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Sur les marchés
Edouard Philippe à la manoeuvre pour désamorcer les OPA hostiles
Bruno Le Maire avait déjà annoncé la couleur en juin dernier lors des Rencontres du Cercle des Economistes en indiquant qu’il serait très vigilant à ne pas laisser filer à l’étranger nos plus beaux fleurons. Le Premier ministre remet cela aujourd’hui lorsqu’il annonce qu’il n’hésitera pas à monter au créneau en cas de menace d’OPA sur les champions français de la sécurité, la défense, l’agroalimentaire ou les cosmétiques. Façon à peine voilée de parler de Safran, Thales, Danone ou L’Oréal. Autant de groupes au capital effectivement non contrôlés mais où l’Etat se sent largement impliqué. Chez Safran et Thales, il possède certes encore 14% chez le premier et 25,8% chez le second, ce qui lui donne tout loisir de mettre son grain de sel en cas d’intérêt un peu trop marqué d’un intervenant extérieur.
Chez Danone et L’Oréal en revanche, la manne publique ne possède aucune action. Mais elle a manifestement voulu envoyer un message fort à destination d’éventuels prédateurs. Le géant agroalimentaire vient effectivement de subir les assauts d’un investisseur activiste américain, Corvex, connu pour son opiniâtreté lorsqu’il s’intéresse à un dossier. Sans forcément en prendre le contrôle puisqu’il n’en a pas les moyens, mais en poussant certaines évolutions stratégiques ou managériales. Hasard du calendrier ? Depuis l’arrivée au capital de cet activiste, Franck Riboud, le fils du fondateur a annoncé son départ de la présidence du conseil pour laisser seul aux manettes Emmanuel Faber. Avec la lourde tâche de redynamiser un groupe en panne de croissance sur certains de ses marchés phares.
Chez L’Oréal, l’heure est également aux spéculations les plus diverses concernant l’avenir du capital du géant mondial des cosmétiques. Depuis le décès de Liliane Bettencourt, le statu quo trouvé avec Nestlé prendra bientôt fin. Ce qui veut dire que le Suisse peut soit augmenter ses parts (il en a déjà 23%), soit les vendre au plus offrant, soit en céder à la famille Bettencourt et sur le marché. Il peut aussi ne rien faire. Autant de scénarios qui agitent bien logiquement les marchés. Mais aussi le gouvernement, si l’on en juge par les propos prononcés ce jour par le Premier ministre. Reste à savoir ce qu’il entend concrètement par « monter au créneau » en cas de menaces d’OPA. Si les entreprises au secteur jugé « stratégique» pour la sécurité et la souveraineté de la France sont déjà protégées dans le cadre d’un texte de loi permettant d’évincer les investisseurs étrangers (autres qu’européens), l’agroalimentaire comme les cosmétiques ne peuvent entrer dans ce cadre bien précis. Sauf à considérer que mettre la main sur le géant des produits laitiers serait susceptible de mettre en danger la santé publique. Certes. Mais les cosmétiques?
Mais lorsqu’il s’agit de mettre des bâtons dans les roues d’un importun, l’imagination des instances publiques peut s’avérer débordante. Il n’y a qu’à voir comment le gouvernement italien parvient à sortir de sa manche le texte idoine pour bloquer la présence de Vivendi au sein de Telecom Italia et Mediaset. Il n’y a qu’à se rappeler la manière dont la France a réussi à bouter hors du capital d’Eiffage l’Espagnol Sacyr Vallehermoso pour s’en convaincre également.
En lançant un tel avertissement, le Premier ministre prévient aussi que toute incursion sans l’aval préalable de la cible sera jugée hostile. Précision qui a son importance lorsque l'on sait que nombre d’investisseurs de long terme ne veulent pas entendre parler d’un tel processus.
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