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Macron a gagné la bataille des six mois
par Yves de Kerdrel

Le Chef de l’État et le Premier Ministre viennent de passer le test des six premiers mois. Avec des sondages en demi-teinte, mais avec un bilan plus qu’honorable en termes qualitatif et surtout la satisfaction d’avoir privé d’oxygène toute forme d’opposition.

19/11/2017 - 06:35 Temps Lecture 13 mn.

Emmanuel Macron a franchi cette semaine le cap des six premiers mois à l’Élysée, de même pour Édouard Philippe à Matignon. Cela a donné lieu, bien évidemment à des florilèges de sondages. Celui réalisé par BVA et publié en début de semaine rapporte que 57 % des Français sont plutôt mécontents des six premiers mois du Président de la République. Seuls 39 % disent être satisfaits. En revanche, Emmanuel Macron dispose d’une image plus positive que son prédécesseur, François Hollande. Moins de quatre Français sur dix (39 %) sont satisfaits des six premiers mois de mandat d’Emmanuel Macron, avec une différence nette entre sympathisants de gauche (15 %) et sympathisants de droite (48.

Emmanuel Macron affiche un point de plus que François Hollande en novembre 2012 (38 % de satisfaits et 61 % de mécontents). En revanche, Emmanuel Macron jouit d’une image beaucoup plus positive que François Hollande dans l’opinion : les Français le trouvent dynamique (81 % contre 27 % pour l’ex-chef de l’État au bout de quatre mois de mandat), compétent (57 % contre 38 %) et capable de prendre les décisions qui s’imposent (56 % contre 31 %). François Hollande était en revanche jugé davantage rassembleur qu’Emmanuel Macron (40 % contre 37 %). Le mécontentement est majoritaire chez les jeunes (60 % des 18-34 ans) et les catégories modestes (63 % des ouvriers et employés).

DES SONDAGES QUALITATIFS TRES POSITIFS

Sur le plan politique, si 15 % des sympathisants de gauche se disent satisfaits, on note une nette différence entre ceux de la France insoumise (8 %) et ceux du PS (39 %). Même écart à droite de l’échiquier entre les sympathisants LR (52 % de satisfaits) et ceux du FN (21 %). Les six premiers mois du mandat d’Emmanuel Macron ont, en tous cas, très nettement marqué les esprits, puisque 77 % des Français sont capables de citer spontanément au moins une mesure réalisée par Emmanuel Macron. Les quatre mesures que les Français ont le plus retenues sont la loi travail (26 % de citation), la suppression de l’ISF (16 %), la hausse de la CSG (15 %) et la baisse des APL (14 %). De manière générale, près d’un Français sur deux (47 %) juge la politique du gouvernement libérale. Ce qui est une grande première en France.

Ce qui est très intéressant, comme l’expliquent tous les sondeurs, c’est qu’Édouard Philippe bénéficie de très bons sondages. Notamment à droite avec des appréciations qualitatives très positives provenant notamment de l’électorat traditionnel de droite. C’est ce qui explique qu’après avoir pris ses distances vis-à-vis de son ancien « filleul », Alain Juppé s’est rapproché très nettement ces dernières semaines du locataire de Matignon. Ce qui lui a valu d’être invité aux cérémonies du 11 novembre où il a renoué avec Emmanuel Macron. Juste un an après la déclaration de candidature de l’actuel chef de l’état, précipitée alors, pour faire fondre les chances d’Alain Juppé d’accéder au second tour de la Présidentielle.

L’OPPOSITION EN PANNE D’OXYGENE

L’une des plus grandes réussites d’Emmanuel Macron est d’avoir réussi à priver d’oxygène toute forme d’opposition. C’est naturellement le cas à droite où la plupart des personnalités reconnaissent ouvertement qu’il leur est impossible de critiquer, voire de s’opposer au Chef de l’État, dans la mesure où il a déjà pris plusieurs mesures que la droite n’a jamais eu le courage de prendre lorsqu’elle était au pouvoir. C’est également le cas de l’ex-parti socialiste. Mais aussi de la France Insoumise avec un Jean-Luc Mélenchon qui reconnaît être incapable de mobiliser. C’est enfin le cas des syndicats, puisque même Laurent Berger a affirmé que dans les conditions actuelles, le syndicalisme pouvait disparaître.

