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Hollande fête ses trois ans à l’Elysée dans l’immobilisme
par Yves de Kerdrel

Le Chef de l’Etat a donné ordre à ses troupes de ne plus bouger, prenant exemple sur les deux dernières années du premier septennat de Jacques Chirac. Il est convaincu que face à l’agitation et l’absence d’idées crédibles de la droite, il sera le mieux placé pour l’emporter en 2017. Nicolas Sarkozy est, lui, totalement concentré sur le congrès du 30 mai qui doit entériner le nouveau nom et de nouveaux statuts très discutés en interne.

26/04/2015 - 07:58 Temps Lecture 12 mn.

Au Château, ce n’est pas une atmosphère de fin de règne, mais une sorte de vacance de pouvoir. Le Président préside mais il a décidé qu’on ne déciderait plus rien. En tous cas pas de grandes réformes susceptibles de cliver l’opinion publique. La réforme de la santé devrait donc être la dernière grande réforme à voir le jour. Et se posera ensuite le vote en deuxième lecture de la loi Macron largement revisitée par les Sénateurs. Mais il est même déjà question de reporter la réforme du collège présentée par Najat Belkacem et qui est loin de faire l’unanimité, y compris à gauche.

De facto, les relations commencent à se tendre entre les hollandais pure souche qui soutiennent cette volonté d’apaisement, y compris Claude Bartolone, et les réformateurs menés par Manuel Valls qui compte avec lui Emmanuel Macron et François Rebsamen. Ne pouvant plus exister sur le terrain de la réforme, le premier Ministre a retrouvé ses habits de Ministre de l’intérieur. D’une part à l’occasion de la loi sur le renseignement. D’autre part en raison des dernières tentatives d’attentat qui ont pu être heureusement déjouées. Avec le zèle et l’efficacité de Bernard Cazeneuve.

UN NOUVEAU NOM CONTESTE A DROITE

Du côté de l’UMP, tout le monde s’active en préparation du congrès du 30 mai prochain et des investitures aux élections régionales. Sur ce dernier point, un collège de 40 élus a voté samedi pour le politologue Dominique Reynié comme tête de liste UMP-UDI-MoDem en Midi-Pyrénées/Languedoc-Roussillon pour les élections régionales de décembre prochain. Au quatrième tour du scrutin, le politologue a obtenu 23 voix contre 16 pour le maire de Lavaur et ancien député Bernard Carayon. Agé de 54 ans, il dirige la Fondation pour l'innovation politique, un centre de réflexion proche de l'UMP. Le nom de Dominique Reynié doit désormais être validé par les commissions d'investiture des trois partis UMP, UDI et Modem. Dans cette région, le Parti socialiste a, pour sa part, choisi d'investir Carole Delga, actuelle secrétaire d'État au Commerce et à l'Artisanat.

S’agissant de l’UMP future appellation « les Républicains » soulève de plus en plus de polémique à l’intérieur du parti. Elle est critiquée ouvertement par Alain Juppé, par Xavier Bertrand et par Bruno Le Maire. En principe, cette nouvelle dénomination doit être soumise le 5 mai au bureau politique de l’UMP, avant d’être approuvée par les adhérents lors du congrès du 30 mai. Malgré tout, le nom choisi par le président de l’UMP suscite de vives résistances au sein même de son électorat : 57 % des sympathisants de droite et 56 % de ceux de l’UMP affirment préférer la dénomination UMP, selon un récent sondage Odoxa. Le rejet est encore plus massif dans l’ensemble de l’opinion : 66 % des Français n’apprécient guère ce changement de nom.

Par ailleurs et avant le congrès, Nicolas Sarkozy a décidé de commencer à sortir du bois sur un certain nombre de positions identitaires et sur la question de l’Islam en France. Depuis son retour à l’UMP, l’ancien chef de l’Etat affiche des propositions fermes en matière d’immigration. Le 17 mars, il a préconisé − au nom de la laïcité − d’interdire le voile à l’université et les menus de substitution dans les cantines scolaires. Sa proposition, qui revient à supprimer les repas alternatifs pour les écoliers ne mangeant pas de porc, lui a valu d’être critiqué au sein de son camp, en particulier par son ex-conseiller Henri Guaino, qui lui a reproché de stigmatiser les musulmans. Mais Nicolas Sarkozy se targue de répondre aux préoccupations des Français.

