éditorial / Yves de Kerdrel
éditorial
Yves de Kerdrel
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Coup de froid pour l’exécutif
par Yves de Kerdrel
La problématique du pouvoir d’achat s’est installée durablement dans l’opinion après que les retraités aient subit les premiers effets de la hausse de la CSG et alors que les statistiques macro-économiques n’ont jamais été aussi favorables pour le Pays.
C’est un moment compliqué pour Emmanuel Macron et pour l’ensemble du gouvernement. Un moment dû principalement à un effet d’optique. Toutes les statistiques économiques sont positives et même bien meilleures que prévu. Qu’il s’agisse de la croissance, de la réduction du déficit budgétaire (même si l’on attend encore les chiffres de la Sécurité sociale), de l’emploi avec un pourcentage de la population active au chômage de 8,9 % de la population active en France (hors Mayotte) au quatrième trimestre 2017. Soit son plus bas niveau depuis... 2009 ! Il a reculé de 0,7 point par rapport au trimestre précédent et de 1,1 point sur un an. Et un niveau de confiance des ménages qui se redresse de manière régulière.
Le problème, c’est que tout cela concerne des statistiques macro-économiques, qui font les premiers titres des journaux papier, radios ou de 20 heures à la télévision. Mais comme me l’a appris un vieux professeur d’économie, qui s’appelait Raymond Barre, personne n’a jamais croisé dans la rue un taux de croissance. Et cette notion est d’autant plus abstraite et biaisée dans notre pays que si le Produit intérieur brut progresse nettement, cela fait maintenant cinq ans que le PIB par habitant recule. Ce qui crée ce sentiment de frustration chez bon nombre de français. Et c’est ce qui amène un bon nombre d’entre eux à se considérer comme les perdants de la mondialisation et des réformes entreprises par le gouvernement.
LE POIDS DES AFFAIRES
A cela s’ajoute bien évidemment le poids médiatique des affaires dans l’opinion. Il y a l’affaire Hulot qui prive le numéro deux du gouvernement de toute capacité à s’exprimer sur des sujets liés à la transition écologique, faute d’être automatiquement interrogé sur son passé. Il y a l’affaire Darmanin qui est d’une autre nature. C’est celle que nous laissions envisager dans ces colonnes dimanche dernier. Car la seconde plainte - la première ayant été classée sans suite - concerne des faits récents (2015 et 2016). La plainte est prise au sérieux par la police judiciaire et le parquet, puisqu’une enquête préliminaire a déjà été diligentée. A cela s’ajoute un communiqué très embarrassé de Matignon qui ne parle plus de « confiance » maintenue au Ministre et qui invite à respecter les droits de la plaignante comme la présomption d’innocence.
Il est certain que cette « république du soupçon » qui s’installe subrepticement, comme l’a qualifiée le Chef de l’État cette semaine en recevant les journalistes de la presse présidentielle est insupportable. Et le dépôt d’une plainte ne vaut évidemment pas culpabilité. Mais comme pour Nicolas Hulot, le ministre du budget n’a plus la même capacité à agir et à s’exprimer aujourd’hui. Ce qui pose un problème institutionnel. C’est ce qui avait poussé les trois ministres Modem à démissionner en juin dernier alors que prospérait l’affaire des assistants parlementaires fictifs au parlement européen et que François Bayrou devait porter un texte sur la moralisation de la vie politique.
TRES MAUVAIS SONDAGE
Sur ce sujet, à part Laurent Wauquiez, l’opposition s’est montrée très digne et responsable en n’accablant aucun des deux ministres dont le nom a été jeté en pâture. Même Christian Jacob, le patron du groupe parlementaire Les Républicains a affiché sa solidarité avec Gérald Darmanin. Il nous faut ici, malheureusement avertir que d’autres plaintes pourraient bientôt prospérer. Et dans ce cas cela commencerait à poser un problème à l’ensemble du gouvernement. Même s’il n’est pas question de changer la jurisprudence Balladur qui fait que l’on ne démissionne qu’après une mise en examen.
Forcément tout cela pèse sur l’opinion et les sondages. Après plusieurs mois de stabilité pour sa popularité, Emmanuel Macron enregistre une baisse en février. La popularité du Chef de l’État baisse pour la première fois depuis six mois, avec une chute de 5 points en février, et celle d'Édouard Philippe est en léger recul (-1), selon un sondage Ipsos diffusé mercredi. Il retrouve, de fait, son niveau d'octobre. Avec 35% des Français interrogés qui portent un jugement favorable sur son action, le chef de l'État retrouve sensiblement le niveau qui était le sien en octobre (34%). Plus de la moitié des Français (55%, +6) se disent désormais défavorables à son action. La popularité d'Emmanuel Macron est désormais inférieure à celle de son prédécesseur, François Hollande (36%), au même moment de son mandat, dans ce baromètre. Il perd notamment du crédit auprès des sympathisants des Républicains (-13) et du PS (-9), selon cette enquête pour l'hebdomadaire Le Point.
