WAN
menu
 
!
L'info stratégique
en temps réel
menu
recherche
recherche

Fusions, Acquisitions / M&A

Fusions, Acquisitions
M&A

La fusion AT&T/Time Warner en péril, l’ombre de Donald Trump

Le Département de la Justice a lancé une action contre la fusion entre AT&T et Time Warner, pour 85 milliards de dollars. Une décision rare, sur laquelle plane l’influence de la Maison Blanche, et qui oblige les patrons à intégrer le risque politique.

Lors de la conférence Dealbook à New York début novembre, Randall Stephenson, le patron d’AT&T, était apparu tendu sur scène, quelques jours à peine après les premières rumeurs sur une possible remise en cause de sa fusion géante avec Time Warner. « Je n’ai jamais offert de vendre CNN », avait-il martelé pour contrecarrer les informations qui avaient fuité à ce sujet dans la presse. Et deux semaines plus tard, l’improbable s’est produit : le ministère de la Justice vient de lancer une action en justice pour s’opposer à ce mariage à 85,7 milliards de dollars, annoncé en octobre 2016. Il s’agit de la huitième plus grosse opération M&A de l’histoire selon Dealogic, juste derrière l’union entre AOL et Time Warner en 2000, qui s’était avérée un échec.

Le camouflet est rude pour AT&T, qui a jugé que cette décision était « une divergence radicale et inexplicable des précédents antitrust ». Et de faire valoir : « des fusions verticales comme celles-ci sont régulièrement acceptées car elles bénéficient aux consommateurs sans amoindrir la concurrence sur le marché (…) Nous ne voyons aucune raison à ce que notre fusion soit traitée différemment ». Car si l’administration Obama a régulièrement remis en cause des rapprochements en raison de l’atteinte portée à la concurrence, ce dossier est différent car il consiste à unir un opérateur télécoms qui fournit Internet et la télévision avec un producteur de contenus, qui détient les studios Warner Bros et de nombreuses chaînes comme HBO, CNN ou encore TBS.

Ce qui est sûr, c’est que les deux acteurs ont intérêt à faire aboutir ce deal : AT&T souhaite enrichir son offre afin de fidéliser ses clients face aux géants de la publicité que sont devenus Facebook et Google, tandis que Time Warner a besoin d‘une taille critique pour résister à la concurrence de nouveaux acteurs de télévision payante comme Netflix. Jusqu’à présent, les autorités antitrust ont en général été plus conciliantes face à ce type d’opération qui allie un fournisseur et un distributeur de services, tandis que d’autres considèrent que cela peut impacter la concurrence et les prix, dans un marché déjà concentré. Mais les précédents juridiques ont la vie courte sous l'administration Trump, alors que le candidat à la présidentielle avait déjà déclaré qu’il s’opposerait à ce deal. L’empreinte sous-jacente du Président américain, qui déteste en particulier CNN et accuse la chaîne de faire partie des « fake news », donne un goût étrange à cette action en justice, même si le responsable de la division antitrust du Département de la Justice, Makan Delrahim, s’est défendu de toute influence de l’exécutif.

Quoi qu’il en soit, la marque d’un Président populiste et protectionniste sur les M&A de son mandat sera indéniable. Certains l’ont déjà bien compris, comme Broadcom qui juste avant de lancer une OPA de 130 milliards de dollars sur Qualcomm, a déplacé son siège de Singapour vers les Etats-Unis. Les patrons comme Jack Ma d’Alibaba rivalisent d’annonces sur leurs prochaines embauches sur le territoire américain et d’autres comme Masayoshi Son de Softbank, qui contrôle Sprint, n’hésitent pas à courtiser Donald Trump directement. Flatter l’ego du locataire de la Maison Blanche semble être la nouvelle stratégie pour faire aboutir des M&A outre-Atlantique.

Vous souhaitez réagir à cet article ou apporter une précision ?
Commentez cet article