LA QUESTION DU BUDGET DE LA DEFENSE

A l’UMP, certains estiment qu’avec ses propos jugés stigmatisants, Nicolas Sarkozy prend de nouveau le risque de se couper d’un électorat stratégique dans l’optique de la présidentielle. Mais ces déclarations de l’ancien Président sont aussi à mettre au regard de sa stratégie vis à vis du Front National. A partir du moment où il a recréé une frontière imperméable entre le FN et l’UMP son but est de multiplier les déclarations susceptibles de faire revenir à lui un certain nombre d’électeurs tentés par Marine Le Pen. Il devrait donc afficher des positions de plus en plus transgressives dans les semaines qui viennent sur l’identité, les frontières, la laicité et la pratique de l’islam.

En matière de politique intérieure, il y a un sujet important qui doit être tranché dans les tous prochains jours. C’est celui du budget de la défense. Celle-ci doit trouver avant la fin du mois de juin, les 2,2 milliards d’euros de recettes exceptionnelles nécessaires pour commander les équipements prévus au budget de la défense en 2015. Le gouvernement tablait initialement sur la vente aux opérateurs de téléphonie mobile de fréquences très haut débit 700 MHz. Une vente désormais peu susceptible d’intervenir avant la fin de l’année, même si Emmanuel Macron, a réuni sur ce sujet, vendredi, les dirigeants d’Orange, Bouygues Telecom, SFR-Numericable et Iliad.

UN PROBLEME DE FINANCES PUBLIQUES

Pour trouver rapidement du cash, le ministère de la défense a imaginé recourir à des sociétés de projet, dont la création figure dans la loi Macron. Au lieu que les équipements soient achetés par l’Etat, c’est une société de projet qui en ferait l’acquisition puis les louerait aux armées. Seraient concernés dans un premier temps trois frégates multimissions et quatre avions de transport stratégique A400M. Ces sociétés de projet seraient abondées à hauteur de 2,2 milliards d’euros par l’Agence des participations de l’Etat. Le problème c’est que Michel Sapin est très hostile à cette solution qu’il juge inutile à l’heure de négociations tendues avec Bruxelles.

Le dossier est maintenant à la fois sur le bureau de Manuel Valls qui a reçu des pressions amicales de Jean-Pierre Raffarin et sur celui du Chef de l’Etat qui doit arbitrer cette semaine. La question qui se pose est : faut-il créer un nouveau mécanisme ad hoc susceptible d’accroître la dette au sens de Maastricht. Ou bien peut-on se contenter de faire une avance de trésorerie à la défense en attendant l’hypothétique vente des fréquences qui finira bien par intervenir. En principe la fumée blanche sur ce dossier devrait apparaître au milieu de la semaine.

CHIFFRES MOYENS EN FRANCE ET BON EN ALLEMAGNE

Du coté de la conjoncture, l’actualité a été marquée par la publication de l’indice PMI réalisé par Markit, concernant l’économie française. Celui-ci s’est replié de 51,5 en mars à 50,2, ne signalant ainsi qu’une hausse infime de l’activité. Cette tendance reflète les effets combinés d’un affaiblissement de la hausse de l’activité dans le secteur des services et d’un recul plus prononcé de la production dans l’industrie manufacturière en avril. La croissance du volume global des nouvelles commandes ralentit également et affiche un plus bas de trois mois en avril. Dans le secteur des services, les nouvelles affaires enregistrent leur plus faible hausse depuis janvier tandis que le taux de contraction des nouvelles commandes se redresse par rapport à mars dans l’industrie manufacturière. Parallèlement, le volume des nouvelles commandes à l’export enregistre sa plus forte contraction depuis 6 mois.

