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Le poker de Gérard Mestrallet

Les administrateurs indépendants ont rejeté, sans surprise, la première offre sur International Power. Mais GDF Suez a gardé quelques cartouches pour concilier ses intérêts et la séduction des minoritaires.
Dans les offres publiques, on n'utilise jamais de fusil à un coup. En proposant la semaine dernière de racheter les 30% d'International Power qu'il ne possède pas à 390 pence par action, le président de GDF Suez voulait surtout prendre date. Alors que le cours du champion international de l'énergie avait évolué entre 311 et 345 pence pendant près d'un an, il venait de s'envoler de 15% en quelques semaines. Et le mouvement risquait de s'amplifier à mesure qu'approcherait l'échéance du mois d'août, au terme de laquelle GDF Suez ne serait plus tenu d'obtenir l'aval de l'unanimité des six administrateurs indépendants d'International Power. En donnant un prix de 390 pence, le groupe français fixait une borne aux marchés. Après son rejet unanime par les administrateurs indépendants -quatre personnalités britanniques et deux françaises, Bernard Attali et Michael Zaoui- GDF Suez a précisé qu'il analyserait la situation en fonction de trois critères : la création de valeur, son niveau d'endettement et le retour sur investissement. Sachant qu'IP possède de nombreux atouts dont celui d'être peu présent dans les pays en cure de désendettement et bien placé sur les marchés en croissance des pays riches en pétrole, Gérard Mestrallet a tout intérêt à pouvoir hisser son groupe à 100% du capital. Avec les critères évoqués, alors que GDF Suez avait réalisé aux deux tiers son plan de 10 milliards de désendettement et que 30% d'IP lui coûteraient 7,5 à 8 milliards d'euros si le prix atteint entre 405 et 420 pence par action, le groupe donne un message implicite. Il peut faire un geste mais il n'ira pas trop loin, sous peine d'une dégradation par les agences de notation qu'il veut éviter. Pour prouver sa volonté de faire, le géant français a porté à 15 milliards d'euros son plan de désendettement et obtenu l'accord de ses principaux actionnaires (Etat et Groupe Bruxelles Lambert) pour le paiement en actions du dividende versé en 2012, soit une économie d'au moins 1,4 milliard d'euros. Parallèlement, le premier actionnaire historique d'IP vient de céder le tiers de sa participation résiduelle à 405 pence. Autant d'éléments qui balisent le terrain pour une amélioration raisonnable de l'offre de 5 à 10%, mais certainement pas davantage. Lorsqu'elle sera formulée, administrateurs et actionnaires savent qu'ils devront choisir entre la proie et l'ombre.
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