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Yves de Kerdrel
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Hollande relégué en Albert Lebrun par Valls et Montebourg
par Yves de Kerdrel
Le Président de la République voit ses prérogatives de plus en plus grignotées par son Premier Ministre. Quant à Arnaud Montebourg, après avoir menacé de démissionner, il se voit prendre la tête des frondeurs. Il s’apprête à faire un discours très critique à l’égard de la politique budgétaire avant de remonter au créneau à l’automne lors du vote du Projet de Loi de Finances.
Dépourvu désormais d’une capacité de surfer sur un succès de la France lors de la coupe du monde de Football, François Hollande est de plus en plus désoeuvré. Sa réforme territoriale est vivement critiquée par ses propres amis. Il ne joue pus aucun rôle dans la vie économique et sociale. Et la seule échéance qu’il prépare désormais est celle du défilé du 14 juillet pour profiter de la bonne image des commémorations du débarquement. Lors d’une réunion de cabinet à laquelle il a participé en fin de semaine pour remercier « publiquement » Emmanuel Macron de son action à l’Élysée pendant deux ans, il a annoncé à ses collaborateurs qu'il tiendrait vers la mi-septembre une conférence de presse. Il a également l'intention, après l'été, de revenir sur la thématique de « la France dans dix ans », comme l’an passé à la même époque après avoir transcrit en projets et objectifs le rapport remis le 25 juin par Jean Pisani-Ferry, commissaire général à la prospective.
Conscient qu’il est relégué par Manuel Valls au rôle de René Coty, voire même d’Albert Lebrun, François Hollande entend se concentrer sur des réformes relatives à la vie quotidienne des Français : l'environnement, le vieillissement, la culture et le numérique. Avec une insistance particulière sur le dossier du logement. Puis, à partir de 2015, sur les questions institutionnelles et de société, comme la bioéthique et la fin de vie. A la manière de Jacques Chirac qui avait fait de la lutte contre le cancer, de la sécurité routière et de la dépendance ses priorités pour son second quinquennat, laissant de côté toutes les réformes de structures dont le Pays a besoin.
MONTEBOURG COMMENCE A SE DEMARQUER
Un an après son coup d'éclat du 13 juillet 2013, quand il s'était autorisé un véritable discours de politique générale à la veille de l'intervention de François Hollande pour la fête nationale, Manuel Valls sera de retour à Vauvert, dans le Gard, aujourd’hui. Cette année les proches de Manuel Valls laissent envisager un discours très politique, en résonance avec celui prononcé devant le conseil national du PS le 14 juin, lorsqu’il avait expliqué que la gauche pouvait mourir du fait du tripartisme qui s'installe dans le pays avec l'extrême droite en dynamique.
Cette année cependant, Manuel Valls ne sera pas seul à prendre le chef de l'État de vitesse. Arnaud Montebourg, délivrera lui aussi un discours de politique générale économique, le 10 juillet. L'événement se tiendra à la Cité de La Villette, devant des chefs d'entreprise, syndicalistes, banquiers et investisseurs. Selon les informations de WanSquare, le Ministre de l’Économie, qui était sur le point de démissionner il y a deux semaines va faire un discours portant sur la feuille de route du redressement économique de la France. Il devrait s’agir d’une prise de parole très critique évoquant ses pistes de relance et critiquant ouvertement le choix de l'affectation des 50 milliards d'euros d'économies. Il entend ainsi prendre date pour la discussion budgétaire de l’automne. D’aucuns le voient prendre le large à ce moment là et devenir le chef de file des frondeurs.
UN PIETRE BILAN POUR MANUEL VALLS
Il faut dire que trois mois après son arrivée à Matignon, le bilan de Manuel Valls est plus que mitigé. Avec notamment a grève des cheminots contre la réforme ferroviaire, le mouvement des intermittents qui risque toujours de perturber l'été des festivals, à commencer par celui d'Avignon, les tensions multiples avec les organisations syndicales, et bien sûr, la « fronde » d'une partie de la majorité socialiste rétive à la politique de l'offre et à la ligne sociale-libérale de l'exécutif. C'est un des paradoxes de son court bilan à Matignon : Valls a instrumentalisé les frondeurs pour se bâtir l'image de l'homme fort dans la tempête.
