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François Hollande plombé par la réforme du collège
par Yves de Kerdrel

François Hollande, qui est parti faire un voyage présidentiel aux Antilles, mais aussi à Cuba et à Haïti, continue de battre tous les records d'impopularité, y compris à gauche où la plupart des sympathisants ne souhaitent pas le voir se représenter en 2017. Il risque, de surcroît, de payer cher la révolte qui monte contre la réforme du collège. Des intellectuels comme des professeurs.

10/05/2015 - 07:56 Temps Lecture 14 mn.

Triste anniversaire pour François Hollande qui a fêté les trois ans de son élection dans un climat délétère avec plusieurs sondages très défavorables. Selon les résultats d'une enquête menée par l’institut Odoxa, 70 % des Français disent préférer Manuel Valls pour représenter le Parti socialiste en 2017. François Hollande, lui, ne recueille que 24 %. A la droite de l’échiquier politique, le rejet du président est écrasant, puisque 82 % de ses sympathisants optent pour le chef du gouvernement (11 % pour Hollande). Et à gauche là encore, avantage net à Valls : 57 % des sympathisants PS aimeraient que ce soit lui qui relève le gant, contre 41 % favorables à l’hôte de l'Élysée. Et quand il s’agit de comparer le président de la République et son Premier ministre à Nicolas Sarkozy, là encore, Valls enfonce le clou. Si 52 % des Français préfèrent Sarkozy à Hollande, l'ex-président est battu, même si c'est d’une courte tête, par le Premier ministre (47 % pour Sarkozy contre 48 % à Valls).

Pour l'heure le Président de la République est largement plombé dans l'opinion par la réforme du Collège et celle des programmes voulue par Najat Belkacem. Après les grandes figures intellectuelles du pays et un très grand nombre de professeurs ce sont les français eux-mêmes qui font connaître leur grogne. Le premier, dans l'opposition à avoir compris l'opportunité de faire monter cette colère, c'est Bruno Le Maire qui a lancé une vaste pétition. Il a été vite rejoint et soutenu par les instances de l'UMP.

TENSIONS APAISEES A DROITE

 droite tous ont désormais les yeux rivés sur le congrès du 30 mai. Depuis que Nicolas Sarkozy a déminé le sujet du nouveau nom en prévoyant un vote spécifique par internet les 28 et 29 mai, la grogne des juppéistes s'est éteinte. D'autant que la Commission Nationale d'Investiture a adoubé Virginie Calmels de manière à conduire le combat pour les régionales dans la nouvelle grande région Aquitaine Limousin et Poitou-Charentes. La région Centre est confiée à un UDI, la Normandie à Hervé Morin qui s'est beaucoup rapproché de Nicolas Sarkozy. Et c'est Dominique Reynié qui sera tête de liste dans le grand sud en dépit des manifestations de mauvaise humeur de Bernard Carayon. Le cas le plus difficile à trancher est celui de la Corse où s'étripent José Rossi et Camille de Rocca-Serra.

S'agissant des primaires à droite, les sondages confirment la montée en puissance de Nicolas Sarkozy. Un sondage Ipsos-Le Point a révélé la semaine passée que les intentions de vote des 7 % de Français déclarant être certains d'aller voter sont favorables à Nicolas Sarkozy. Si le premier tour avait lieu dimanche prochain, l'ancien Président arriverait largement en tête avec 55 % des scrutins, suivi d'Alain Jupé (26 %), Bruno Le Maire (9 %) et François Fillon (7 %). De son côté, la numéro deux de l'UMP, Nathalie Kosciusko-Morizet, recueille 1 % des intentions de vote, tout comme Xavier Bertrand et Jean-Christophe Lagarde, le patron de l'UDI.

BARTOLONE EN PISTE POUR L’ILE DE FRANCE

L'écart resterait encore important si le deuxième tour entre les deux rivaux de l'UMP avait lieu dimanche : l'ancien président l'emporterait haut la main avec 64 % des voix, contre 36 % pour l'ancien Premier ministre. Nicolas Sarkozy battrait également ses autres dauphins à plate couture. Il l'emporterait contre Bruno Le Maire avec 72 % des voix, contre 28 % pour l'ancien candidat à la présidence du parti. Contre François Fillon, le score serait de 74 % des voix pour Nicolas Sarkozy, contre 26 % pour son ancien Premier ministre. Selon Le Canard Enchaîné, François Fillon qui se sait marginalisé affirme : "Je ne suis pas certain de gagner la primaire. Mais je suis certain de faire battre Sarko. Et c’est ce qui l’énerve".

