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Yves de Kerdrel
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Hollande forcé d’assumer le tournant libéral de Valls
par Yves de Kerdrel
Le Chef de l’État s’est fait violence. Lui qui aime la synthèse et déteste plus que tout prendre des décisions hâtives, s’est vu contraint par Manuel Valls d’assumer un tournant beaucoup plus libéral que prévu. Le plus important dans ce qui s’est passé cette semaine, n’est pas tant le renvoi de ministres frondeurs que le discours de Manuel Valls devant le Medef, le détricotage de la loi Duflot et la nomination très visible d’Emmanuel Macron au poste de Ministre de l’Économie et de ministre de l’industrie.
Il y a une semaine, rien de tout ce qui s’est passé cette semaine, notamment lundi dernier n’était prévisible. L’interview d’Arnaud Montebourg dans le Monde faisait certes entendre une musique différente. Mais l’intéressé avait fait en sorte qu’il n’y ait pas un mot de trop. Ce qui a fait déraper les évènements, c’est le déroulé de la fête de la rose à Frangy-en-Bresse, où Benoit Hamon et son hôte ont quasiment défié le Chef de l’État en brandissant devant toutes les caméras de télévision une bouteille de la Cuvée du redressement. Tard dans la soirée de dimanche, constatant l’effet dévastateur de ces images tournant en boucle sur les chaines d’information en continu, le couple exécutif a décidé de se donner rendez-vous le lundi à 8 heures pour changer le gouvernement. C’est donc Manuel Valls et lui seul qui a pris les commandes pendant que le Chef de l’État passait ses journées à commémorer la libération de la France.
Moins d’une semaine plus tard, si le gouvernement a été profondément remanié, les Français n'accordent toujours pas leur confiance à François Hollande ni à son premier ministre. Selon OpinionWay, 75% des Français ne font pas confiance au nouveau gouvernement formé par Manuel Valls pour relancer l'économie. Cette situation tourne même au calvaire politique pour l'exécutif, qui voit fondre ses soutiens dans l'opinion. Ainsi, ceux qui ont voté Hollande en 2012 ne sont plus que 52% à lui faire encore confiance. Cette faiblesse dans son propre camp est sans doute le symptôme politique le plus dangereux pour Hollande et Valls. Le socle électoral du président de la République se dérobe un peu plus chaque jour sous ses pas. Et si on y ajoute la gauche de la gauche, où les sympathisants de Jean-Luc Mélenchon ne sont que 19% à lui faire confiance, on sent toute de suite que les mois qui viennent vont être difficiles pour le nouveau gouvernement Valls.
VALLS SOUS HAUTE TENSION A LA ROCHELLE
D’autant que les états d’âme n’ont pas complètement disparu auprès des soutiens officiels du Chef de l’État et même des ministres. Il suffit de parler avec plusieurs ministres présents à La Rochelle lors de l'université d'été du PS pour mesurer à quel point la nomination d’Emmanuel Macron au ministère de l'économie et le discours prononcé par Manuel Valls, mercredi 27 août, devant le Medef, ont été diversement appréciés. Si bien que beaucoup espèrent que Manuel Valls enverra des signaux sociaux à l’occasion de son discours de clôture aujourd’hui à La Rochelle.
Face aux frondeurs, les soutiens de François Hollande et de Manuel Valls s'organisent. Jeudi, 200 députés socialistes, sur 290, ont signé une tribune de soutien au chef de l'État dans laquelle ils demandent aux frondeurs de se montrer pleinement responsables de l'intérêt général de la gauche et du pays. À La Rochelle, les deux camps ont organisé des réunions de troupes qui sont autant de démonstration de force. C'est donc sous très haute tension que se déroulera l'intervention finale du premier ministre, devant une salle qu'il avait certes déjà conquise par le passé mais qui, cette année, pourrait se retourner contre lui avec huées et sifflets.
