Ralentissement des émergents : la faute à l'industrie ?
Dans un document publié à l'occasion de son rapport annuel, la Banque de développement asiatique s'inquiète de la baisse de la production industrielle des Etats de la région, qui ont trop misé sur la finance et les services.
La Fed n'est certainement pas l'unique responsable de l'effondrement des devises et marchés émergents depuis le début de l'année, même si l'annonce de son retrait progressif du QE a accéléré le mouvement. Et les Etats les plus touchés sont d'ailleurs ceux qui souffrent des problèmes structurels les plus importants. Inde, Turquie, Indonésie, Afrique du Sud et Brésil ont en commun des balances courantes très déficitaires qui rendent leurs besoins de capitaux étrangers nécessaires au maintien de leur balance. Surtout la reprise économique tarde à se matérialiser dans ces Etats. La Banque asiatique de développement pourrait avoir également un élément d'explication au ralentissement de la croissance des émergents.
Dans un document annexe au rapport d'activité publié cette semaine, les membres de la banque s'inquiètent du boom des services dans la région, résultat des bulles spéculatives et immobilières, tandis que le secteur industriel stagne voire régresse. "L'Asie ne pourra pourtant pas se passer du soutien à son secteur manufacturier pour entamer le chemin de la prospérité", expliquent les chercheurs de la banque de développement. C'est l'industrie qui permet d'assurer une meilleure productivité dans les services, elle est essentielle pour soutenir l'innovation technologique et moderniser l'agriculture souligne encore la banque de développement. "D'un point de vue historique, aucune économie n'est devenue un pays à haut revenu sans que sa production manufacturière ne représente au moins 18% de son PIB pendant une période durable", explique Changyong Rhee l'économiste en chef de la BAD. "L'industrie n'est pas le principal moteur de la croissance en Asie. Les services représentent la part la plus importante du PIB de la région".
Or la banque s'inquiète du fait que plusieurs gouvernements, tels que la Chine, la Malaisie ou la Thaïlande délaissent leur industrie, qui est pourtant la base de leur modèle fondé sur les exportations et une bonne répartition des investissements en province, au profit de services et de l'immobilier concentrés dans les capitales. De même l'Inde, les Philippines ou le Pakistan ont créé très peu d'emplois dans le secteur manufacturier et passent directement de l'agriculture aux services. "En Chine, il y a bien un effet d'éviction du développement immobilier sur d'autres secteurs et notamment l'industrie", explique Bei Xu, analyste chez Natixis. Ainsi, la production industrielle en Chine a ralenti depuis le milieu des années 2000. Elle a augmenté de 9,7% en juillet dernier contre des hausses mensuelles de l'ordre de 20% début 2005 et de 14% il y a deux ans.
Le rapport soulève notamment la question de politiques d'incitations à la consommation trop portées sur le crédit et l'endettement des ménages, sans que de nouvelles implantations industrielles ne viennent renforcer la capacité manufacturière des pays concernés. Le risque étant que les pays d'Asie du Sud Est ne tombent "dans le piège du revenu moyen, où les populations consomment de plus en plus de produits importés", poursuit le rapport. Les membres de la BAD terminent en soulignant le risque pour l'Indonésie ou la Thaïlande de ne pas davantage développer les emplois dans l'industrie: "faute d'opportunités dans leur pays d'origine, les ingénieurs et personnes hautement qualifiées émigrent tandis que la main d'oeuvre locale reste cantonnée à des tâches intermédiaires". Impossible dans ce cas de procéder à un bond technologique, comme celui qu'ont connu le Japon ou la Corée du Sud.
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17/09/2021 - 10:31

