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Yves de Kerdrel
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Une odeur de remaniement tétanise la majorité
par Yves de Kerdrel
Le départ de Christophe Castaner pour La République En Marche pourrait entrainer un remaniement ministériel qui provoque des inquiétudes au sein du gouvernement. D’autant que les ministres ont fait l’objet mardi d’un sévère rappel à l’ordre.
Plusieurs participants au conseil des ministres de mardi dernier – tenu avec un jour d’avance en raison du déplacement du Chef de l’État aux Émirats Arabes Unis – nous ont relaté la manière dont Emmanuel Macron a vertement rappelé les membres du gouvernement à une obligation de discrétion. Un article paru dans le Parisien la veille faisait état, il est vrai d’une ambiance de plus en plus délétère parmi les ministres. Avec de nombreuses petites phrases désagréables sur Gérard Collomb surnommé « son altesse sénilisme », sur Brune Poirson, secrétaire d’état auprès de Nicolas Hulot ou sur Bruno Le Maire supposé mener une opposition larvée contre Emmanuel Macron et ses proches.
Tout cela n’est pas non plus le fait du hasard. D’une part beaucoup de visiteurs du soir du Président de la république lui expliquent depuis plusieurs semaines que le Ministre de l’Intérieur n’est pas à la hauteur de la situation. Et au sein de la Place Beauvau, de nombreux directeurs d’administration se montrent très critiques sur son action – ou plutôt son inaction – et sur sa faible disponibilité. A tel point que c’est son adjointe la Modem Jacqueline Gourault qui a défendu la loi terrorisme et sécurité votée par les députés il y a trois semaines. Si bien que la petite musique parisienne explique que Manuel Valls pourrait être appelé pour remplacer d’ici quelques mois Gérard Collomb de manière à combler l’angle mort du Chef de l’État. Curieusement Édouard Philippe a fait applaudir l’ancien Premier Ministre cette semaine par l’ensemble des députés.
BRUNO LE MAIRE JUGE MALADROIT
L’autre sujet sensible au sein du gouvernement, c’est Bruno Le Maire. Surtout depuis qu’il a demandé à l’inspection des finances de mener une enquête sur cette affaire d’état qu’est la fameuse « taxe sur les dividendes » qui oblige aujourd’hui Bercy à chercher 10 milliards d’euros supplémentaires. Ce rapport qui devait être remis vendredi ne le sera que demain, après que l’inspection des finances dirigée par Marie-Christine Lepetit (ancienne responsable de la législation fiscale) a demandé un délai supplémentaire. Personne n’est dupe, ce délai est destiné à lisser les conclusions de ce rapport contre lequel le Chef de l’État était formellement opposé, pour la simple raison qu’il était partie prenante, lors de l’été 2012, à la mise en place de cette taxe.
Officiellement la patronne de l’inspection des finances explique « avoir reçu des éléments complémentaires et saisi de nouvelles suggestions lors de ses derniers entretiens. » Ce qui explique son retard. Rappelons que début octobre, le Conseil constitutionnel a censuré cette taxe, introduite en 2012 sous la présidence de François Hollande. Une décision qui contraint l'État à rembourser 10 milliards d'euros, principalement aux grandes entreprises. Pour éviter que ce coût ne pèse trop sur les finances publiques et permettre à la France de tenir ses engagements européens, le gouvernement a mis en place dans l'urgence une surtaxe sur les 320 plus grandes entreprises françaises. Le texte divise l'Assemblée nationale et le Sénat: ce dernier, à majorité de droite, l'a rejeté vendredi. Le projet de loi sera examiné en nouvelle lecture à l'Assemblée dés demain, puis au Sénat mardi, avant une lecture définitive dans la semaine à l'Assemblée, qui a le dernier mot.
L’AGITATION DE GRIVEAUX
Le Chef de l’État a donc fermement rappelé à l’ordre ses ministres en leur demandant d’arrêter de se livrer aux petites phrases inutiles et aux dénigrements. Son intervention est aussi liée à la possibilité d’un remaniement ministériel qui pourrait intervenir autour d’ici une semaine après l’élection de Christophe Castaner au poste de Président du parti La République En Marche. Il peut très bien cumuler cette fonction avec son rôle actuel de ministre chargé des relations avec le parlement et de porte-parole. Mais Benjamin Griveaux, qui occupe à l’heure actuelle un strapontin à Bercy, aimerait bien devenir Porte-Parole, comme il l’a été pendant la campagne présidentielle.