Son seul point noir reste la gouvernance du parti La République En Marche. Avec l’élection très contestée de Christophe Castaner. Contestée par des marcheurs, pour son processus peu démocratique. Contestée aussi car l’intéressé souhaitait garder le Porte-Parolat. Mais inévitablement on se dirige vers un mini-remaniement ministériel comme nous l’annoncions dans ces colonnes il y a deux semaines. A priori c’est toujours le nom de Benjamin Griveaux qui arrive en tête des pronostics pour remplacer Castaner. Il est également question de Sébastien Lecornu ou encore du très discret Julien Denormandie. Mais le sort judiciaire de Muriel Pénicaud étant moins incertain, et Emmanuel Macron voulant préserver le très critiqué Gérard Collomb, le remaniement devrait rester très minimal.

PAS DE DEBAT D’IDEES A DROITE

A droite le climat se crispe à l’approche de l’élection à la Présidence des Républicains. La personnalité de Laurent Wauquiez apparaît chaque semaine plus clivante. Surtout, à droite beaucoup regrettent que cette élection se fasse sans qu’il y ait eu le moindre débat sur le projet du Parti. A dire vrai les deux autres candidats, Florence Portelli et Maël de Calan, n’ont pas plus de projet que le patron de la Région Rhône-Alpes-Auvergne, mais la carence d’idées fait craindre un réel rétrécissement du principal parti de droite. A la fois par le nombre de militants susceptibles de voter, et par l’absence de débat d’idées.

Au chapitre économique, l’actualité internationale reste dominée par les incertitudes sur la réforme fiscale souhaitée par Donald Trump. Selon une majorité d’économistes sondés par Reuters, les républicains ne parviendront pas à adopter une réforme fiscale cette année aux Etats-Unis. Quoiqu’il en soit tous doutent que l'initiative stimule réellement l'économie. La volonté du président américain d'alléger la fiscalité des entreprises a bien contribué à la hausse de Wall Street durant la plus grande partie de l'année mais le scepticisme à son encontre croît depuis deux semaines, comme en témoignent les fluctuations de la Bourse.

LA REFORME FISCALE US TOUJOURS EN SUSPENS

La Chambre des représentants a adopté jeudi un paquet de déductions fiscales qui alourdirait le déficit budgétaire de près de 1.500 milliards de dollars en l'espace de 10 ans. Le Sénat va débattre maintenant de sa propre version de la réforme. Près des deux tiers de la soixantaine d'économistes qui ont répondu à une question annexe de l'enquête effectuée du 13 au 17 novembre ont dit qu'ils ne croyaient pas que le texte prendrait force de loi cette année. En outre les experts jugent que les répercussions des baisses d'impôt seront sans doute minimes puisque les salaires n'augmentent pas et que le chômage est très bas. Interrogés sur les besoins les plus pressants de l'économie américaine, les mêmes ont mentionné en priorité les grands travaux, suivis, à égalité, d'un retour des Etats-Unis dans le Partenariat Trans-Pacifique et des réductions d'impôts.

Cette enquête, faite auprès d'une centaine d'économistes, montre par ailleurs que la plupart d'entre eux ont revu à la hausse leur prévision à court terme pour l'économie américaine, pensant qu'elle croîtra à un rythme un peu supérieur au taux tendanciel de 2% durant les deux prochaines années, sans que l'inflation ne s'intensifie pour autant. De fait, la plupart des économistes ne voient pas l'indice des prix PCE sous-jacent, atteindre son objectif de 2% avant le deuxième trimestre 2019. Enfin, ils estiment que la Fed relèvera encore l'objectif des Fed funds d'un quart de point à 1,25%-1,50% en décembre et que deux autres hausses suivront en 2018, une de moins que ce qu'a laissé entendre la banque centrale.

LA BCE NE CROIT PAS A UN EFFET DE BULLE

De ce côté ci de l’Atlantique, l'économie reste dépendante des taux bas assurés par la politique monétaire accommodante de la Banque centrale européenne, qui utilise la prolongation de son programme de rachats d'actifs pour repousser dans le temps les anticipations de hausse du coût du crédit, comme l’a indiqué en fin de semaine Mario Draghi. Dans un discours prononcé lors du Congrès bancaire européen à Francfort, il a expliqué que la BCE était de plus en plus confiante dans la poursuite de la reprise dans la zone euro mais qu'en raison de la faible croissance des salaires, la politique monétaire devait rester accommodante.

