WAN
menu
 
!
L'info stratégique
en temps réel
menu
recherche
recherche

Le FSI, maçon mais pas pompier

Le fonds stratégique injecte 150 millions d'euros dans Limagrain, un semencier mondial. Il confirme son rôle de booster de pépites françaises, sans verser dans le politique.
En plein salon de l'agriculture, quel beau symbole que d'annoncer la prise de participation du FSI au capital de Limagrain, premier semencier européen et quatrième mondial, fort de 1,2 milliard d'euros de chiffre d'affaires! En grande pompe, le fonds souverain à la française a déclaré investir 150 millions d'euros dans le groupe. Si le geste est symbolique, le calendrier est un peu malheureux: Vilmorin avait annoncé une augmentation de capital de 200 millions d'euros jeudi dernier, et les investisseurs, déçus par les semestriels et tablant sur une dilution de Limagrain avaient fait plonger son cours de plus de 7 %. Or, la révélation de l'entrée de l'actionnaire public aujourd'hui n'aura pas réussi à redynamiser le titre. Pas de mauvais esprit cependant, cette opération a beaucoup de sens. Leader européen de son secteur, Limagrain souffre de la concurrence des américains Monsanto et Pioneer, et du suisse Syngenta. Sa structure ne lui donnait pas les capacités financières suffisantes pour les affronter, et participer au grand mouvement mondial de consolidation. Or, quoi de plus stratégique que la filière agricole? Renforcé, Limagrain pourra vivifier sa politique d'acquisitions, et surtout ses efforts de R&D. Dans son domaine, la société doit faire évoluer les esprits des européens. Arrosés par une politique agricole commune dont les subventions ne servent pas suffisamment la production et la compétitivité, les agriculteurs européens se font distancer. Notamment sur les OGM, un "faux débat" selon le président de Limagrain Pierre Pagesse, qui explique que l'Europe ne pourra rester à l'écart de cette évolution. Or, c'est le rôle du FSI de positionner les champions français, qu'ils soient de nouveaux acteurs ou des grosses machines capitalistiques, sur les changements technologiques. Le fonds emmené par Gilles Michel a ainsi soutenu des poids lourds industriels (Vallourec, Carbone Lorraine ou Valeo) comme les pépites de demain: Dailymotion dans l'Internet, Frey Nouvelles Energies dans les cleantechs ou Nicox dans la santé. L'investisseur public a cependant su résister aux influences politiques: s'il s'est embarqué dans Heuliez, il n'a pas trouvé d'accord avec Areva pour reprendre ses 26 % dans Eramet. Et n'a pas - encore - eu à sauver CMA-CGM ou le couturier Christian Lacroix. Après un an d'existence, le FSI peut donc se targuer d'un rôle de maçon qui consolide les fondations, plutôt que de pompier qui sauve des flammes.
Vous souhaitez réagir à cet article ou apporter une précision ?
Commentez cet article