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Yves de Kerdrel
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Montebourg est entré en cohabitation avec Hollande
par Yves de Kerdrel
Le Ministre de l’économie qui n’entend pas sortir du gouvernement, fait de plus en plus entendre sa petite musique, très différente des options économiques défendues par le Chef de l’État. Cette cohabitation interne au gouvernement va faciliter le jeu des frondeurs à l’occasion de la discussion du budget et compliquer encore davantage l’action du couple exécutif.
C’est à travers une longue interview au quotidien Le Monde que François Hollande a choisi de faire sa rentrée politique, un mois avant sa conférence de presse prévue pour le 18 septembre. A cette occasion il a réitéré les choix économiques assumés depuis janvier dernier en faveur des entreprises et il a exigé d’elles plus d’efficacité en faveur de l’emploi. Mais François Hollande est également revenu sur un sujet qui lui tient très à cœur et qui pourrait brouiller les cartes politiques au cours des deux ans qui viennent : l’instauration d’une part de proportionnelle à l’occasion des législatives.
Le président de la République a donc réaffirmé en milieu de semaine sa volonté de mettre en place cette réforme, tout en nuançant sa promesse de campagne. Plus question de changer coûte que coûte les institutions, François Hollande pose ses conditions avant d'envisager de mettre en place cette réforme. Il faut bien sûr qu’une majorité se dessine sur cette proposition et qu’il y ait en même temps une réduction du nombre de députés. Début juillet, François Hollande confiait à son cabinet qu'il souhaitait mettre le sujet à l'agenda 2016.
MONTEBOURG ENTRE EN COHABITATION
Pour faire passer la future réforme, la recherche d'un consensus indique une préférence pour la voie parlementaire. La possibilité d'un référendum, évoquée pendant l'entre-deux-tours de la présidentielle, semble pour le moment écartée. Outre les socialistes, le président devrait pouvoir rallier les petites formations politiques. MoDem, UDI, écologistes et Front de Gauche pourraient voir grâce à cette réforme le nombre de leurs représentants à l'Assemblée augmenter. Mais le grand gagnant serait le Front national, souvent confronté à la barrière des 50%. Le parti d'extrême droite plaide de son côté pour la proportionnelle intégrale.
Mais pour l’heure ce sont les grands choix de politique économique et l’absence de résultat qui préoccupent une grande majorité des élus socialistes. Hier, Arnaud Montebourg a frappé fort à l’occasion d’une interview au journal Le Monde, à la veille de sa fameuse fête de la rose dont l’invité d’honneur est cette année, Benoit Hamon. Il a mis en garde le couple exécutif contre la récession qui menace l'Europe. Et d’en conclure : « il faut donner la priorité à la sortie de crise et faire passer au second plan la réduction dogmatique des déficits, qui nous conduit à l'austérité et au chômage ».
Benoit Hamon a lui aussi demandé un changement de politique. Au moment même où le Journal du Dimanche publiait un sondage catastrophique pour le couple exécutif. Avec 17% de satisfaction auprès des Français, le chef de l’Etat bat son propre record d’impopularité et dépasse pour la cinquième fois consécutive les 80% de mécontents. Mais le fait préoccupant, c’est le spectaculaire recul de Manuel Valls. Il perd neuf points, sa plus forte baisse depuis sa nomination à Matignon, et séduit seulement 36% des sondés. Le Premier ministre chute de quinze points en deux mois. 20 en trois mois.
ETATS D’AME CHEZ LES ECOLOGISTES
Pour le ministre de l'économie, les problèmes politiques au niveau européen sont de deux ordres : budgétaire et monétaire. « La BCE doit changer de braquet et se mettre à faire ce que font toutes les banques centrales du monde, notamment des pays qui ont sur faire repartir la croissance, à savoir racheter de la dette publique ». Arnaud Montebourg continue d'espérer pouvoir peser de l'intérieur et estime que le débat progresse, dans la majorité et au gouvernement. Il assure ne pas se situer dans l'hypothèse d'une démission. Mais en privé, le ministre répète à tout son entourage qu’il est entré en cohabitation avec François Hollande. D’autant plus qu’il mène une guerre en sourdine contre le Président de la République afin d’obtenir des primaires au sein du PS pour 2017.