L'évènement politique de la semaine est la mise en orbite de la candidature de Claude Bartolone pour la région Ile de France en lieu et place d'un Jean-Paul Huchon de plus en plus contesté y compris à gauche. Le président de l'assemblée nationale a réuni Jean-Paul Huchon et sa vice-présidente Marie-Pierre de la Gontrie, qui briguent tous deux le prochain mandat de présidence de la région, pour un déjeuner de la dernière chance. Las : la médiation a échoué. De fait en accord avec l'Élysée et de manière à éviter une candidature Hamon, Claude Bartolone pourrait décider d'y aller. Mais l’Opposition exige qu’il démissionne au préalable du « perchoir ».

EN ATTENDANT LA NOTE DE L’INSEE

Sur le plan international, jamais la voie n’a été plus ouverte à un référendum sur la sortie de l’Union européenne que depuis les résultats des élections législatives de jeudi 7 mai, qui ont offert une large et nette victoire aux conservateurs, avec 331 sièges sur 650, leur permettant ainsi de gouverner seuls. Le scénario du "Brexit" risque de perturber les relations entre Londres et Bruxelles. Malgré tout David Cameron a indiqué qu’il ferait campagne pour le maintien dans l’Union s’il obtenait de Bruxelles les changements qu’il exige, notamment en matière de contrôle de l’immigration intra-européenne et de protection des intérêts de la City.

Sur le plan économique, la production industrielle dans son ensemble a baissé de 0,3% en mars, après une hausse de 0,5% en février, selon les chiffres publiés cette semaine par l’Insee. La baisse de l’activité constatée dans la branche des industries extractives, énergie et eau (-2,9 %) a largement masqué la progression constatée pour le secteur manufacturier (+0,3 %). Pourtant la plupart des branches d’activité affiche une hausse en mars. L’Insee doit publier ce 13 mai sa première estimation de la croissance du PIB au cours des trois premiers mois de 2015. Dans sa dernière note de conjoncture, publiée en mars dernier, l’Insee estime que le PIB progressera de 0,4 % au premier trimestre. Une prévision identique à celle de la Banque de France.

LE TRES BEAU BILAN DE CHIFFLET

Du côté des entreprises l'actualité est partagée entre les assemblées générales des actionnaires où l'on commence à constater un début de grogne quant au niveau des rémunérations patronales. L'assemblée de Lafarge, elle, s'est très bien passée. La fusion avec Holcim a été approuvée. Les nouvelles parités aussi. Il faut dire que les résultats trimestriels du cimentier français ont permis de remettre l'église au milieu du village et de montrer la capacité de rebond de Lafarge.

Très beaux résultats trimestriels également pour le Crédit Agricole. Jean-Paul Chifflet achève ainsi son mandat à la tête de la banque verte en beauté, puisqu’elle affiche un résultat net en hausse de 2,6 %, à 784 millions d'euros, et un produit net bancaire en progression de 7,5 %, à 4,36 milliards. Quant au groupe Crédit Agricole dans son ensemble, il a dégagé un bénéfice net en baisse de 1,9 % au premier trimestre, à 1,2 milliard d'euros, pour des revenus en hausse de 3,1 %, à 8 milliards d'euros. C'est dire à quel point Jean-Paul Chifflet laisse à son successeur une banque remise sur les rails. Il quittera ainsi ses fonctions, au lendemain de l'assemblée générale du groupe le 20 mai, avec le sentiment du devoir accompli. Fort de ce impressionnant bilan il a profité de la publication des comptes trimestriels pour interpeller les pouvoirs publics sur le taux du Livret A. Il reste que le Crédit Agricole a vu son titre gagner près de 3 % dans le sillage de cette publication.

