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Le private equity vent debout contre la réforme fiscale américaine
Les titres de Blackstone, Carlyle et Apollo Global Management ont tous perdu plus de 3% hie en début d’après-midi, lorsque Paul Ryan le porte-parole républicain à la Chambre des Représentants, a présenté les détails de la grande réforme fiscale voulue par Donald Trump. Car si les grandes lignes étaient déjà connues – baisse de l’impôt sur les sociétés de 35% à 20%, taux unique de 12% pour le rapatriement des bénéfices à l’étranger, cadeaux fiscaux pour les classes moyennes – quelques points ont créé la surprise. Et notamment le plafond de la déductibilité des intérêts à 30% de l’Ebitda d’une entreprise. Cette mesure, destinée à financer une partie des coupes fiscales majeures consenties par l’administration Trump, impacte directement les acteurs de la construction mais aussi le private equity, qui a recours à l’effet de levier pour optimiser le rendement de ses acquisitions, appelées LBO.
Le non coté n’a pas tardé à réagir. « Toute limite à la déductibilité des intérêts est une limite à la capacité d’une entreprise de grandir », a ainsi déclaré James Maloney, vice-président des affaires publiques chez American Investment Council, qui représente les intérêts du private equity et a pointé la hausse du coût du capital qui en résultera. Cela ne semble pourtant pas inquiéter Joshua Haris, cofondateur d’Apollo Global Management qui commentait les résultats trimestriels de la firme la veille. Pour lui, cette réforme « va apporter de nombreuses opportunités intéressantes pour les personnes qui prennent les devants et s’y ajustent. Et je ne pense pas que cela changera fondamentalement le modèle du private equity »
En réalité, les choses auraient pu être bien pires pour le non coté. Le gouvernement avait envisagé de supprimer totalement la déductibilité des intérêts, considérée comme une niche fiscale, et a finalement décidé de ce plafond de 30%, auquel échappent les petites entreprises et les foncières. Les fonds de private equity savent également que cette première mouture fera l’objet d’intenses négociations et de concessions, avant d’être votée par le Congrès, et fourbit ses armes de lobbying. En outre, le private equity va lui aussi bénéficier de la baisse drastique de l’impôt sur les sociétés, qui va améliorer leur rentabilité, les dividendes versés et leur valorisation à la sortie. En tout état de cause, cette mesure pourrait inciter le private equity à limiter l’endettement pour acheter ses cibles, et à favoriser des actions de préférence.
Surtout Donald Trump, qui n’avait pas eu de mots assez durs envers les fonds alternatifs, accusant même les hedge funds de « gratte-papiers qui ne paient pas pour leurs meurtres », n’a finalement pas mis fin à leur principale niche fiscale : le carried interest. Cette forme de rémunération – en général, un taux de 20% au-dessus d’un seuil de plus-value fixé par le fonds à sa sortie – est imposée à hauteur de 20% et non au titre de l’impôt classique sur les revenus, à 39,6%. Son prédécesseur, Barack Obama, s’était attaqué à cet avantage fiscal, mais n’avait pas réussi à avoir gain de cause au sein d’un Congrès républicain. Fin septembre, Gary Cohn, le conseiller économique de Trump, avait assuré que « le Président restait engagé à supprimer la déduction du carried interest », considérée comme une « niche », même si cela ne figurait pas dans les travaux préparatoires du Congrès. Ce premier texte semble démontrer à nouveau que le « marais » est plus difficile à assécher qu’il n’y paraît.
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