Le Chef de l’État a aussi fort à faire avec Cécile Duflot. Dans un livre publié ces jours-ci, l’ex-ministre relate une expérience déçue de deux ans au gouvernement. Elle y étrille aussi durement François Hollande, «le président de personne» qui «passe son temps à fixer des objectifs qu'il ne peut pas tenir», que Manuel Valls, cause officielle de son départ du gouvernement en avril. Europe Écologie-Les Verts, qui a ouvert jeudi à Bordeaux son université d'été a donc été l’objet d’un duel entre elle et son ex-compagnon, le président du groupe écologiste au Sénat, Jean-Vincent Placé. Derrière ce duel deux lignes divisent Europe Écologie-Les Verts. Sur la politique menée par François Hollande. Et sur la stratégie en vue de la présidentielle de 2017.
JUPPE SE RAPPELLE AUX FRANCAIS
A droite, l’événement de la semaine a été l’officialisation dans la course à l'Élysée d’Alain Juppé. Curieusement celui qui se définit comme le sage de l’UMP a choisi de rédiger une note sur son blog, mercredi 20 août, et de filer prendre l'avion pour quelques jours de vacances à New York et Montréal. Comme s’il voulait prendre de vitesse une autre personnalité de la Droite. Et tout cela sans prévenir aucun des deux autres membres du triumvirat qui préside l’UMP. La principale conséquence de cette annonce a été de priver d’oxygène François Fillon, qui était déjà abasourdi depuis les déclarations de Nicolas Sarkozy au début du mois d’août.
Dans un entretien à paraître dans le numéro de septembre de La Revue civique, mais qui a été réalisé en juin, Alain Juppé analyse le malaise français, dont la montée du Front National est à ses yeux le principal symptôme politique. Le Maire de Bordeaux n'a visiblement pas minimisé la difficulté de la tâche qui l'attend, si le parti choisit de l'investir. Selon lui, il y a une crispation de l'opinion publique qui s'explique en grande partie par le fait que les Français ont le sentiment d'une impuissance des responsables politiques.
LES PROJETS DE FILLON
Comme prévu, François Fillon fera sa rentrée politique dans la Sarthe, mercredi 27 août, en présence de parlementaires, élus locaux, cadres et acteurs de Force Républicaine, le club de réflexion politique qui doit lui permettre de bâtir un projet pour la présidentielle de 2017. François Fillon, qui prône régulièrement une rupture libérale pour la France, en vantant les réussites du modèle thatchérien, laisse entendre que l'arrivée d'un nouveau rival dans la course à l'Élysée ne l'inquiète pas. Selon son entourage, non seulement il se félicite de la présence de plusieurs prétendants, mais il estime aussi qu'une telle diversité de candidatures offre la garantie d'une confrontation de qualité sur le fond et l'avenir de la France. Une France dont il n'envisage pas le redressement» sans une rénovation du pacte républicain. François Fillon devrait donc dévoiler un nouveau volet de la rupture qu'il souhaite proposer aux Français.
Cette journée organisée à l'abbaye de Champagne, à Rouez-en-Champagne, sera ouverte par un discours de François Fillon. Un quart d'heure plus tard, l'animation de la première table ronde, consacrée à l'immigration, sera confiée à Éric Ciotti, député des Alpes-Maritimes, avant une intervention d'Hervé Mariton, candidat à la présidence de l'UMP. Dans la foulée, Valérie Pécresse, députée des Yvelines et présidente du groupe UMP au conseil régional d'Île-de-France, pilotera une table ronde sur la question de l’emploi. Autre candidat à la présidence de l'UMP, Bruno Le Maire interviendra à son tour, avant un troisième échange sur le thème des institutions, animé par Gérard Larcher.
MARIO DRAGHI SE DEVOILE
Sur le plan macro-économique, Mario Draghi, le président de la Banque centrale européenne, s'est livré, vendredi 22 août, lors des rencontres de Jackson Hole, à un exercice d'analyse des causes du fort taux de chômage sévissant en Europe. Il a développé une thèse selon laquelle le taux de chômage élevé en zone euro n'est pas seulement lié aux séquelles conjoncturelles de la crise. Pour résoudre ces problèmes, la seule action de la BCE ne suffira pas, a-t-il insisté. En somme, c'est aussi aux états d'agir, comme il l'avait déjà souligné, lors de la réunion de la BCE du 7 août. Mario Draghi estime donc que les gouvernements devraient profiter de la souplesse qu'offrent les règles budgétaires pour soutenir la demande trop faible, et réfléchir à un programme d'investissement public européen.