Emmanuel Macron souhaite faire taire les rumeurs afin de garder le plus grand secret possible sur les futures nominations. Non pas forcément par goût du secret, même s’il communique le moins possible ses choix personnels ou ses états d’âme. Le Chef de l’État examine actuellement – c’est certain – un certain nombre de scénarios possibles afin de donner un second souffle à son action. Par ailleurs il a bien conscience, après les sondages publiés par le Journal du Dimanche et par le Figaro, que de nombreux ministres n’impriment pas. Dans ce contexte Jean Michel Blanquer, qui n’est pas en risque, commence à occuper un rôle-clé. C’est à cet effet qu’il a réuni à diner cette semaine l’ensemble des ministres issus de la société civile.
LE MAL A L’AISE DE HULOT
Enfin le dernier nuage de la semaine sur l’action gouvernementale a été l’aveu de Nicolas Hulot sur le fait qu’il était impossible de fermer la moitié des réacteurs nucléaires d’ici 2025, comme cela a été dit et redit pendant la campagne présidentielle. Le Ministre a donc repoussé à 2030, voire 2035 cet objectif. Ce qui n’est pas plus crédible. Car toutes les simulations faites par différents instituts de prospective montrent que la France va avoir besoin de plus d’électricité qu’aujourd’hui, notamment pour alimenter les voitures électriques en plein développement. Une énergie qui ne pourra être fournie par les éoliennes ou par le solaire.
Ajoutons à ce bref aperçu de la semaine le coup de communication très réussi du Général de Villiers avec la publication de son ouvrage « Servir » dans lequel il évite d’attaquer le Chef de l’État – à la différence des critiques qu’il porte sur Alexis Köhler qui est l’homme à l’origine de son départ. Emmanuel Macron n’a pas du tout apprécié la publication de cet ouvrage gardée secrète et dont les bonnes feuilles ont été confiées au Journal Le Monde, journal de plus en plus critique à l’égard du Président de la République. Mais il sait que cette démission du Chef d’État-Major des Armées reste une tâche indélébile sur son début de quinquennat. Et plutôt que d’essayer d’effacer cette erreur, il n’arrête pas de traiter l’ancien chef d’état major de « garçon de café ». Ce qui est pour le moins assez déplacé.
L’AVERTISSEMENT DE SARKOZY A WAUQUIEZ
A droite, les positions clivantes de Laurent Wauquiez sont de plus en plus critiquées par une majorité de personnalités des Républicains. C’est ce qui a amené Nicolas Sarkozy à sortir de son silence, vendredi à Nancy à l’occasion de la remise de la légion d’honneur à Valérie Debord. « Celui qui ne rassemble pas, qui pense qu'une famille politique c'est une secte, ne peut pas défendre ses convictions », a lâché l'ancien chef de l'État, qui demande depuis des mois à Laurent Wauquiez de rassembler le plus largement possible sa famille politique. Histoire d'être bien sûr de se faire comprendre, l'ex-président a aussi ajouté en parlant du parti des Républicains, traversé par des fractures depuis la défaite à la présidentielle : « La famille, ça ne marche pas à tous les coups, mais on a besoin de la famille pour vivre. » Un avertissement explicite.
Au chapitre économique, de plus en plus d’économistes font part de leurs inquiétudes sur le niveau élevé des marchés et de manière générale des actifs. Ce qui ralentit les opérations de croissance externe et l’ensemble du marché du private equity. Tous les investisseurs semblent attendre une correction qui tarde à venir. Certains pensent que si la réforme fiscale annoncée par Donald Trump ne parvient pas à voir le jour, les marchés pourraient mal le vivre. Après la nomination du nouveau patron de la Réserve Fédérale, c’est donc le principal challenge du Président américain.
LE DOSSIER CLE DE LA REFORME FISCALE AMERICAINE
Les sénateurs républicains ont présenté jeudi leur propre projet de réforme fiscale qui prévoit notamment de reporter d'un an, à 2019, la baisse de l'impôt sur les sociétés aux Etats-Unis. Avec l'approbation de Donald Trump, les républicains de la Chambre des représentants ont pour leur part proposé de baisser de 35% à 20% le taux de l'impôt sur les sociétés dès 2018 tout en ouvrant la porte à une mise en oeuvre progressive. Les divergences entre les deux chambres risquent de compliquer l'adoption de la réforme que l'administration Trump présente comme la plus ambitieuse depuis Ronald Reagan dans les années 1980 et que les républicains ont annoncée pour la fin de l'année.
