sur l’Asie, “si son influence persiste, la conjoncture américaine n’est plus le principal facteur déterminant de la croissance en Asie.” Ils pointent trois facteurs pour expliquer “le ralentissement de l’activité des pays asiatiques” : une augmentation de la demande de services chez les ménages qui entraîne la réduction de la demande manufacturière ; une offre excédentaire qui oblige à vendre moins cher et réduit d’autant les marges des entreprises ; une région de plus en plus dépendante de la demande chinoise.
Pour ce dernier point, Natixis affirme que la part relative de la Chine dans les exportations des pays asiatiques a dépassé celle des Etats-Unis. Si le constat traduit l’intégration de la chaîne d'approvisionnement à l’échelle de la région, il montre également à quel point les pays asiatiques, et notamment la Corée du Sud et l'Australie, sont devenus dépendant de la conjoncture chinoise. Une dépendance qui dépasse largement les biens. Elle concerne aussi les services, et en particulier le tourisme. Or les économistes de la filiale du groupe BCPE pronostiquent une croissance chinoise de 6,6% en 2017 contre 6,7% pour 2016.
Cette perspective de stabilité de l’activité économique chinoise devrait pourtant intervenir avec un retour de l’inflation : “le renchérissement du pétrole, les effets de base défavorables et la dépréciation des devises entraîneront les prix à la hausse dans la plupart des pays, dans des proportions variables en fonction des écarts de production”, envisagent les analyses de Natixis. Ainsi, c’est en Inde et en Indonésie que le niveau de l’inflation devrait être le plus élevé, mais la remontée des prix la plus spectaculaire devrait être pour les Philippines. Taïwan, Singapour, la Thaïlande ou encore la Corée du Sud pourraient connaître, eux, une inflation sous les 3%. “Les tensions salariales, l'écart de production et la dépendance vis-à-vis des importations sont également des facteurs déterminants”, ajoutent-ils.
La stabilité de l’activité économique chinoise n’est pas une bonne nouvelle non plus pour sa monnaie, le yuan. “Compte tenu de l’accélération de la croissance américaine et du resserrement de la politique monétaire de la Fed, les autorités chinoises sont clairement sous pression et doivent réagir pour empêcher toute nouvelle hémorragie des capitaux, avertit Natixis. Les mesures adoptées signifient également que la Chine n'est pas encore prête à sortir des secteurs industriels à faible valeur ajoutée qui ont besoin d'une devise faible pour survivre. Autrement dit, la politique de change chinoise retarde le rééquilibrage de l’économie vers les secteurs à plus forte valeur ajoutée.”
Et au final, c’est peut-être là le plus gros souci pour les économies de l’Asie : les investissements étrangers vont en partie préférer les Etats-Unis. Selon Natixis, “les pays présentant un déficit courant avec une forte dépendance aux capitaux étrangers pour financer leurs investissements domestiques seront les premiers concernés”. La Corée du Sud et la Thaïlande grâce à une croissance solide pourraient échapper au mouvement.
Les autres pays asiatiques auraient besoin que la Chine remonte ses taux. Or, pour le moment la Chine ne peut pas se passer d’une politique monétaire accommodante. Du coup, “l’accélération attendue de l'inflation, la remontée des taux d'intérêt américains et la dégradation du compte courant empêcheront les banques centrales de la région d’assouplir leur politique monétaire en 2017”, pronostiquent les experts de la banque. Seules la Nouvelle-Zélande et Taïwan auraient des banques centrales en capacité de remonter leurs taux et limiter l’impact de la hausse de l’inflation.
Cette perspective de croissance stagnante en Chine et en Asie est toutefois à nuancer. Comme le rappelle la note de Natixis, “les taux de croissance de la région figurent parmi les plus élevés de la planète avec une contribution à la croissance mondiale qui, en 2017, sera encore supérieure à celle de n’importe quelle autre partie du monde”. Et puis si Trump met effectivement en place des droits d’importations élevés : “loin d’être pénalisée, la Chine profiterait d’un arrêt de ses échanges avec les Etats-Unis, indiquent les économistes de l’établissement financier. En outre, une approche plus agressive de la relation bilatérale avec la Chine risquerait de nuire aux intérêts américains.” Au point d’annuler les effets des écarts de taux d’intérêts ? En attendant, c’est vers l’Europe que la Chine pourrait fixer ses prochaines priorités.
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