Renationaliser la dette française avant qu'il ne soit trop tard ?
Des spécialistes suggèrent d'instaurer des grands emprunts à destination des français, dont l'épargne est très élevée. Cela protègerait l'Etat en cas de dégradation de la conjoncture.
Le trésor français vient de lever 7 milliards d'euros de titres à court terme, avec le même succès que lors de sa première émission de long terme de l'année, jeudi dernier. Les titres se sont même adjugés à un rendement négatif de -0,05% pour le 3 mois, et quasi nul pour le 6 mois et le un an. Pourtant, malgré le succès rencontré une fois encore et un niveau de taux historiquement bas, de nombreux économistes craignent une détérioration de la conjoncture française cette année, entraînant un désengagement progressif des investisseurs en dette hexagonale. D'où l'idée soutenue par certains de renationaliser les titres de l'Etat français.
François Hollande avait d'ailleurs évoqué le sujet lors de sa campagne présidentielle au mois d'avril, sans pour autant en donner les détails. Le candidat socialiste avait alors déclaré : "plus on empruntera auprès des français, moins on empruntera auprès des marchés", ce qui selon lui constituait une manière de se prémunir contre une éventuelle frivolité des investisseurs. François Hollande entendait donc "puiser dans l'épargne des français pour prêter à l'Etat". D'autant que le taux d'épargne des français est parmi les plus élevés d'Europe, juste derrière l'Allemagne mais loin devant l'Italie, l'Espagne et le Royaume-Uni. Ainsi, ce taux atteignait 16,2% du PIB à la fin du troisième trimestre 2012, selon les chiffres de l'INSEE, contre 12% pour l'Espagne et l'Italie et 8% au Royaume-Uni.
La renationalisation de la dette française passerait par la mise en place d'un emprunt spécifique dédié exclusivement au grand public, comme l'Italie et la Belgique y avaient eu recours l'année dernière. La France, de son côté, n'a pas instauré de grand emprunt depuis 1993, sous le gouvernement Balladur. Mais une telle opération nécessiterait de proposer des taux relativement avantageux au public, afin de susciter une demande suffisante. Or les rendements actuels sont bien trop bas pour attirer l'épargnant français. Et leur faiblesse a permis de faire baisser la charge de la dette de 2,4 milliards d'euros en 2012, d'après le dernier bulletin du Trésor. La chute des taux a également permis de réaliser des "primes" lors des émissions 2012, de l'ordre de 8,4 milliards d'euros. Ces primes résultent du fait que les investisseurs sont prêts à payer davantage que le pair pour détenir les titres émis par le passé et offrant des coupons plus élevés. On le voit donc, dans le contexte actuel, il est sans doute plus avantageux pour l'Etat de profiter de niveaux de taux très bas que de recourir à un emprunt national, qui serait certainement plus coûteux.
Sauf que les investisseurs pourraient brusquement bouder la dette française, comme ce fut le cas pour l'Espagne l'année dernière, si la conjoncture de l'Hexagone se détériorait. Ce qui est à prévoir étant donné la faiblesse des exportations et des investissements au cours des derniers mois de 2012. Or en France, la détention de dette par des non résidents est une des plus élevées d'Europe, à hauteur de 63,8% à fin septembre 2012, contre 31% en 1993. Ce qui signifie que seul 34% de la dette de l'Hexagone est possédée par des français, contre 69% en Grande-Bretagne. Si une plus grande partie des titres français étaient détenus sur le territoire, cela rendrait le pays effectivement moins dépendant du bon vouloir des investisseurs. Le challenge d'un grand emprunt restera de parvenir à attirer l'épargne des français, qui seront sans doute plus frileux dans un contexte de ralentissement économique et de fiscalité de plus en plus lourde pour les ménages.
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