APRES RENAULT, MACRON BOUSCULE AIR FRANCE

Jeudi dernier, le directeur général d'Areva, Philippe Knoche, a annoncé aux syndicats du groupe un objectif de réduction des frais de personnel de 15 % en France et de 18 % dans le monde à l’horizon 2017. Cela va se traduire par 3.000 ou 4.000 suppressions de postes sur trois ans en France, soit 5.000 à 6.000 dans le monde. Cela représentera jusqu’à 14 % des effectifs mondiaux de l’équipementier nucléaire public, qui comptait fin 2014 quelque 44.000 salariés (dont 28.500 en France). Il faut dire que pour des revenus de 8,3 milliards d’euros l’an dernier (en recul de 8 %), la masse salariale a représenté 3,3 milliards d’euros (dont 2,4 milliards d’euros en France). Une situation désormais jugée intenable compte tenu des lourdes pertes du groupe l’an dernier (4,8 milliards d’euros, dont 2,6 milliards d’euros de perte opérationnelle).

Le gouvernement français a annoncé vendredi l'acquisition par l'État d'une participation de 1,7% dans le capital de la compagnie aérienne Air France-KLM en expliquant vouloir se doter de la capacité de soutenir l'adoption de droits de vote doubles lors de la prochaine assemblée générale de la compagnie aérienne. L'acquisition de cette participation, représentant 5,1 millions de titres, se fera pour un montant total compris entre 33,15 et 45,9 millions d'euros. L'État avait utilisé la même stratégie il y a quelques semaines pour assurer l'adoption des droits de vote doubles chez Renault, au risque de susciter une certaine tension avec la direction du constructeur.

IMBROGLIO INCROYABLE CHEZ THALES

Toujours au chapitre des entreprises publiques ou semi-publiques, ça grince chez Emmanuel Macron à propos de la nomination d’Henri Proglio comme président non exécutif de Thalès qui doit être entérinée par l’assemblée générale de ce mercredi 13 mai. Le Ministre de l’Économie reproche à l’ancien patron d’EDF de ne pas vouloir abandonner ses activités de conseil auprès de Rosatom, l’agence fédérale russe de l’énergie atomique. Henri Proglio est membre du conseil d’administration d’Akkuyu Nuclear JSC et de Fennovoima Ltd, deux entreprises dont Rosatom est le principal actionnaire.

L’intéressé prend au sérieux les réticences de Bercy puisqu’il a demandé à Jean-Pierre Mignard, un avocat proche de François Hollande (parrain de l’un de ses enfants), d’examiner sa situation afin de rédiger une attestation d’équité déterminant s’il y a juridiquement un risque de conflit d’intérêt entre ses activités pour Rosatom et son futur mandat chez Thales. Dans ce document de deux pages, qui a été adressé à Bercy mais également à Jean-Pierre Jouyet, le secrétaire général de l’Élysée, l’avocat socialiste atteste que les sociétés que conseille Henri Proglio ont pour seul objet la création de centrales nucléaires en Finlande (Fennovoima) et en Turquie (Akkuyu) et le développement de celles-ci, avec un objet uniquement civil. De surcroit, l’avocat estime que les liens d’Henri Proglio avec ces deux sociétés ne portent pas sur des points stratégiques susceptibles d’influencer ses prises de décision au sein du groupe Thales.

Il reste que si depuis longtemps Emmanuel Macron est un adversaire déclaré d’Henri Proglio, ce dernier possède des soutiens de poids à gauche. Notamment Jean-Yves Le Drian, le ministre de la défense, proche du président de la République, et avec lequel Thalès travaille très étroitement. De surcroit cette nomination n’est pas un cadeau fait à Henri Proglio. Elle est le résultat du pacte d’actionnaires qui lie l’État à la famille Dassault. L’État a nommé le Directeur général, Patrice Caine. Et il était bien entendu que l’État ne s’opposerait pas au choix des Dassault pour la Présidence. Henri Proglio est très proche de Serge Dassault et fait partie du comité des sages constitué afin d’organiser sa succession.

Une fois encore, à force de faire de l’activisme au sein des principaux actifs publics Emmanuel Macron commence à énerver toute la communauté financière. Ce nouveau rebondissement est accueilli avec d’autant plus de consternation qu’il plonge Thalès dans l’instabilité. Surtout, il escamote les bonnes performances du premier trimestre, marqué par un bond de 36 % des prises de commandes, grâce notamment à la vente de Rafale en Égypte. L’incompréhension est d’autant plus grande que la formation du tandem Caine-Proglio a été annoncée il y a cinq mois. Sa remise en cause pourrait aboutir à l’éclatement du pacte d’actionnaires. Mais il n’est pas certain que François Hollande aille jusque là.

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