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Les asset managers en première ligne pour financer l'économie

Amundi s'est fixée pour ambition de doubler ses engagements dans le financement des entreprises par dette privée. La société de gestion souhaite faire bouger les lignes alors que les investisseurs n'ont toujours pas réalloué leurs actifs en dépit du contexte actuel de taux bas, voire négatifs.
Yves Perrier - Amundi
Yves Perrier - Amundi

La problématique des taux bas, voire négatifs n’en finit pas de bouleverser l’univers de la finance mondiale. Il y a ceux qui la subissent et tentent de naviguer avec, mais aussi ceux qui prennent le sujet à bras le corps et commencent à imaginer des scénarios alternatifs à leurs usages habituels. «Même si le sujet ne date pas d’hier, on n’a pas encore vu de balancement des allocations d’actifs. Les asset managers ont un rôle clef à jouer dans la mesure où ils sont un canal de transmission naturel entre les politiques monétaire et budgétaire et l’orientation de l’épargne », commente Pascal Blanqué, CIO d’Amundi. Raison pour laquelle la société de gestion se veut proactive dans l’accélération du financement des entreprises, y compris de petite et moyenne taille.

Le contexte actuel n’est pourtant pas vraiment favorable à un arbitrage des portefeuilles d’obligations souveraines, dont le curseur du couple rendement/risque s’est radicalement déplacé, vers les actions. « Les QE habituent les intervenants de marché à un environnement calme, cette nouvelle normalité étant pourtant tout sauf normale ; ils déforment la valeur des actifs, génèrent de potentielles bulles, pourraient être à l’origine de crise financière et surtout, ils représentent une subvention à l’accumulation de dette», fait remarquer Philippe Ithurbide, le directeur de la recherche, analyse et stratégie d’Amundi.

Pendant ce temps, en Europe, le désendettement des banques et leur repli sur le marché du crédit depuis la crise de 2008 représentent des tendances fortes. Les enquêtes menées par la BCE démontrent d’ailleurs que les prêts bancaires aux entreprises de moyenne taille sont en baisse depuis 6 ans, et ce de façon consécutive, fait remarquer la société de gestion. D’où l’impératif de pousser la désintermédiation, certes déjà enclenchée en Europe depuis lors. En France, ce phénomène (même s’il stagne au niveau des EuroPP) a déjà relativement pignon sur rue puisqu’au regard de récentes statistiques, on arrive en 2ème position européenne, juste derrière le Royaume-Uni, avec une proportion de 60% de financements des entreprises non financières par crédit bancaire pour 40% via les marchés de capitaux. Au pays de la Perfide Albion, ce même rapport est de 46% et 54%. En Espagne et en Grèce, c’est plutôt 92%/8% alors que la moyenne européenne se situe à 74%/26%.

Le marché de la désintermédiation est évalué actuellement aux alentours de 110 milliards d’euros. Il touche, pour l’heure, essentiellement les « large cap ». Tendance contre laquelle veut justement œuvrer Amundi en élargissant son spectre d’entreprises cibles. « La multiplication d’offres alternatives aux prêts bancaires classiques a conduit à un accroissement de la flexibilité et du choix pour les emprunteurs », explique Thierry Vallière, directeur de la plateforme dette privée de la société de gestion cotée qui totalise actuellement 9 milliards d’euros d’engagements (dont 4,5 milliards sur le seul financement d'entreprises). L’objectif clairement affiché est de doubler ce montant rapidement alors que la plateforme est en train de lever un nouveau fonds qui pourrait atteindre comme le précédent environ 760 millions d’euros.

Reste à convaincre les investisseurs de réallouer leurs portefeuilles dans un contexte d’excédent d’épargne toujours aussi fort en France. C’est en tout cas le challenge que s’est fixée la société de gestion du Crédit Agricole. « On essaye de faire bouger les lignes. Les mouvements actuels sont insuffisants, mais c’est théoriquement possible », a conclu Pascal Blanqué.


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