LA QUESTION DES TERRITOIRES
Le Premier ministre, qui ne s’est pas exprimé depuis quelque temps, perd pour sa part 1 point à 34% en un mois et flirte également avec son niveau d'octobre (33%). Une courte majorité (51%, +2) juge défavorablement son action. Édouard Philippe perd quant à lui auprès des proches du PS (-8), mais gagne auprès de ceux de LR (+4). Le ministre de la Transition écologique et solidaire, Nicolas Hulot, renforce par ailleurs sa position en tête des personnalités sur lesquelles les Français portent un jugement favorable (40%, +1), en dépit de la polémique alimentée par sa mise en cause par le magazine Ebdo pour des violences sexuelles. Malgré tout, près de la moitié des personnes interrogées (48%, +1) jugent négativement son action.
Le principal problème du Chef de l’État, à la fois dans sa problématique sur le pouvoir d’achat, mais aussi dans sa communication globale reste sa manière de parler aux territoires et à ceux qui y vivent. C’est qui explique, selon nos informations, que alors que plusieurs manifestations agricoles ont eu lieu cette semaine, et sont annoncées dans les prochains jours, Emmanuel Macron recevra jeudi à l'Élysée environ 1.000 jeunes agriculteurs, deux jours avant la journée qu'il passera au Salon de l'Agriculture samedi. Comme pour la soirée avec un millier de maires en novembre, les préfets ont été priés par la présidence de choisir chacun une dizaine d'agriculteurs de moins de 35 ans et installés l'an dernier pour les inviter à cette réception de la nouvelle génération agricole.
REBOND BOURSIER INATTENDU
Ce sera l'occasion pour le chef de l'État de tenter de se concilier un monde agricole inquiet. Cette semaine ont eu lieu plusieurs manifestations d'exploitants qui craignent d'être exclus des zones défavorisées donnant droit à des aides européennes, dont la carte va être revue. La nouvelle carte, qui doit entrer en vigueur au 1er janvier 2019, devait être dévoilée ce jeudi par le ministère de l'Agriculture, mais celui-ci a annoncé mercredi que le ministre Stéphane Travert allait d'abord la présenter au président de la République et qu'elle ne serait pas publiée avant d'avoir été validée par la Commission européenne. L'Union européenne a demandé à la France de revoir la carte actuelle de ces zones, qui détermine notamment le versement de la principale aide structurelle européenne - hors montagne - à laquelle est consacré chaque année un peu plus d'un milliard d'euros.
Au chapitre économique, après les deux semaines de fortes secousses sur les marchés, les dernières séances ont permis d’observer non seulement un retour au calme, mais aussi un certain rebond. Les américains toujours friands de statistiques expliquent que la hausse des taux s’accompagne dans huit cas sur neuf d’une hausse des marchés actions. En fait tout dépendrait de la brutalité et de la rapidité de la hausse des taux. Chacun a pu observer l’an passé, que malgré les trois hausses de taux décrétées par la Fed, le marché américain a pu s’apprécier de plus de 20 %. Il reste qu’aux yeux de nombre d’investisseurs, les marchés sont actuellement trop chers et les entreprises sont trop bien valorisées.
LE RETOUR DES GOLDEN SHARES
Malgré cela, le gouvernement redoute des opérations hostiles à l’égard des entreprises françaises. C’est ce qui a amené Édouard Philippe à présenter vendredi de nouvelles mesures pour protéger les entreprises jugées stratégiques. Accompagné du ministre de l'Économie Bruno Le Maire, qui prépare pour mi-avril une loi Pacte pour la croissance et les entreprises, le Premier ministre a fait ces annonces sur le site d'une usine du géant des cosmétiques L'Oréal dans l’Oise. Convaincre les investisseurs de Choose France et en même temps protéger le capital des entreprises tricolores que l'État stratège ne veut pas voir passer sous pavillon étranger, sur fond de mobilisation européenne: c'est ce nouvel équilibre macroniste que porte le chef du gouvernement.