A droite, la leçon de tout ce qui s’est passé se résume bien souvent au mot de « dissolution » au cas où Manuel Valls n’obtiendrait pas la confiance. De fait, le spectre de la cohabitation hante la droite, mais comment se défausser si des législatives anticipées lui donnent une majorité à l'Assemblée ? Valérie Pécresse a été jusqu’à souhaiter que tous ceux qui se présenteront à la présidence de l'UMP prennent l'engagement de ne jamais accepter un gouvernement de cohabitation.
FILLON DANS UN CORNER
A l’UMP les manœuvres se poursuivent en attendant la probable déclaration de candidature de Nicolas Sarkozy. L'annonce devrait avoir lieu vers la mi-septembre, lors d'une opération médiatique savamment orchestrée. Un entretien ou une tribune dans un journal sont envisagés, ainsi qu'une déclaration à la télévision. Une certitude : l'annonce du retour n'interviendra pas lors d'une des réunions de rentrée de l'UMP, au Touquet, à La Baule et à Nice. Favori des adhérents du parti, qui sont appelés à voter, l'ancien président est quasiment assuré de l'emporter. Il entend faire de la prise de l'UMP un tremplin vers l'Élysée. François Fillon qui se trouve aujourd’hui marginalisé par la déclaration de candidature d’Alain Juppé aux primaires et par l’éventuel retour de son ennemi intime, Nicolas Sarkozy, est sorti de son silence la semaine passée. Il a donc poussé la candidature de Bruno Le Maire, l'un des deux candidats déclarés à la présidence de l'UMP avec Hervé Mariton.
Sur le plan macro-économique la grande divergence entre les deux rives de l’Atlantique n’a jamais été aussi grande. Sur le Vieux Continent, tout incite au pessimisme. L'inflation est tombée à 0,3 % sur un an au mois d'août, selon les chiffres publiés vendredi 29 août par Eurostat. Pire, les grandes économies de la zone euro ont affiché des chiffres de croissance décevants au deuxième trimestre. De l'autre côté de l'Atlantique, la vigueur de la reprise ne fait plus aucun doute. Jeudi 28 août, l'évolution du produit intérieur brut au deuxième trimestre a été révisée à la hausse par le département du commerce. Entre avril et juin, la croissance a été de 4,2 % en rythme annualisé, contre 4 % estimés auparavant. L'inflation rejoint la cible de 2 % et le taux de chômage est tombé à 6,2 %, même si le taux de participation au marché du travail peine à se redresser.
LE RISQUE UKRAINIEN N’EFFRAIE PAS ENCORE
Résultat : la pression sur Janet Yellen, la présidente de la Réserve fédérale américaine (Fed), augmente un peu plus chaque semaine. Au sein de l'institution, les « faucons » redoutent de voir les tensions inflationnistes ressurgir si la Fed, qui a déjà commencé à réduire ses mesures de soutien à l'économie, ne relève pas ses taux directeurs assez tôt. Les inquiétudes sont différentes du côté de la BCE, où le débat est plutôt : faut-il en faire plus contre le risque déflationniste ? Lors du sommet de Jackson Hole Mario Draghi, le président de la BCE, a pour la première fois indiqué que les anticipations d'inflation à moyen terme commencent à décrocher. Cela signifie que désormais, même les marchés financiers parient que, dans dix ans, l'inflation sera encore inférieure à la cible de 2 % de la banque centrale.
En cette rentrée, le risque géopolitique lié au conflit ukrainien s'accroît sur les différentes places boursières. Il pourrait certes prendre le pas sur tout le reste, et notamment sur l'analyse des grands indicateurs macroéconomiques. Pourtant en Europe les principaux indices ont terminé la semaine écoulée sur des hausses de + 1,40 % à Francfort, de + 2,18 % à Madrid et de 0,62 % à Londres. Et ceci en dépit de l'incertitude sur les futurs choix de la politique monétaire de Mario Draghi, l'influent patron de la Banque centrale européenne (BCE), pour stimuler la croissance de la zone euro.
