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Yves de Kerdrel
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Après une conférence de presse réussie, Hollande cherche à transformer l'essai en mettant la pression sur Ayrault
par Yves de Kerdrel
La prestation du président de la République, mardi dernier, devant 400 journalistes, a été unanimement saluée, en raison de sa franchise, de l'ampleur du virage pris, et de son aisance sur tous les sujets. Cela devrait lui permettre de stopper sa "descente aux enfers" dans les sondages. Mais tout repose désormais sur l'action du Premier Ministre que François Hollande a placé sous surveillance.
18/11/2012 - 08:14
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Il serait injuste de dire que François Hollande a manqué son rendez-vous avec la presse, mardi dernier. Au contraire, il a été bon sur la forme et surprenant sur le fond. Sa diatribe sur le poids excessif de la dépense publique, préparée par Emmanuel Macron, a fortement retenti sous les ors de la Salle des fêtes de l'Elysée. Et il ne s'agit pas là que d'un simple effet de manches. Au Chateau on précise bien que le gouvernement est désormais en mode "action" pour tailler dans les dépenses publiques. Cela va se faire au niveau de Matignon, car les économies à faire relèvent des collectivités locales et de la politique d'intervention. François Hollande est décidé à mettre davantage la pression sur Jean-Marc Ayrault, avec lequel il déjeune désormais tous les mardis de façon à mieux le cadrer.
C'est un garçon nommé Jérôme Filippini, nommé il y a quelques semaines à la tête de la direction générale de la modernisation de l'État (DGME) qui a donc en charge ce chantier crucial pour l'avenir du quinquennat. Avant d'accéder à ce poste, ce conseiller maître à la Cour des Comptes avait été nommé, par voie de détachement, en 2009 directeur des systèmes d'information et de communication à l'administration centrale du ministère de l'Intérieur, de l'outre-mer et des collectivités territoriales. Sa carrière est cependant celle d'un manager et pas d'un technicien. Normalien et énarque, il a commencé sa carrière en 1996 à la Cour des Comptes où il a notamment été secrétaire général adjoint entre 1999 et 2001.
INTERVIEW "ANTI-PATRIOTE"
Bien sûr, concernant les discussions sociales en cours, François Hollande est resté très évasif. De même que sur la convergence franco-allemande. Quant à la question du chômage, il a semblé passer par pertes et profits son engagement d'inverser la courbe du nombre de sans-emploi en l'espace d'un an. Mais le Président de la République a clairement marqué son virage "social-libéral" en évoquant, à plusieurs reprises, l'expression de "désendettement compétitif" par allusion subliminale à la célèbre "désinflation compétitive" des années Bérégovoy.
Compte tenu du travail effectué par l'Elysée pour vendre ce changement de politique à l'ensemble de la majorité, la diatribe anti-française de The Economist a été très mal vécue par le gouvernement. Pierre Moscovici a commencé à y répondre dans le Financial Times. Mais Bercy discute avec le magazine libéral d'un éventuel "droit de réponse". Cependant dans l'entourage du Président de la République, on considère que l'interview donnée par Henri de Castries à l'Express constitue quelque chose de plus grave en le qualifiant d' "acte anti-patriote". Surtout au moment où l'Elysée montre sa détermination à faire maigrir "l'Etat-moloch". Là encore, le Chateau prépare une contre-attaque aux propos du patron d'Axa, avec l'aide de grands dirigeants d'entreprises. Par ailleurs, le Ministre de l'Economie est chargé de poursuivre l'opération relations publiques du gouvernement actuel au sein des milieux anglo-saxons. C'est ce qui l'amènera à recevoir, mardi matin, Lloyd Blankfein, le patron de Goldman Sachs.
FILLON ET LA QUESTION EUROPENNE
Après le sommet européen de la fin de cette semaine qui devrait marquer un nouveau pas dans le rapprochement franco-allemand, avec le règlement de l'affaire grecque - à condition que le FMI fasse preuve de bonne volonté - le gouvernement s'attaquera à la réforme bancaire sur un mode intermédiaire entre les préconisations de la Volker Rule et celles du gouverneur Liikanen, avec, à la clé, un isolement des activités de trading.
A droite, on devrait être fixé tard dans la soirée, voire seulement demain sur les résultats du vote des militants. Personne ne voit réellement poindre à l'horizon "la surprise" dont Jean-François copé a fait état. Même si Patrick Buisson a volé à son secours, cette semaine, dans le Figaro. François Fillon reste donc optimiste et a fixé un rendez-vous à la presse dés ce soir dans un café proche de son quartier général. Mais s'il est élu, l'ancien premier ministre ne se fait pas d'illusion sur l'ampleur de la tâche qui l'attend. Avec à la fois le redressement financier de l'UMP et le renouvellement des idées. Sans compter le sujet le plus clivant au sein de la droite : la question européenne.
BOLLORE TRES RECHERCHE
Du coté de l'environnement économique la légère croissance de 0,2 % enregistrée par la France au troisième trimestre a constitué une heureuse, mais fragile surprise. A l'Elysée on s'attend à ce que ce chiffre soit contre-balancé par une glissade pour le quatrième trimestre, en raison de la panne des investissements. Les perspectives des résultats pour 2012 et 2013 sont donc très plates. Mais ce n'est pas cela qui explique la rechute des marchés d'actions au cours des deux dernières semaines. Tous les investisseurs ont maintenant les yeux rivés sur ce qui va se passer au Etats-Unis avec la fameuse "falaise fiscale".
Parmi les dossiers les plus chauds suivis par les analystes, il y a toujours la réorganisation de Vivendi avec la tentative d'un des frères Sawiris d'entrer au capital de Telecom Italia pour aider l'italien à prendre le contrôle de GVT, la pépite brésilienne du groupe français. De leur côté, les analystes n'en finissent pas de publier des études positives sur Bolloré, pas tant en raison du rôle qu'il pourrait jouer chez Vivendi, mais parce que - la CFAO ayant fait l'objet d'une OPA - il s'agit du dernier véhicule d'investissement permettant de miser sur la croissance du continent africain.
DANONE SOUS PRESSION
Comme WanSquare l'a révélé cette semaine, Danone est un peu plus sous pression après que l'actionnaire activiste, Nelson Pelz, a tenu une téléconférence avec quelques uns de ses plus gros clients pour leur expliquer qu'il entendait monter au capital du groupe alimentaire (dont il détient 1 %) afin de jouer un rôle significatif dans "le réaménagement du capital", à un moment où Danone voit ses marges se tasser sur ses marchés historiques. Ce que le directeur financier du groupe a confirmé en fin de semaine dernière, avec de surcroit, des perspectives contrastées pour 2013.
A l'Elysée on se félicite d'avoir trouvé une solution pour Augustin de Romanet, désormais nommé administrateur d'Aéroports de Paris, et qui devrait être porté à la présidence du groupe d'ici trois semaines, après les traditionnelles auditions devant les parlementaires. François Hollande tenait personnellement à cette nomination, parce que, pour lui Augustin de Romanet incarne le sens de l'Etat et celui de l'intérêt général, au moment où tant d'anciens haut-fonctionnaires reconvertis dans le privé se complaisent dans le "french-bashing".
Enfin le groupe Lagardère refait parler de lui en raison des frasques de son patron. Le conglomérat est désormais bien décidé à sortir du capital d'EADS dans les mois qui viennent avec un impact fiscal limité à 100 millions d'euros. Mais il poursuit la réorganisation de Lagardère Active avec la mise en vente de quelques magazines historiques comme Première ou Pariscope. De manière à anticiper un probable trou d'air publicitaire en 2013.
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