Profitant de l'état de sidération provoqué dans le pays et dans son camp par l'ascension du Front national lors des élections municipales et européennes, Manuel Valls entend réinventer une gauche « qui peut mourir » faute d'électrochoc. Cette dramatisation – sur la crise d'autorité comme sur l'avenir du PS – lui permet aussi de poser des jalons dans la perspective de l'élection présidentielle de 2017. Officiellement, les relations entre les deux têtes de l'exécutif sont au beau fixe. Il n’empêche que dés qu’il en a l’occasion – et ce sera encore le cas aujourd’hui – Manuel Valls va prendre ses distances avec la méthode Hollande.
SARKOZY SORT RENFORCE DE SA GARDE A VUE
A droite, toute la semaine a été monopolisée par la garde à vue puis la mise en examen de Nicolas Sarkozy, que Maitre Herzog va désormais contester devant la justice. Cet épisode a permis à l’ancien Chef de l’État de se victimiser, ce qui lui sera très utile pour reprendre la présidence de l’UMP. Mais aussi de compter ses amis ou ses ennemis au sein de son parti. Les juppéistes comme les fillonistes n’ont guère été à son secours. En revanche Xavier Bertrand est resté, très habilement, silencieux. De même que Laurent Wauquiez. Ou Dominique de Villepin qui devrait faire son retour en politique à la fin de l’été.
Près de deux Français sur trois (65 %) ne souhaitent pas que Nicolas Sarkozy se présente à l'élection présidentielle de 2017, mais ils sont plus nombreux (70 %) encore à penser qu'il le fera, selon un sondage BVA pour I-Télé et Le Parisien-Aujourd'hui en France publié hier. Selon cette même enquête 62 % des sympathisants de droite sont favorables à ce qu’il se représente en 2017. Une proportion qui atteint 78 % parmi les sympathisants de l'UMP.
LES HOTELIERS FURIEUX CONTRE VALLS
Sur le front social, le choix de Manuel Valls de donner quitus à plusieurs demandes du patronat, à quelques jours de la conférence sociale, provoque de forts remous tant du côté syndical qu'au sein du Parti socialiste et de la majorité. Le premier ministre a en effet annoncé mercredi dernier une série de mesures visant à répondre aux exigences des organisations patronales. Les deux principales sont le report partiel à 2016 de la mise en place du compte pénibilité et la demande de négociation entre syndicats et patronat pour simplifier le code du travail et revoir les seuils sociaux ouvrant des obligations aux entreprises.
Le président du Medef, Pierre Gattaz, avait prévenu lundi que, sans report de l'établissement d'un compte pénibilité avant 2016, il y avait une éventualité de boycott. Après le changement de pied de Manuel Valls, le Medef a, du coup, annoncé son intention de participer à la conférence sociale qui commence demain. Au grand mécontentement des hôteliers qui estiment à juste titre que la hausse des taxes de séjour constitue une entorse grave au pacte de responsabilité. A l'inverse, le numéro un de FO, Jean-Claude Mailly, a affirmé qu'il participerait lundi au débat avec François Hollande, mais que, décidé à marquer le coup, il n'excluait rien pour la journée de mardi, consacrée aux tables rondes et au discours de clôture de Manuel Valls.
SOMBRES PREVISIONS DU FMI
En matière économique, le Fonds monétaire international a abaissé jeudi ses prévisions économiques pour la France. Il estime la croissance cette année à 0,7 %, contre 1 % lors de sa précédente prévision en avril. Il attend 1,4 % en 2015, 1,7 % en 2016, 1,8 % en 2017 puis 1,9 % en 2018 et 2019. De son côté, le gouvernement français espère 1 % cette année, une prévision à laquelle peu d'économistes et organisations internationales croient encore. Le FMI a aussi prévenu qu'il n'attendait pas de décrue « notable » du chômage avant 2016. Le taux devrait selon lui être stable à 10,3 % cette année, puis 10,2 % en 2015, 10 % en 2016, 9,7 % en 2017, 9,4 % en 2018 et 9,3 % en 2019. L'institution dirigée par Christine Lagarde diverge aussi du gouvernement dans ses prévisions de déficit public : elle l'estime à 4 % du produit intérieur brut cette année, là où Paris attend 3,8 %. Le FMI prévoit un déficit à 3,4 % l'an prochain, alors que Bercy s’est engagé sur un objectif à 3 %.