BELLE OPERATION POUR VIVENDI
Sur le marché des changes L’euro a perdu encore un peu de terrain cette semaine terminant vendredi à 1,3135 face au dollar. À ce cours, la devise européenne affiche un recul de 4 % à son niveau de la mi-avril, ce qui est un mouvement significatif pour le marché des devises. La monnaie européenne évolue à proximité de ses plus bas depuis septembre 2013. L’euro est notamment fragilisé par l’accentuation du risque géopolitique en Ukraine. Même si aucune panique n’est intervenue ces derniers jours à la suite des informations qui semblent confirmer une intervention directe des forces russes sur le terrain, les détenteurs de capitaux prennent leurs distances par rapport à la monnaie unique et se reportent notamment sur le dollar.
Sur le plan des affaires, le groupe français Vivendi a annoncé jeudi 28 août avoir choisi d'entrer en négociations exclusives avec Telefonica pour lui céder sa pépite sud-américaine GVT, jugeant le prix proposé par l'opérateur espagnol attractif. Si les négociations devaient aboutir avec Telefonica, elles permettraient à Vivendi de dégager une plus-value supérieure à 3 milliards d'euros. En cédant GVT, Vivendi se délesterait de son dernier actif dans les télécoms après avoir vendu successivement Maroc Telecom puis SFR dans le cadre de sa stratégie de recentrage dans les médias et les contenus. Vivendi confirme ce recentrage en expliquant vouloir se développer via la croissance organique mais sans exclure des prises de participations minoritaires pour distribuer ses contenus.
UNE OPERATION A VENIR SUR CRITEO ?
Le titre de la société française Criteo qui s’était introduite sur le Nasdaq en 2013 gagnait plus de 15 % vendredi, alors que plusieurs sources évoquent un rachat par le géant Publicis. Le prix pourrait atteindre 2 milliards de dollars. Le quotidien Les Échos affirment que des négociations auraient bien démarré il y a déjà trois mois, et pourraient se conclure dans les jours qui viennent. Les parties ont décliné tout commentaire. Le quotidien économique estime que Publicis, ayant renoncé à fusionner avec Omnicom, pourrait aisément payer un prix d’un peu plus de 2 milliards de dollars pour acquérir les compétences de Criteo dans le domaine de l’Internet.
Fondée en 2005 par trois ingénieurs, Criteo propose aux annonceurs une technologie permettant d’afficher des publicités en fonction des intentions d’achat des internautes, qu’il extrapole grâce à l’historique de leur navigation sur Internet. La précision des suggestions, dont les marques raffolent, lui permet de vendre des publicités plus cher que ses concurrents. Les États-Unis constituent le premier marché de l’entreprise, dont le chiffre d’affaires a bondi de plus de 63 % en 2013, à 444 millions de dollars, tout en dégageant un léger bénéfice. Introduit en fanfare sur le Nasdaq en octobre 2013, sur la base d’un prix de souscription de 31 dollars, l’action Criteo avait d’abord connu une ascension fulgurante, pour atteindre en mars dernier un pic à près de 59 dollars. Toutefois, le cours s’est replié depuis, tombant même sous le prix d’introduction.
LA BANQUE VERTE PREPARE SA MUE
Enfin beaucoup d’analystes financiers et d’investisseurs font le pari que la nomination d’Emmanuel Macron au Ministère de l’Économie, va entrainer un certain nombre d’opérations au sein des participations publiques détenues notamment par l’APE ou la Caisse des Dépôts. L’intéressé avait obtenu de l’exécutif, il y a un an, la mise en vente de 10 % d’Aéroports de Paris. Et de nombreuses opérations sont en suspens, notamment dans le domaine de la Défense, afin de financer les opérations exceptionnelles de l’armée française sur les théâtres extérieurs d’opération.
De la même manière beaucoup attendent pour les semaines qui viennent un texte législatif permettant au Crédit Agricole de simplifier ses structures de décision. Il faut en effet une loi pour cela ou un amendement, voire un simple cavalier, à une loi portée par Michel Sapin. Les prémisses de cette opération seraient actuellement sur le bureau du Gouverneur de la Banque de France. De manière à ce que tout soit voté et mis en place avant la fin de l’année.
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