Quinte Flush
La Française des Jeux est candidate à la reprise de la loterie britannique Camelot. Un moyen unique d'accéder à une taille critique et de prendre la tête d'une libéralisation inégale.
La Française des Jeux a beau être une entreprise publique, elle a bien compris les impératifs d'un marché concurrentiel. Quelques mois avant que la France - comme ses voisins européens - n'adopte l'ouverture à la concurrence du marché des jeux en ligne, la loterie française s'est portée candidate pour reprendre son concurrent britannique, Camelot.
Les tergiversations ont été longues car Camelot est détenu par cinq actionnaires privés - Cadbury, le français Thalès, l'imprimeur anglais de billets de banque DeLaRue, le groupe d'informatique japonais Fujitsu et la poste britannique Royal Mail - et cette dernière ne souhaitait pas vendre jusqu'à récemment. Depuis qu'elle s'est décidée, les candidats se sont faits jour et il y a du monde sur les starting-blocks. Selon la presse britannique, la Française des Jeux affronterait Richard Branson, qui a déjà essayé de reprendre Camelot par deux fois, mais aussi ses concurrents européens : les loteries italienne (Lottomatica) et indienne (Sugal & Damani). Enfin, dans ce process conduit par les banques Greenhill Partners et Rothschild, plusieurs fonds de private equity seraient en lice: CVC Capital Partners, Cinven ou BC Partners sont murmurés, mais aussi les américains Providence Equity Partners ou General Atlantic, ou le fonds de pension de l'Ontario.
Car Camelot a des atouts économiques non négligeables à faire valoir. Cinquième loterie européenne et septième mondiale, le groupe dispose d'un monopole pour encore neuf ans - extensible de cinq ans supplémentaires. La récurrence des revenus, associée aux promesses d'un marché européen destiné à exploser, ont donc suscité l'intérêt des fonds LBO, moins enclins aux risques.
Pour la Française des Jeux, le mandat de vente de Camelot est une occasion trop belle de se faire une place de choix dans l'univers européen des paris en pleine mutation, et de ne pas trop souffrir des nouveaux acteurs Internet. Mais, comme un prix de 300 à 450 millions de livres (330 à 500 et millions d'euros) est évoqué, elle devra probablement s'allier à un partenaire financier. Le jeu en vaut la chandelle, car à l'aune de cette libéralisation, la privatisation du groupe parait inéluctable et l'état a tout intérêt à maximiser la valeur de son actif. Le français deviendrait un acteur européen d'envergure de jeux, ce qui ne sera pas le cas pour les paris en ligne. Car l'Hexagone a prévu d'adopter une fiscalité bien moins avantageuse que ses voisins européens et, pour ne rien arranger, le projet de loi traîne au Sénat et a peu de chances d'aboutir avant la Coupe du Monde de football de l'été prochain. Encore un exemple où la compétitivité Française pâtit avant tout de la passivité politique.
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17/09/2021 - 10:31