Les baisses d'impôts promises par le président américain ont été l'un des principaux moteurs de la hausse de la Bourse de New York depuis son élection il y a un an. L'incertitude a inquiété les investisseurs, et Wall Street a fini en baisse jeudi soir. La proposition du Sénat prévoit aussi pour les petits entrepreneurs une déduction fiscale plutôt qu'un taux spécifique prôné par les républicains de la Chambre. Pour les ménages, les sénateurs maintiennent à sept le nombre de tranches de l'impôt sur le revenu des ménages, tout en abaissant de 39,6% à 38,5% le taux de la tranche supérieure, quand les représentants travaillent sur la suppression de trois des sept tranches actuelles et sur un maintien à 39,6% du taux d'imposition de la tranche supérieure.
UN ENJEU A 1500 MILLIARDS DE DOLLARS
Un autre désaccord majeur entre les républicains des deux chambres concerne le sort des déductions dans le revenu fiscal des impôts locaux et régionaux (SALT). Cette capacité à déduire les SALT de leur impôt fédéral est particulièrement appréciée par les habitants des États à forte imposition locale ou régionale, comme la Californie, l'État de New York, le New Jersey, le Connecticut et le Massachusetts. Le plan sénatorial propose de supprimer entièrement ces déductions. La Chambre des représentants supprimerait les déductions pour les impôts locaux et régionaux sur les revenus et sur les ventes, mais les maintiendrait pour les impôts fonciers en les plafonnant à 10.000 dollars. Le plan des représentants, adopté jeudi par la commission des Voies et des Moyens, chargée des questions fiscales, sera soumis à un vote en séance plénière la semaine prochaine.
L'opposition démocrate, qui a été tenue à l'écart du processus d'élaboration de ces deux projets concurrents, dénonce dans les deux cas une réforme pour les grandes entreprises et pour les plus riches. Les deux projets creuseraient le déficit fédéral et la dette nationale de 1.500 milliards de dollars sur dix ans. Dans le cas du Sénat, cette projection est le maximum possible si les républicains veulent éviter des manoeuvres d'obstruction parlementaire des démocrates et pouvoir de ce fait adopter le texte à la majorité simple.
FORTE DEFIANCE SUR LE GROUPE DRAHI
En matière de business, c’est la chute d’un tiers de la capitalisation du groupe Altice qui a été le sujet principal de la semaine. Cela a amené Patrick Drahi à reprendre les rênes de son groupe de télécoms, de câble et de médias en remerciant son directeur général Michel Combes et en plaçant des fidèles aux postes-clefs, sans parvenir pour l'instant à stopper la défiance des marchés. Le fondateur et actionnaire de contrôle d'Altice, qui n'occupait plus de rôle de premier plan dans l'organigramme de sa holding, prend la présidence du conseil avec l'objectif de superviser la stratégie et son exécution, en particulier en France où se concentrent les difficultés. Michel Combes est par ailleurs remplacé par le bras droit de Patrick Drahi, Dexter Goei, qui dirigeait jusque-là les activités d'Altice aux Etats-Unis tandis que d'autres fidèles comme Armando Pereira et Jérémie Bonnin sont désignés à des postes-clefs. Le nouvel organigramme, censé clarifier la répartition des rôles au sein du groupe, suscite cependant des interrogations.
Pour un connaisseur du groupe, la réaction du titre vendredi montre que la défiance des marchés s'étend au-delà du cas particulier de Michel Combes. Les difficultés d'Altice en Europe ont ravivé les interrogations sur une stratégie basée sur des acquisitions à marche forcée financée par de la dette et les réductions de coûts à coups de serpe dans un contexte de remontée inéluctable des taux d'intérêt. La chute du titre en Bourse a fait remonter le ratio du groupe de dette nette/equity, de 2,2 à la fin du premier semestre à 4,2 selon les calculs de Bryan Garnier, ce qui pourrait durcir les conditions de financement du M&A et de refinancement de la dette. Altice, dont 85% de la dette est à taux fixe, n'a toutefois pas d'échéance majeure avant 2022. Il a jusqu'ici, avec une grande facilité, refinancé pour 36 milliards d'euros de dette sur les 18 mois derniers mois, profitant de l'appétence pour les hauts rendements dans un contexte de taux bas.
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