Macro-économie / Taux / Sur les marchés
Macro-économie / Taux
Sur les marchés
Neuf ans plus tard, le rallye boursier touche-t-il à sa fin ?
Donald Trump a beau avoir annoncé officiellement la mise en place des tarifs douaniers hier après-midi, cela n’a pas échaudé la bonne humeur des investisseurs ce vendredi. La raison : des chiffres de l’emploi à faire pâlir d’envie les pays européens, puisque l’économie américaine a créé 313.000 emplois au mois de février, soit le mois le plus dynamique en un an et demi, et le taux de chômage reste à un plancher de 4,1%. Plus encourageant encore, la pression sur les salaires se manifeste (+2,6% en rythme annuel), ce qui signifie que l’inflation pourrait continuer à rebondir dans les prochains mois. Si ces bonnes statistiques avaient suffi à alarmer les investisseurs le mois dernier, qui avaient interprété cela comme le signe que la Fed allait devoir accélérer la hausse des taux, il n’en est rien aujourd’hui, bien au contraire puisque le Dow Jones grimpe de plus de 1% ce matin, après ces publications.
Les indices américains et européens sont donc dans le vert pour fêter les 9 ans du rallye boursier. Le 9 mars 2009 en effet, le Dow Jones (comme le CAC 40 d'ailleurs) atteignait son point bas, dans la foulée de la faillite de Lehman Brothers et de la plus grave crise financière depuis 1929, à quelque 6.600 points, contre plus de 25.000 points aujourd’hui. Depuis, les banques centrales ont sorti l’artillerie lourde de taux historiquement bas et de politiques non conventionnelles, qui ont porté les marchés vers une convalescence d’une durée rare. L’expansion boursière est ainsi la deuxième plus longue de l’histoire (2.266 jours, contre 3.109 jours en 1987), et force est de constater que pour le moment, l’inquiétude n’est pas palpable, malgré le coup de froid du mois dernier.
Les facteurs d’enthousiasme ne manquent certes pas : la croissance est revenue à un rythme annuel de 2,5% en fin d’année dernière aux Etats-Unis, le taux de chômage est à un plus bas depuis 17 ans et les corporates affichent des résultats annuels de très bonne facture, portés par le renouveau mondial et les perspectives de la réforme fiscale. Selon FactSet, les entreprises du S&P 500 devraient publier des profits en hausse de 15% sur 2017. Mais c’est cette euphorie ambiante est le principal danger pour des marchés devenus très complaisants, selon Byron Wien, vice chairman de Blackstone. « Nous sommes toujours dans un marché haussier. Mais pour les marchés, rien ne peut aller mal, ce qui les rend vulnérables et sujets à une correction sur une mauvaise nouvelle », fait-il valoir, en pointant l’agressivité croissante de la Fed dans un contexte de reprise, ou encore le déficit fédéral, qui met la pression sur le marché obligataire et dégrade le financement.
Par ailleurs, les zones de dangers commerciaux et géopolitiques ne manquent pas. Donald Trump a provoqué l’ire de la communauté internationale avec ses tarifs sur l’aluminium et l’acier, même si des aménagements ont été finalement apportés, notamment pour ses partenaires canadiens et mexicains. Avec le départ de Gary Cohn, la place semble libre pour instaurer les vues protectionnistes prônées par le Président américain pendant sa campagne, ce qui pourrait tendre encore les relations avec la Chine. Enfin, le risque d’un dérapage avec la Corée du Nord n’est pas à éluder, même si - et peut-être d’autant plus que - Donald Trump vient d’accepter une rencontre avec le dirigeant nord-coréen Kim Jong-Un. Les investisseurs individuels sont d’ailleurs circonspects : seuls 26% d’entre eux anticipent une hausse des marchés dans les 6 prochains mois, contre une moyenne historique de 39%, selon l’American Association of Individual Investors.
Reproduction et diffusion interdites sans autorisation écrite

