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A Londres, François Villeroy de Galhau parle de tout sauf du Brexit !
"Assurer la continuité dans un contexte de changement global", tel était le thème cette année de la City Week, organisée par l'organisme de recherche City and Financial Global, depuis 2010. Sans surprise, le Brexit était au centre de ces deux jours de conférence, où côté français, Jean-Pierre Mustier, CEO d'UniCredit, Jean Raby, CEO de Natixis AM et Lorenzo Bini Smaghi président du conseil de la Société Générale sont notamment intervenus hier, lors d'un panel sur l'Europe.
Ce matin, le gouverneur de la Banque de France s'est à son tour exprimé lors d'un long discours à la Guildhall, centre névralgique de la City, où il a évoqué à peu près tous les sujets financiers sauf le Brexit ! Selon les informations de WanSquare toutefois, le gouverneur s'est longuement entretenu sur le sujet de la sortie du Royaume-Uni de l'UE avec le chancelier de l'Echiquier Philip Hammond, quelques heures avant la conférence. "Je ne vais pas parler de ce qui nous divise mais de ce qui nous unit", a averti François Villeroy de Galhau en introduction de son discours à la CityWeek. Il a ensuite mis l'accent sur les défis financiers communs qui attendent l'UE et la Grande-Bretagne dans les prochaines années. Le gouverneur a ainsi rappelé dans un premier temps à quel point la coopération internationale était plus que jamais nécessaire, pour éviter les deux écueils que sont le protectionnisme et de "l'autosatisfaction en matière financière".
Le banquier des banquiers français a notamment mis en garde contre la tentation de dérégulation financière et appelé à mettre en place rapidement le règles de Bâle III, comme cela a été convenu lors du dernier G20 en Argentine. Selon le gouverneur, la nouvelle priorité et le principal risque pour la stabilité financière n'est plus "la solvabilité des banques mais la liquidités des non-banques", soulignant à ce titre la forte hausse de l'endettement mondiale passé de 200% du PIB en 2007 à 220% du PIB aujourd'hui. "Pour contrer cette complaisance vis-à-vis de la dette, il convient de réagir par des politiques budgétaires saines pour la dette publique, un financement responsable de la part des acteurs financiers pour la dette privée et si nécessaire des mesures macroprudentielles", a-t-il martelé.
Si le gouverneur n'a pas parlé du Brexit en tant que tel, il n'a pu s'empêcher de souligner les risques liés aux menaces protectionnistes et notamment à une hausse des droits de douane. Un sujet brulant pour le gouvernement de Theresa May, qui a réaffirmé ce matin que le Royaume-Uni sortirait bien de l'union douanière, alors qu'une majorité des parlementaires de Westminster souhaiterait en rester membre ; selon les calculs de la Banque de France cités par Villeroy de Galhau ce matin, une hausse de 10% des tarifs douaniers au niveau international entraînerait une réduction de plus de 10% du commerce mondial ainsi qu'une baisse du PIB mondial de plus de 2%. De quoi donner à penser à la Première ministre britannique, tiraillée sur le sujet entre ses ministres "hard-brexiters" et les MPs.
Le gouverneur a ensuite évoqué "la finance de demain", dans un monde interconnecté, et a présenté les différents moyens de réguler l'innovation, "afin de la rendre sûre", et de l'encourager plutôt que de l'étouffer. "On prétend souvent que la régulation est l'ennemie de l'innovation." Un préjugé selon le gouverneur, qui a cité à titre d'exemple les 300 Fintechs aidées grâce au pôle FinTech Innovation de l'ACPR créé il y a deux ans. François Villeroy de Galhau a tout de même tenu à lister les quatre grands défis liés à l'innovation auxquels la Grande-Bretagne tout comme la France et l'UE seront confrontées en matière financière. Les cyber-risques tout d'abord, qui selon lui ne pourront être contenus que grâce à une réponse coordonnée des Etats. A ce titre la création d'un groupe G7 dédié à ces sujets est une bonne initiative, que la France sera d'ailleurs chargée de coordonner l'an prochain. Autre sujet qui fait débat sur la place financière depuis de nombreux mois, celui des crypto-actifs. Le gouverneur a insisté sur la nécessité de ne pas employer le terme de "cryptomonnaie", celles-ci ne constituant ni "des réserves de valeur, ni un moyen d'échange, ni une unité de compte", et ne présentant donc aucune des caractéristiques d'une monnaie. Selon lui, ces actifs sont porteurs de risques pour les consommateurs et investisseurs et nécessitent donc une réponse harmonisée au niveau international.
L'intelligence artificielle est une des autres révolutions technologiques qui impactera (et impacte déjà) la finance dans les prochaines années : ainsi, jusque 30% des projets des grandes banques françaises actuellement en cours de développement portent majoritairement sur l'IA, et le potentiel est tout aussi important pour les assureurs, selon le gouverneur, qui a rappelé que l'ACPR avait créé un groupe dédié à l'IA pour éviter les écueils liés au sujet (et notamment éviter l'effet "boîte noire" des algorithmes). Le gouverneur a terminé en évoquant la finance verte et la nécessité pour le secteur financier de participer activement à la transition vers une économie à faible émission de carbone. Et laissé le soin au Dr Andrew Bailey, chief executive de la FCA, de parler du Brexit, et de son impact sur le secteur financier.
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