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Les élections françaises font trébucher l’euro face au dollar
Rares sont les occasions où la presse américaine s’intéresse à la vie politique française, mais aujourd’hui, il semblerait que les rebondissements successifs de la course à la présidentielle commencent à impacter les marchés, et en particulier le taux de change euro-dollar. Alors que la monnaie unique avait atteint un plus haut de deux semaines lundi matin, elle a brutalement corrigé de 0,35% à 1,0584 dollar lorsqu’Alain Juppé a déclaré qu’il ne serait pas candidat de la droite à la place de François Fillon, empêtré dans la Penelopegate. Cette tendance va à l’encontre des bons indicateurs macros récents, notamment en France où le PMI définitif de février a été établi à 55,9 en février.
« Tant qu’il continue, le suspense autour des élections (en France, en Allemagne et aux Pays-Bas, ndlr) va continuer à influencer l’euro, peser sur le cours », juge Juan Perez, stratégiste devises chez Tempus. « Au lieu d’aller à 1,07 dollar en raison des bons chiffres économiques, il reste entre 1,05 et 1,06 à cause de ces bouleversements ». La monnaie unique pâtit certes également du discours agressif de Janet Yellen vendredi, puisque la présidente de la Fed s’est prononcée en faveur d’une hausse des taux ce mois-ci et a indiqué que le resserrement monétaire pourrait être plus rapide qu’anticipé.
Quoi qu’il en soit, la situation française en dit long sur le malaise ambiant, selon les médias américains qui ont eux aussi été confrontés à une succession d’événements inattendus, ayant abouti à la victoire de Donald Trump. « Le système politique français est en crise, et ses partis sont inaptes à répondre aux attentes de la société, qui ont considérablement changé dans les dernières décennies », décrypte un article du New York Times, intitulé « la France, sans combat, est perdue ». « Les Français pensent que leurs élites politiques sont des plantes déracinées, éloignées des inquiétudes des contribuables, et impuissantes face au chômage et à l’insécurité de l’emploi. Les électeurs français veulent une convergence de la moralité et de la politique et sont sensibles aux méfaits des politiciens, à droite comme à gauche ».
La défiance face au monde politique atteint son paroxysme, selon cet article du Wall Street Journal titré : « le culte du mensonge et la campagne présidentielle française ». « Qui croit encore aux politiciens qui se disent au-dessus de la mêlée aujourd’hui ? Le niveau de mépris pour la classe politique en France est fascinant (…) 75% (des sondés, ndlr) pensent que les leaders politiques français et les élus sont plutôt corrompus ». Et de citer Thierry Pfister, ancien porte-parole du gouvernement Mitterrand : « la France a un culte du mensonge. Certains le voient comme le signe d’une civilisation supérieure. Les tentatives de le limiter sont ridiculisées ».
Ce manque de confiance face à des politiciens qui ne sont pas tenus responsables de leur conduite se ressent dans le vote puisqu’ils « éliminent ceux qu’ils ont l’impression d’avoir trop vu ; ils espèrent que les nouveaux venus, supposément anti-establishment, seront capables de faire mieux. D’où une explication sur la folie de cette élection : elle signale une crise institutionnelle, l’épuisement de la Constitution, construite par le Général de Gaulle et qui ne répond plus aux besoins de notre temps », reprend le New York Times, qui fait référence à la Guerre froide au plan géopolitique, et à la lutte des classes entre ouvriers et employeurs au plan social. « En un mot, la France est aujourd’hui une orpheline, privée de deux conflits qui ont longtemps animé sa vie politique ». Une perte de repères qui rappelle le cri anti-establishment poussé par le peuple américain il y a maintenant trois mois.
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