En revanche, outre-Rhin, l'indice Ifo du climat des affaires a progressé pour le sixième mois consécutif en avril. Il s’agit d’une amélioration qui atteste de la bonne santé de la première économie européenne en ce début de deuxième trimestre. L'institut munichois a indiqué vendredi que son indice, calculé à partir d'un échantillon de 7.000 entreprises, était remonté à 108,6 en avril, contre 107,9 en mars. Les économistes s'attendaient à une nouvelle amélioration du climat des affaires allemand, mais à un niveau inférieur à celui publié. De fait ce bon chiffre a contribué à rassurer les professionnels de marché.

RECORD DES INDICES AMERICAINS

Enfin du coté des Etats-Unis, l’événement a été l’établissement d’un nouveau record de la part de l’indice S&P 500 et de l’indice Nasdaq. Cela, grâce à la bonne tenue du compartiment de l'énergie et de quelques valeurs technologiques, comme Apple. Aux Etats-Unis, les statistiques récentes ont montré une hausse plus forte que prévu des nouvelles inscriptions au chômage la semaine dernière, une chute de 11,4% des ventes de logements neufs en mars et un ralentissement de la croissance de l'activité manufacturière en avril, selon l'enquête mensuelle de Markit auprès des directeurs d'achat. Ces données négatives ont été contrebalancées par la hausse de de l'indice S&P de l'énergie dans le sillage des cours du pétrole qui ont atteint des plus hauts de 2015, avec un gain en clôture de 3,38% pour le Brent à New York.

Du côté des affaires la semaine a été plutôt calme. Il y a eu les scories de l’affaire des droits de vote double que l’Etat veut imposer chez Renault. Comme WanSquare l’avait révélé au moment où l’Etat a annoncé avoir acheté 4,73 % du capital du constructeur il a fait un joli mensonge que l’AMF n’a pas jugé bon de relever. Puisqu’à ce moment là il n’avait qu’emprunté les titres qu’il a finalement acquis il y a quelques jours. Cet incident pourrait entacher sa manœuvre en raison du recours que préparent plusieurs actionnaires minoritaires.

L’AUTO-JUSTIFICATION DE MACRON

Voyant qu’il était en difficulté sur ce dossier, le Ministre de l’Economie, Emmanuel Macron a livré une intéressante tribune au journal Le Monde pour justifier de cette opération. Il y explique : « C’est pour constituer une minorité de blocage que nous avons acheté des actions qui seront ensuite revendues. L’Etat retrouvera sa participation de début d’année, en ayant des droits de vote doubles, qui se justifient pleinement dans une entreprise dont l’Etat est actionnaire depuis 1945 et que nous avons aidée durant la crise. ». Au passage il est intéressant de noter que locataire de Bercy égratigne l’état colbertiste dont il était un grand défenseur à un moment où il était envouté par Jean-Louis-Beffa.

La veille de la publication de cette tribune le conseil d’administration de Nissan Motor s’est réuni pour évoquer la montée du gouvernement français dans le capital de Renault et a décidé de prendre fait et cause pour son partenaire tricolore. Pour Carlos Ghosn, PDG de Renault, mais également de Nissan, accorder des droits de vote double à certains des actionnaires de l’ex-Régie risque de remettre en cause l’équilibre des participations entre les deux constructeurs : Nissan détient 15 % de Renault mais sans droits de vote, alors que le français contrôle 43,7 % du japonais avec les droits de vote associés.

L’autre événement de la semaine a été la publication du chiffre d’affaires trimestriel de Kering qui fait apparaître une chute de 8 % des ventes de Gucci, une contre-performance que l’on ne retrouve dans aucun groupe de luxe. Pour les dirigeants il s’agit d’un problème de « transition » après le changement des dirigeants intervenus il y a quelques mois. Il reste que ce sont les ventes mondiales de Gucci qui souffrent, et il va falloir attendre encore le lancement d’une nouvelle collection pour voir arriver une éventuelle embellie. De quoi justifier une baisse de plus de 10 % de l’action Kering au cours du mois écoulé.

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