La BCE a décidé fin octobre de prolonger son programme de rachats d'actifs de 2.550 milliards d'euros jusqu'en septembre 2018 et au-delà si nécessaire, et elle s'est engagée à maintenir ses taux à des plus bas records, bien au-delà de la fin de ces rachats. Mario Draghi a ajouté vendredi que la prolongation des achats d'actifs était un élément clé permettant de repousser les anticipations de hausse des taux à un avenir plus lointain, ce qui contribue au maintien de taux de marché bas. Il estime, selon les informations obtenues par WanSquare que les rachats d'actifs sont aussi importants pour les signaux qu'ils envoient sur l'évolution future de la politique de taux. C’est ce que les économistes appellent l’effet signal.

ALTICE REDUIT DES DEUX TIERS EN SIX MOIS

Mario Draghi a souligné que les études réalisées par la BCE avaient trouvé peu d'éléments de preuves selon lesquels sa politique portait tort aux banques et il a ajouté que tout futur impact négatif de sa politique serait compensé par des effets bénéfiques pour l'économie dans son ensemble. Il a également rejeté les accusations, portées notamment en Allemagne, selon lesquelles la politique ultra-accommodante de la BCE alimenterait une nouvelle bulle spéculative sur le marché du crédit, assurant que la reprise s'auto-entretenait. Selon lui, les moteurs de la croissance sont de plus en plus endogènes plutôt qu'exogènes. Dans la première phase de la reprise, ses principaux moteurs étaient la baisse des prix du pétrole et la politique monétaire. Aujourd'hui, il y a davantage de signes que la croissance s'auto-entretient, c'est-à-dire que les multiplicateurs de dépenses et la propagation endogène viennent de nouveau soutenir l'activité.

Du côté du business, ce sont les inquiétudes sur Altice qui ont monopolisé l’actualité financière avec une nouvelle chute du titre de 21 % au cours de la semaine. Ce qui porte à 62 %... la dégringolade de la valeur au cours des six derniers mois. Le président et cofondateur franco-israélien d'Altice a fait une apparition inattendue à la conférence de Morgan Stanley sur les télécoms, les médias et la technologie à Barcelone mercredi pour tenter de regagner la confiance des investisseurs après deux semaines de dégringolade du titre en Bourse. Nous devons faire en sorte que le client soit content d'être chez nous, a déclaré Patrick Drahi devant un parterre d'investisseurs, d'analystes et de spécialistes des TMT. Il a reconnu que SFR, la marque française d'Altice, a été un peu décentrée au cours des trois derniers trimestres et doit régler de petits problèmes opérationnels.

LES OBLIGATIONS ALTICE A LA PEINE

Altice s'est développé aussi bien aux Etats-Unis qu'en Europe à coup d'acquisitions financées par la dette, emmenant son endettement net à plus de cinq fois son Ebitda. Mais le haut niveau d'endettement et la faiblesse des performances au troisième trimestre suscitent les inquiétudes des investisseurs quant à la stratégie et la gouvernance du groupe. Armando Pereira, l'associé avec lequel Patrick Drahi a cofondé Altice, a rejoint SFR en septembre pour superviser le pôle télécoms, coeur du groupe, et régler ce problème de gouvernance. Mais cela pourrait ne pas suffire à convaincre les investisseurs.

Beaucoup d’analystes estiment que le groupe va revenir aux fondamentaux et ne recherchera pas d'acquisitions dans un avenir proche. Selon les informations de WanSquare obtenues dans l’entourage de Patrick Drahi, Altice devrait se concentrer sur son deleveraging en étudiant la cession d'actifs non essentiels. Il pourrait s’agir des antennes relais. Selon un banquier proche de la situation, les tours d'Altice en Europe pourraient valoir jusqu'à quatre milliards d'euros. Mais le groupe doit encore décider s'il vend ces équipements de relais télécoms pays par pays ou s'il les réunit dans une sociétés de tours qu'il introduirait en Bourse tout en conservant une participation majoritaire. Outre l’action, les obligations Altice ont beaucoup souffert. Ce qui s’est traduit par une hausse de leurs rendements. Quelque 1,3 milliard d'euros d'obligations ont été échangées pour l'instant depuis début novembre, soit plus du double du volume sur l'ensemble du mois d'octobre.

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