Les banques espagnoles bientôt recapitalisées par le FESF ?
L'Espagne et le FMI plaident pour que le fonds de sauvetage puisse directement refinancer les banques. Il suffirait d'une légère modification des textes, mais ce n'est sans doute pas souhaitable.
Le FESF au chevet des banques? C'est ce que suggèrent les membres du FMI dans leur rapport sur la stabilité financière publié hier. Inquiets du processus de désendettement des banques de l'UE, chiffré à 2600 milliards de dollars d'ici à fin 2013, ce qui risque de conduire à une diminution de l'offre de crédit de 1,7% sur les deux ans, ils ont incité le FESF à intervenir. "Les mécanismes de crise FESF-MES doivent être suffisamment souples pour prendre des participations directes dans les banques et faciliter la construction des établissements financiers si nécessaire. Cela devrait freiner les réactions en chaîne négatives entre les risques bancaires et souverains dans la zone euro". Ces quelques phrases ne sont sûrement pas passées inaperçues en Espagne, où le gouvernement plaide également pour une intervention plus directe des fonds auprès des banques du pays, en grande difficulté financière.
Hier, la Banque Centrale d'Espagne dévoilait un encours de prêts douteux des institutions du pays au plus haut depuis 1994. Les "non performing loans" espagnols ont ainsi augmenté de 3,8 milliards d'euros en février sur un mois, et représentent désormais 8,2% de l'encours total des crédits. Car à la différence des banques américaines ou irlandaises, qui après la crise de 2008 ont progressivement assaini les bilans de leurs prêts immobiliers non performants, les institutions espagnoles n'ont cessé de repousser cette échéance. Elles vont désormais être contraintes de purger leurs bilans au moment même où le gouvernement met en place des mesures d'austérité drastiques qui pèseront sur la croissance.
En décembre, les principales banques du pays ont dû passer d'importantes provisions sur l'immobilier et devront faire de même lors des prochains trimestres. L'achat d'actifs souverains italiens et espagnols, permis par les deux LTRO, est un facteur de risque supplémentaire des institutions espagnoles. Depuis début mars, les CDS de BBVA et Santander se sont sensiblement tendus, de 163 pb pour l'une - désormais située à 428 pb - et de 157 pour l'autre qui s'échange actuellement à 416 points de base, selon Markit. Un signe supplémentaire de la détérioration de la confiance des marchés dans les banques.
Dans ces conditions, le FESF pourrait effectivement venir au chevet de certaines banques européennes en injectant de la liquidité supplémentaire. D'après le traité instituant le MES, article 15, "le conseil des gouverneurs peut décider d'octroyer une assistance financière sous forme de prêt à un membre du MES, dans le but spécifique de recapitaliser des institutions financières de ce membre". La requête du FMI et de l'Espagne demanderait donc une légère modification des textes, afin de permettre au fonds de prêter "directement" aux banques.
Le ministre des Finances allemand a démenti qu'une telle option puisse être envisagée. L'Allemagne craint qu'elle ne renforce le lien entre crédit bancaire et crédit souverain, mais la corrélation a déjà été établie l'été dernier, lorsque l'emballement de la crise a provoqué la dégringolade des financières, et a montré les risques encourus. De plus, il n'est pas certain que les 500 milliards d'euros du MES suffisent à soutenir et les Etats en difficulté tout comme les institutions financières défaillantes. Là serait plutôt le rôle de la BCE, comme elle l'a d'ailleurs déjà fait via les deux LTRO.
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