Aux secteurs déjà protégés par un décret de 2005 (défense, armement...), Arnaud Montebourg avait ajouté l'eau, la santé, l'énergie, les transports et les télécommunications, juste après l'annonce du rachat de la branche énergie d'Alstom par l'américain General Electric en 2014. Édouard Philippe a annoncé son intention de l'étendre à nouveau : au stockage de données numériques et à l'intelligence artificielle, comme déjà annoncé par Bruno Le Maire, mais aussi les nanotechnologies (semi-conducteurs...), le spatial et les infrastructures financières.
L'exécutif entend aussi compléter l'arsenal de sanctions prévu par le dispositif Montebourg; deux mesures existent déjà: l'annulation de l'opération, l'arme atomique du dispositif, et le versement d'une pénalité égale à une ou deux fois le montant de l'opération. S'y ajouteraient des sanctions financières plus variables, liées par exemple à la taille de l'acquéreur, ainsi qu'un dispositif permettant de suspendre les droits de vote de ce dernier sur l'entreprise visée, toujours dans les cas où il n'a pas tenu ses engagements. L'autre grand volet concerne des dispositifs de blocage du capital des entreprises visées; le gouvernement veut étendre la possibilité, prévue dans une ordonnance de 2014, de recourir aux golden shares, ces actions spécifiques permettant à l'État de bloquer des prises de participations ou des cessions d'actif.
FLOU SUR LA GUIDANCE DE VIVENDI
Du côté du business, l’action Vivendi a été au cœur de toutes les discussions en fin de semaine. Le titre a perdu, un moment plus de 5 %, après que le groupe a publié jeudi soir des résultats annuels forte en hausse, le décollage des revenus de sa maison de disque Universal Music Group grâce au streaming ayant plus que compensé le recul du chiffre d'affaires du publicitaire Havas et de la chaîne cryptée Canal+ en France. Ce qui a chagriné les opérateurs, c’est que le groupe n'a donné aucune prévision pour cette année, disant simplement qu'il tablait sur un bénéfice d'exploitation de 450 millions pour l'ensemble du groupe Canal+ hors charges de restructuration. La croissance du chiffre d'affaires d'UMG, porté par l'essor du streaming dans le monde entier, et l'amélioration de ses marges ont été l'un des principaux moteurs des performances boursières de Vivendi ces derniers mois. Mais la croissance des ventes de musique a ralenti au quatrième trimestre (+8,2% en croissance organique après +8,3% au troisième trimestre et +15,2% au deuxième). Le groupe a en outre déclaré qu'il n'avait pour l'instant aucun projet concret d'introduction en Bourse d'UMG, même si cette piste n'est pas écartée. L'absence d'un tel projet pourrait décevoir, ont noté des traders.
Autre motif de préoccupation aux yeux de plusieurs analystes: Havas, la branche publicitaire, consolidée depuis l'an dernier après une offre d'achat à 3,9 milliards d'euros. Le chiffre d'affaires d'Havas a baissé de 0,8% à données comparables l'an dernier et sa marge a diminué, à 11,2% contre 14,5% en 2016. Pour Barclays, la direction assure qu'elle peut résoudre les problèmes, mais la dernière acquisition importante de Vivendi n'affiche pas un démarrage brillant. La banque britannique a réduit ses estimations de bénéfice par action pour Vivendi, de 3,8% pour 2018 et de 3,2% pour 2019 et ramené son objectif de cours de 23 à 22,50 euros.
MONETA GAGNE SON EXPERTISE SUR ALTAMIR
A noter que dans le long différent qui oppose la société de gestion Moneta à Altamir en raison de prélèvements indus organisés par Apax sur cette filiale, le rapport de l'expert désigné dans le cadre de l'action judiciaire, a rejeté les critiques formulées devant le Juge des référés. Confirmant la décision de débouté déjà rendue par le Président du Tribunal de commerce le 16 mars 2016, l'expert judiciaire relève sans surprise que la note d'analyse publiée par Moneta sur son site en avril 2015 n'a eu aucun impact négatif sur le cours de bourse d'Altamir et que la décote structurelle dont souffre le titre de cette société depuis des années est imputable à des causes endogènes.
Parmi celles-ci, le rapport d'expertise souligne que les différents mandats exercés par le gérant d'Altamir le mettent dans une situation favorisant les conflits d'intérêt. Il relève par ailleurs la facturation de frais en nette augmentation ainsi que le faible niveau de distribution des dividendes en dépit des recommandations formulées par Moneta depuis 2012. De fait Moneta appelle de ses voeux une amélioration durable de la gouvernance et espère que le conseil de surveillance prendra pleinement conscience du rôle qu'il doit assumer vis-à-vis de la gérance dans la défense de l'intérêt de la société et des actionnaires minoritaires.
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