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Fin de partie pour Janet Yellen
Le contenu de la conférence de presse que tiendra demain soir la présidente de la Fed, à la suite de la réunion des gouverneurs, ne devrait pas beaucoup surprendre les marchés, qui ont déjà largement anticipé une hausse des taux directeurs de 25 points de base, dans une fourchette comprise entre 1,25% et 1,50%. Mais elle sera cependant certainement suivie de près par les observateurs de marchés puisqu'il s'agira, pour la présidente, de la dernière conférence de son mandat.
Janet Yellen devrait d'une part souligner les très belles performances de l'économie américaine, dont la croissance a atteint 3% sur un an au deuxième et troisième trimestre de cette année et pourrait se poursuivre au même rythme sur le dernier trimestre 2017, selon les dernières enquêtes de confiance. Et indiquer d'autre part que si l'inflation est légèrement inférieure à l'objectif visé par la réserve américaine (l'indice des prix à la consommation progressé de 0,2% au mois d'octobre 2017), le dynamisme du marché de l'emploi - le taux de chômage a atteint en octobre un plus bas de 4,1% - devrait finir par influencer les salaires à la hausse. "Vu le contexte économique, le FOMC devrait sans surprise remonter les taux demain", estime ainsi James Knightley, économiste chez ING à Londres.
Arrivée à la tête de la Fed en janvier 2014, dans un contexte économique encore poussif pour les Etats-Unis (1,9% de croissance en 2013), Janet Yellen devrait quitter son poste avec le sentiment d'un travail bien fait: elle a entamé le resserrement monétaire et relevé les taux à trois reprises lors de son mandat, sans peser sur la croissance économique. Elle laissera donc à son successeur le soin de poursuivre sa politique, menée avec beaucoup de doigté tout au long de son mandat. Jerome Powell, économiste et membre de la Fed, a justement été choisi pour son approche prudente et dovish du rôle de la Réserve américaine, soit un point de vue assez proche de celui de Janet Yellen. Ce qui devrait permettre une certaine continuité dans la politique monétaire.
Mais selon James Knightley, si Jerome Powell hérite d'une situation économique nettement meilleure que sa prédécesseur, sa tâche reste tout de même délicate. Les marchés n'anticipent pour le moment qu'une seule hausse de taux supplémentaire l'an prochain, même si l'économie tourne à plein régime et que le taux de chômage est au plus bas, et alors que les gouverneurs de la Fed prévoient de leur côté trois hausses en 2018. Le nouveau gouverneur devra donc convaincre les marchés l'an prochain de la nécessité d'accélérer le resserrement monétaire, et surtout bien communiquer sur le sujet. L'accélération de la sortie de QE est d'autant plus urgente que les marchés américains sont au plus haut, et que la Fed ne dispose pour l'instant pas de marge de manoeuvre suffisante pour intervenir, si les bourses dégringolaient l'an prochain. "Il y a clairement de plus en plus de nervosité concernant la période prolongée de taux d'intérêt au plus bas, qui pourrait avoir un impact négatif sur la stabilité financière", explique encore l'analyste d'ING.
Dernier défi qui attend Jerome Powell l'an prochain: la nomination de quatre nouveaux membres au sein du conseil des gouverneurs, après le départ de deux des plus "dovish" d'entre eux, Neel Kashkari et Charles Evans, qui seront potentiellement remplacés par deux faucons, Loretta Mester et John Williams. Le nouveau gouverneur devra donc composer avec un nouveau board de gouverneurs, potentiellement plus "faucon" que l'actuel conseil, et trouver un savant équilibre entre un resserrement monétaire accéléré mais non précipité. L'avenir de marchés qui franchissent régulièrement leurs plus hauts historiques en dépend.
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