Ces propos ne devraient pas déplaire à Paris et à Rome. La France et l'Italie appellent depuis des semaines leurs partenaires européens à plus de mesures en faveur de la croissance. En revanche, Mario Draghi a estimé que les États devraient aussi trouver une façon de réduire les impôts, sans pour autant creuser le déficit public, afin de favoriser l'activité. Côté réformes, le banquier central a suggéré de prendre toutes les mesures permettant aux chômeurs de trouver rapidement un emploi et d'augmenter la qualification de la population active.
VIVENDI TOUJOURS EN VEDETTE
Avant Mario Draghi, c'est Janet Yellen qui s'était exprimée. La présidente de la Réserve fédérale américaine n'a pas profité de ce symposium pour dévoiler de nouveaux détails sur sa politique monétaire à venir. Mais, dans son discours, elle a rappelé comment bien évaluer l'état de l'économie. A savoir qu'il convient de regarder d'autres indicateurs que le seul taux de chômage pour prendre le pouls de la population active. Avec un taux de demandeurs d'emploi de 6,2 % seulement, les États-Unis devraient connaître des pressions salariales à la hausse, susceptibles d'alimenter l'inflation. Mais ce n'est pas le cas. Nombre de chômeurs, découragés, sont en effet sortis des statistiques, tandis que le nombre de postes à temps partiel et d'emplois précaires a, lui, sensiblement augmenté, a expliqué Mme Yellen lors de son discours. Preuve du pragmatisme de Mme Yellen, qui a toutefois pris soin de ne donner aucune véritable indication sur le rythme à venir de la baisse des taux. Elle a tout de même confirmé que la Fed cesserait ses achats d'actifs sur les marchés dès le mois d'octobre.
C’est cette semaine que Vincent Bolloré va réunir le conseil de surveillance de Vivendi, notamment pour étudier l’évolution du dossier GVT. Selon une source proche du dossier, l'opérateur télécoms espagnol Telefonica devrait proposer à Vivendi un accord de partage de contenus pour la télévision afin d’améliorer son offre sur GVT. Le montant total de la transaction pourrait ainsi atteindre 7 milliards d'euros. Au début du mois, l'opérateur espagnol Telefonica a soumis au conglomérat français Vivendi une offre de 6,7 milliards d'euros pour GVT. Mais, de son côté, Telecom Italia préparerait une offre susceptible d'atteindre sept milliards d'euros.
VERS UNE RECONDUCTION DE PROGLIO
L'activité audiovisuelle est stratégique aussi bien pour Vivendi, propriétaire de Canal+, que pour Telefonica, qui a enregistré une hausse du nombre d'abonnés à ses services de télévision payante en Espagne, où l'opérateur télécoms a par ailleurs lancé une offre pour prendre le contrôle de Digital+, son concurrent sur ce segment d'activité. La présence de Telefonica dans la télévision payante (par rapport à Telecom Italia) augmente l'attrait d'un possible accord sur les contenus.
De sources proches de Manuel Valls il est aujourd’hui acquis qu’Henri Proglio sera bel et bien reconduit à la présidence d’EDF, même si ce pourrait être pour un mandat plus limité compte tenu des contraintes égales liées à l’âge maximal des mandataires sociaux du groupe. D’abord parce que la gestion de l’électricien n’a jamais été aussi efficace et florissante. Ensuite parce que le gouvernement n’a pas envie de se créer des problèmes, là où il peut se les éviter facilement. D’autant qu’Henri Proglio est soutenu par la CGT.
En revanche la rentrée pourrait être pus difficile pour son successeur chez Veolia, dont les résultats semestriels sont attendus avec impatience par les investisseurs. Le géant des services aux collectivités a récemment acté son retrait d'Israël, en cédant pour 250 millions d'euros ses activités locales au fonds américain Oaktree Capital Management. Il a aussi vendu pour 240 millions d’euros sa participation de 65% dans Marius Pedersen Group, qui assure la gestion et le traitement de déchets solides au Danemark, en République Tchèque et en Slovaquie. Pour autant, l’action a connu ces derniers mois un parcours décevant. Une évolution qui fait du titre un bon candidat à un prochain départ du CAC 40. Veolia est une des cinq plus petites capitalisations de l'indice parisien. L’action pourrait être remplacée par Peugeot.
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Éditorial / Yves de Kerdrel
Éditorial / Hollande a démonétisé sa parole au moment où il en a le plus besoin
17/08/2014 - 00:00

