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Prime et déprime

Le gouvernement veut faire du social avec l'argent des entreprises. D'où l'idée de cette prime de 1.000 euros qui risque de coûter cher en termes de négation de la politique contractuelle.
Il y aura donc une loi pour conditionner le versement de dividendes au sein d'une société - même non cotée. Ainsi en a décidé le Chef de l'Etat. C'est ce qu'a annoncé hier soir, le Ministre du Travail, de l'Emploi et de la Santé, Xavier Bertrand. En revanche, Christine Lagarde, a laissé envisager ce matin que cette fameuse prime ne serait plus systématiquement d'un montant fixe de 1.000 euros. Cette mesure est totalement absurde, comme cela a déjà été très bien dit par Laurence Parisot, au nom du Medef ou par Jean-François Roubaud, au nom de la CGPME. Primo, pourquoi un chef d'entreprise devrait-il distribuer la même prime à chacun de ses collaborateurs sans distinction de mérite ? Secundo, lier la rémunération du travail à celle du capital est une erreur économique majeure, comme l'avait laissé entrevoir le rapport Cotis, il y a trois ans. Tertio : les effets secondaires de cette mesure vont se traduire par un renforcement du coût du travail, alors que tous les discours tenus depuis trois mois, autour de la convergence franco-allemande, prêchent au contraire pour une modération salariale. Quarto : beaucoup de petites entreprises ne vont plus distribuer de dividendes à leurs actionnaires. Ce qui va, de facto, compliquer les appels au marché futurs et donc le financement des investissements. Mais le coût de cette mesure pour l'ensemble de la sphère économique va surtout apparaître, d'abord, à travers une très grande méfiance des entrepreneurs à l'égard des politiques. Les chefs d'entreprise avaient été enthousiasmés en 2007 par les hymnes à l'entreprise faits par le candidat Sarkozy. Dans la mesure où l'Elysée se met à dicter la politique sociale et salariale des PME comme des grands groupes, le climat risque de se gâter de manière radicale. Ensuite, la seconde conséquence, très coûteuse pour l'économie française, réside dans la négation de la politique contractuelle qu'illustre cette mesure, que même un François Chérèque a dénoncée. Le champ des discussions sociales est assez vaste entre le patronat et les syndicats, pour que ce type de mesure puisse être d'abord pesé au trébuchet de ces négociations, avant d'en arriver directement à la loi. Le fait de s'adresser aux députés en priorité pour fixer cette nouvelle corrélation entre dividende et pouvoir d'achat, constitue un bras d'honneur à l'égard du patronat, mais aussi à l'égard des partenaires sociaux dans leur ensemble. Et l'histoire enseigne que si les corps intermédiaires existent dans une société, mieux vaut ne pas se passer d'eux. Mieux vaut aussi passer par eux !
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