De son côté, le gouvernement allemand a adopté mercredi dernier un projet de budget 2015 à l'équilibre. Pour la première fois depuis 1969, le gouvernement allemand ne s'endettera pas davantage. Le ministre des finances, Wolfgang Schäuble, a bien l'intention de renouveler cet exploit les trois années suivantes. Pour lui, la preuve est faite que croissance durable et consolidation des comptes publics ne s'opposent pas, bien au contraire. Pour parvenir à l'équilibre des comptes publics, la méthode allemande est moins rigoureuse que celle imposée aux pays européens en difficulté : l'Allemagne ne réduit pas ses dépenses publiques, elle se contente de les maintenir en l'état. Grâce à une croissance attendue de 1,8 % cette année et de 2 % en 2015, le gouvernement mise en revanche sur des recettes fiscales en nette hausse pour financer des dépenses qui, elles, ne progresseront que de 3 milliards.
MARIO DRAGHI BIEN DEMUNI
Cette semaine, l'attention était naturellement portée vers la conférence de presse de Mario Draghi suivant le comité mensuel de politique monétaire de la Banque centrale européenne (BCE), jeudi 3 juillet. La faiblesse de l'inflation (0,5 % en rythme annuel) montre à quel point la reprise se fait attendre dans la zone euro. En 2009, le taux de chômage des États-Unis comme de la zone euro avoisinait les 10 % : Quatre ans plus tard, celui des États-Unis a baissé de 4 points et celui de l'union économique et monétaire a augmenté de 1,6 point. La zone euro a appuyé trop tôt et trop fort sur les freins de la rigueur, et elle n'a pas pu mobiliser les mêmes armes monétaires que la Fed ou la Banque d'Angleterre.
Mario Draghi doit donc se débattre avec le risque de déflation. Jeudi, il a précisé le calendrier et les modalités des prêts à très long terme (jusqu'à quatre ans) et à très bas coûts qui seront octroyés aux banques. Ce dispositif vise à encourager leur distribution de prêts à l'économie – entreprises et ménages – hors immobilier : 400 milliards d'euros seront alloués aux établissements financiers d'ici à la fin de l'année et 600 milliards supplémentaires d'ici à la mi-2016. D'autres mesures de soutien sont en cours de mise au point, ou pourraient être dégainées en cas de dégradation imprévue, comme les rachats d'actifs plus massifs incluant les dettes d'État. Les annonces de Mario Draghi ont jusqu'ici permis une détente des taux d'intérêt sur les marchés. Mais ces conditions de financement reflètent aussi la chute de tension de l'économie de la zone euro.
LA MAUVAISE SEMAINE DE MESTRALLET
Cette fois, c'est bien la fin pour Thierry Peugeot. Jeudi 3 juillet, PSA Peugeot Citroën a annoncé dans un communiqué laconique son remplacement par sa sœur Marie-Hélène Roncoroni à la vice-présidence du conseil de surveillance du groupe automobile. Marie-Hélène Roncoroni est nommée en tant que représentante d'EPF, la holding non cotée des Peugeot. C'est au sein du conseil d'administration de cette holding que le sort de Thierry Peugeot s'est joué mardi 1er juillet lors d'une longue et houleuse réunion. Lors des débats, il n'a pas souhaité revenir sur ses récentes déclarations critiques à l’égard du montage récemment mis en place avec l’État et les chinois. Il lui a alors été signifié que c'était terminé.
Mais celui qui a passé une très mauvaise semaine, c’est Gérard Mestrallet. Comme l’a écrit notre confrère Challenges, il avait programmé depuis quelques semaine, avec la complicité de quelques administrateurs indépendants, le débarquement de Jean-François Cirelli, vice-président de GDF-Suez. Ce dernier devait être débarqué sans indemnité et placé à la présidence non éxécutive de Suez-Environnement. De manière à dérouler un tapis rouge à Isabelle Kocher, la directrice financière du groupe, ancienne du cabinet de Lionel Jospin à Matignon. C’était sans compter sur une triple opposition. D’abord de l’Elysée qui s’est manifesté par le biais de Jean-Pierre Jouyet et d’Emmanuel Macron, qui ont été révulsés par la méthode envisagée pour se débarrasser de Jean-François Cirelli. Ensuite d’Arnaud Montebourg attaché à ce que la gouvernance des groupes où l’Etat est actionnaire soit irréprochable. Enfin de David Azéma, le patron de l’Agence des Participations de l’Etat. De fait le comité de direction de GDF-Suez prévu demain et mardi a été annulé sine die.
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